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COOPERER
/ AFRIQUE DE L'OUEST La souveraineté alimentaire
régionale au prix
d’une pincée de protectionnisme local
Ils
sont plus de cinq cents
représentants d’une centaine de pays et de mouvements sociaux
réunis à Sélingué au Mali. Nous sommes en
février 2007 et se tient dans cette petite ville rurale le Forum
pour la souveraineté alimentaire, baptisé Nyéléni
2007
[1],
en référence à l’histoire d’une paysanne
malienne devenue célèbre pour ses talents agricoles développés
dans un environnement masculin hostile. Nyéléni incarne
à la fois le féminisme et la souveraineté alimentaire.
L’accueil de participants, de l’hébergement à
l’alimentation, se fait en harmonie avec la vie paysanne locale,
puisque la population est pleinement associée à l’organisation
de l’événement
[2].
Le principal organisateur est la Vía Campesina
[3],
mais de nombreuses autres associations, comme les Amis de la Terre international
[4],
la Marche mondiale des Femmes
[5],
les Forums mondiaux de pêcheurs, et le ROPPA
[6]
ont participé à la mise en place du Forum. Une course contre la montre face à l’agenda mondial du commerce
Le ROPPA mène entre autres des programmes de formation des leaders paysans sur les accords commerciaux internationaux. Ainsi s’est tenu à Mbodiène au Sénégal, à la fin du mois d’avril, u n atelier régional de mise à niveau des animateurs des ateliers nationaux, réunissant des leaders paysans de toute l’Afrique de l’Ouest. Cette formation s’inscrit dans la continuité des objectifs mis en avant à Nyéléni en matière de défense de la souveraineté alimentaire. Et le calendrier prouve qu’il n’y a pas de temps à perdre : à la fin du mois de décembre 2007, doivent être signés les Accords sur le Partenariat Economique (APE) entre les pays ouest-africains et l’Union européenne (UE), dans le cadre des négociations bilatérales entre l’UE et l’Afrique de l’Ouest. La signature de ces accords entraînerait l’ouverture du marché et donc une large concurrence avec nombre de produits agricoles comme les produits laitiers, les viandes ou les céréales. De plus, les revenus liés aux taxes, et qui alimentent les budgets aussi bien de l’éducation que de la santé, seraient considérablement réduits. C’est ce type d’informations que les formateurs ont essayé de faire passer aux leaders paysans, afin qu’eux-mêmes par la suite puissent sensibiliser, informer et former les producteurs agricoles sur les politiques économiques en matière d’agriculture, notamment les APE. La formation s’est faite en français et des traductions en wolof et en bambara [7] étaient assurées. Les organisateurs ont eu souci de rendre l’information accessible à tous, afin qu’elle puisse continuer à être diffusée. Résister aux pressions, protéger les paysans
Les formateurs ont mis en garde contre les accords à venir, et le cycle de formation s’est terminé sur un appel aux décideurs politiques à ne pas céder aux pressions de l’UE. Selon Mme Da Veiga, qui participait à la formation en tant que représentante du secteur privé, « nous ne sommes pas prêts à signer à la fin de décembre. Nous ne devons pas ouvrir notre marché, sinon on mettra 65% de la population de la sous région au chômage. » Les pays d’Afrique de l’Ouest ont tout intérêt à résister aux pressions, c’est la souveraineté alimentaire qui en dépend. Pour eux, d ans cette optique, la priorité est l’intégration régionale afin de renforcer les économies de la zone.
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