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/ INDE
Nicholas, l’infatigable militant dalit
Après s’être rendu dans des villages du sud de l’Inde au lendemain du tsunami, Nicholas avait témoigné de son action auprès des sinistrés [1]. Responsable de la Fédération pour le droit à la terre des dalits il poursuit son combat, jour après jour. Continuant entre autre à apporter son énergie pour le groupement local IRDS, membre du RGAS. Aujourd’hui, il nous livre son parcours personnel. Nicholas, d’où viens-tu, quelles sont tes racines ? Je suis originaire d’Ayandur, un petit village du district de Villupuram dans l’état du Tamil Nadu. J’ai un frère et quatre sœurs. Issu de la communauté dalit, mes parents faisaient partie de ces paysans sans terre qui travaillaient pour un propriétaire terrien de notre village. Mais un jour mon père a rejoint l’armée britannique. Cela lui a permis de prendre du recul face à sa condition de paysan sans terre. Depuis ce temps, il a bien compris qu’il travaillait dans une situation horrible et extrême, c’est pourquoi il n’a pas voulu que nous, ses enfants, retournions travailler chez ce propriétaire terrien. Il voulait que nous empruntions un autre chemin. Il sentait que ces conditions de travail étaient vraiment trop atroces. C’est ainsi qu’il a préféré nous envoyer à l’école. Malheureusement, seulement mon frère et moi-même avons eu l’opportunité d’étudier à l’Université, et ce grâce au soutien des jésuites et missionnaires chrétiens. Quelle a été ton éducation, ton évolution personnelle et professionnelle ?
J’ai suivi une formation générale à l’école de Trichy. Plus tard, j’ai obtenu un master en histoire. Quand j’étais à l’Université, j’étais très actif à la Fédération des universités catholiques de l’Inde, l’AICUF [2]. Cet investissement a été pour moi une motivation déterminante qui m’a amené à retourner au sein de ma communauté afin d’aider mes confrères dans leur propre développement. Pourquoi as-tu décidé de travailler pour et avec les dalits ? Comme je viens de l’expliquer brièvement, c’est mon investissement au sein de l’AICUF qui m’a amené à m’intéresser plus particulièrement aux dalits et à travailler avec eux. Ma mobilisation a aussi été fortement provoquée par les expériences de mon père qu’il partageait avec moi lorsqu’il était paysan laboureur pour notre maître. C’est à cette époque que j’ai assisté à l’horrible attaque du 26 juillet 1978 contre les dalits, dans la ville de Villupuram, où 12 d’entre eux ont été tués et plus de 2 000 de leurs maisons ont été brulées. Tout ceci m’a fortement convaincu de travailler pour eux. Est-ce que des événements tels que la récente élection de Mayawati Kumari [3], issue de la communauté dalits contribuent à changer la donne ? Pour ce qui est de la victoire de Mayawati aux élections, on ne peut pas réellement parler de victoire pour les dalits. Il y a d’autres alternatives politiques possibles qui doivent être discutées lorsque l’on parle de leur appauvrissement. Peut-être que l’on pourra aborder le problème de manière plus spécifique prochainement… As-tu observé des évolutions dans tes différentes actions ? Avec mon équipe de travail, nous sommes essentiellement investis dans le suivi des droits de l’homme des dalits et dans les luttes concernant leur droit d’accès à la terre, en essayant de les faire bénéficier des différentes ressources communautaires. Et cela dans tous les villages où nous travaillons. Nous sommes aussi investis dans leur insertion socioprofessionnelle, aussi bien dans le secteur privé et industriel que dans l’éducation. Après avoir commencé à travailler sur les besoins primaires comme l’accès à l’eau potable, au logement, à l’école, aux hôpitaux et cimetières…, nos combats ont peu a peu évolué vers des questions plus fondamentales comme l’accès à la terre. Parle-nous de ta plus grande victoire. Une victoire fondamentale a été la lutte des femmes dalits pour les terres de Panchami. Elle a abouti à l’obtention de terre dans trois villages où elles étaient opprimées. Même si elle n’est pas totalement personnelle, elle me semble primordiale.
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