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Frères des Hommes - www.france-fdh.org
RENCONTRER / OUGANDA
Luzau doit se cacher pour survivre
et faire vivre son association

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RENCONTRER / OUGANDA

 

Trois mois après le Forum Social Mondial (FSM), où ils avaient imploré la compréhension du peuple africain, les homosexuels de ce continent ne voient toujours pas de changement dans leur situation. Luzau Bosambombo, coordinateur de Anti Homophobie Africaine (AHA) [1] et correspondant du magazine belge Tel Quel [2], témoigne.

Luzau, parlez-nous de votre parcours 

Je suis né le 8 octobre 1969 au Congo où j’ai fait mes études primaires et secondaires à Kinshasa. J’ai grandi normalement et jusqu’à l’université tout se passait bien. J’ai commencé à rencontrer des problèmes lorsque je travaillais pour le Centre pour le développement et la protection de la femme. J’ai été attaqué par un groupe de militaires qui, prétextant mes rapports avec des ONG, m’a contraint à quitter le pays. 

Comment êtes-vous arrivé à Nairobi ? 

Quand j’ai quitté le Congo je suis arrivé en Ouganda comme réfugié en 2002. Je suis devenu correspondant de Tel Quel en Belgique et j’ai coordonné l’association Anti Homophobie Africaine. Les autorités ont commencé à me voir comme un élément dangereux, j’ai dû fuir les harcèlements et les menaces. Et j’ai donc passé la frontière kenyane.

Pourquoi Anti homophobie africaine et pas ougandaise ou congolaise ?  

C’est une association créée par un groupe d’activistes en 2004, qui s’étend au Burundi, en Ouganda, au Malawi, au Rwanda et au Congo. Elle milite en faveur des droits des minorités et de l’abolition de la peine de mort qui touche les gays et lesbiennes un peu partout en Afrique. 

 
  Luzau Bosambombo, qui milite pour les droits des gays et lesbiennes, doit vivre caché à Nairobi en attendant ses papiers.

Comment vit l’association en ce moment ? 

Je suis à Nairobi mais l’association subsiste, les membres continuent le combat. Certains amis ont même pu aller à la conférence des gays et lesbiennes à Johannesburg. Je suis en contact par mail et par téléphone avec les militants de AHA et il y a des échanges de projets, d’idées, d’activités. Ils devront travailler en coulisse cependant, car il nous suffit de lever la tête pour nous faire tuer.  

Pourquoi vouloir sortir de l’ombre ? 

Vous savez, nous réclamons des droits qui ne sont acceptés ni par les lois, ni par la tradition, et encore moins par les religions. Il n’y a que l’Afrique du Sud qui a évolué sur ce sujet. A évoquer nos droits en public, on risque de subir des brimades de la part des autorités mais aussi de la famille et des amis. Mais nous revendiquons cependant une vie paisible sinon normale, comme tout le monde. 

Comment assumez-vous votre homosexualité, notamment vis-à-vis de votre famille ? 

Ma famille n’est pas au courant de tout ce que je fais même si elle sait que je suis en exil. Lorsque nous étions encore en contact, je faisais en sorte qu’elle ne sache pas qui j’étais, ni ce que je faisais. Je n’ai pas l’intention de leur dire la vérité car je n’y gagnerais rien. J’ai des relations purement familiales avec ma famille. Quant à ma vie sexuelle, c’est un peu personnel, je n’aime pas en parler. Je suis adulte et je mène mon existence comme je l’entends. Même si je n’ai pas intérêt à vivre au grand jour mon homosexualité. Je sais qu’il vaut mieux rester avec les amis activistes qui savent ce que vous faites et qui vous êtes. 

Et quels sont vos projets ? 

Mes projets sont à l’arrêt en ce moment. A Nairobi, je vis un peu de manière cachée parce que je ne veux pas que la police ougandaise vienne me rattraper ici. Je n’ai pas de papiers actuellement, mes dossiers sont encore bloqués aux Nations unies [3] qui n’a pas encore donné de réponse.

Qu’est ce qui a changé pour vous depuis le FSM ? 

Malgré la forte mobilité internationale, le FSM aura créé un mouvement hostile à notre égard. Notamment de la part des communautés religieuses catholique et musulmane. Elles reprochent aux autorités de vouloir intégrer les minorités sexuelles.  

Quels changements voudriez-vous, pour vous et pour l’Afrique ? 

La préoccupation reste le changement de lois : faire adhérer celles-ci aux principes internationaux. On a espoir mais on est aussi sceptique car nous sommes conscient que cet espoir ne viendra pas de si tôt. La religion a une grande influence sur les Etats, ce qui fait que les choses ne bougent pas vraiment.


/ ET PLUS SI AFFINITES...

[1]  Anti Homophobie Africaine (AHA), association africaine qui lutte contre les discriminations envers les gays et lesbiennes.

[2] Tel Quel, mensuel d’informations pour les LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels).

[3]  NDLR : Il s’agit en fait du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCNUR).


En cas de reproduction de cet article, veuillez indiquer les informations suivantes : Source : Frères des Hommes - www.france-fdh.org