![]() |
|||||||||||
|
MANIFESTER
/ PHILIPPINES
Jeûner pour se nourrir de leur terre
Dix
ans de luttes pour arriver à 29 jours de grève de la faim
l’hiver dernier.
Voila ce qu’il aura fallu à des paysans sans terre de l’île
de Negros, située au cœur de l’archipel philippin, pour obtenir
un bout de terrain à cultiver. Pourtant, ce qu’ils demandent
n’est rien de plus que l’application du programme de réforme
agraire CARP
[1].
Initié en 1988, d’une durée de dix ans, il a déjà
été prolongé une fois et doit normalement prendre
fin en 2008. Sans avoir atteint ses objectifs de redistribution d’une
partie des terres aux familles paysannes.
Le jeûne, dernier recours après les tribunaux et la rue La
grève de la faim entamée en février dernier par des
paysans de la hacienda Velez-Malaga dans le Negros occidental constitue
la dernière étape de leur combat. Pendant des années,
des terres leur ont été promises par le ministère
de la Réforme agraire (MRA). En 1996, celui-ci décide que
l’hacienda doit être soumise au programme CARP, mais le propriétaire
foncier Roberto J. Cuenca porte l’affaire devant la justice pour
annuler la décision. Le transfert de terres est repoussé.
En 2002, le MRA attribue à 122 paysans sans terre un certificat
collectif de propriété pour 114 hectares, à Velez-Malaga.
Il ordonne à plusieurs reprises le transfert de 446 ha de terres
aux 122 paysans, mais Cuenca bloque systématiquement toutes les
étapes. Une victoire pour tous les défenseurs du droit à la terre Près d’un mois plus tard, le 22 mars, Nasser Pangandaman, ministre de la Réforme agraire, leur promet une installation très prochaine. Ils cessent la grève de la faim en signe d’ouverture et se préparent à leur transfert. Confrontés à des fermiers associés au grand propriétaire Roberto J. Cuenca qui empêchent l’accès des terres en formant une barricade humaine, les paysans sont protégés par plus de 300 policiers et soldats.
Malgré l’autorisation du transfert donnée par Pangandaman lui-même, les jours qui suivent l’installation sont le théâtre de nouvelles violences. Cuenca tente des recours, de nouveaux affrontements opposent les paysans et ouvriers agricoles aux gardiens de l’hacienda. Après la mort de deux manifestants début juin, l’installation se poursuit donc dans des conditions extrêmement tendues. Mais même compliquée, même restreinte, cette réappropriation de terre intervient après une décennie de bataille acharnée dans les tribunaux et dans la rue. Elle constitue une victoire pour tous les défenseurs du droit à la terre et de la réforme agraire dans le monde.
|