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MANIFESTER
/ MEXIQUE
Semer du maïs dans la capitale pour récolter l’unité nationale
Parcs, jardins, espaces verts… Mexico a été semé de maïs traditionnel. Le 5 août, des associations paysannes et des artistes mexicains ont ainsi manifesté leur désapprobation face à la politique du gouvernement. Une campagne sur la défense de la souveraineté alimentaire et la réactivation de la campagne mexicaine a débuté en 2007. Elle a pour slogan : Sin maís no hay país [1]. Le Frente Democratico Campesino (FDC) [2] explique : « cette campagne est une réaction à la logique actuelle qui veut que l’on exporte des paysans mexicains [3] et que l’on importe les aliments que cette main-d’œuvre a elle-même produite en partie. » Des actions citoyennes qui dérangent les autorités Fondé en 1987, le FDC compte aujourd’hui plus de 4 000 membres. José Emiliano Garcia est l’un de ses principaux dirigeants. Il dénonce « la tenue du marché mexicain du maïs et du haricot par cinq grandes firmes (Monsanto, Cargill, Dupont…) qui fixent elles-mêmes les prix et spéculent ainsi sur le cours de ‘‘l’or vert’’ ». Par exemple le prix de la tortilla, base de l’alimentation mexicaine, a augmenté cette année de… 41,6%. Lors de la venue à Chihuahua du président mexicain Felipe Calderón Hinojosa en mars dernier, Emiliano s’est vu emprisonné aussitôt au motif de “sabotage“ pour être relâché seulement une semaine plus tard. Preuve récente de l’importance prise par le combat du FDC et d’un contexte politique toujours tendu depuis les élections contestées de décembre 2006 [4].
La manifestation du 5 août a été organisée devant la Cour suprême de justice de Mexico par des artistes très connus au Mexique, comme Angelica Aragon, Cecilia Suarez, Miguel Rodarte ou Juan Manuel Bernal. Elle a fait participer les citoyens à l’ensemencement du maïs. Car un des buts premiers de ces actions novatrices est la sensibilisation et le rapprochement du combat des petits producteurs paysans et indigènes avec les zones urbaines. La société mexicaine, rappelons-le, compte un tiers de ruraux et la moitié des populations indigènes souffrent de malnutrition et d’anémie. Une lutte qui cherche à rapprocher urbains et ruraux Cette manifestation ne symbolise pas le retour de la campagne à la ville mais elle sonne comme un rappel. Sans campagne et sans producteurs, qui va nourrir les villes ? Un message fort car ce ne sont pas les parcs publics qui remplaceront les champs ! Juan Banuelos [5] ajoute même : « sans maïs et sans paix au Chiapas il n’y aura jamais de démocratie au Mexique. » Le FDC et les divers groupes unis dans cet élan, au-delà de la critique, s’évertuent à proposer des solutions visant à contrer la situation de totale dépendance des petits producteurs vis-à-vis du marché. Parmi les revendications phares, on trouve la sortie du maïs et du haricot du TLCAN (Traité de libre commerce en Amérique du Nord de 1994) qui aurait coûté deux millions d’emplois au secteur rural mexicain. Cette campagne réclame également l’instauration d’une protection du patrimoine génétique des différents maïs mexicains en les inscrivant au Patrimoine mondial de l’humanité.
Les banderoles soulevées durant cette manifestation affichent des slogans sans équivoque : interdire le maïs transgénique au Mexique et lutter contre toutes les formes de monopoles… Afin de redonner aux paysans la possibilité de choisir ce qu’ils cultivent mais aussi afin d’éviter l’accaparement du maïs par quelques-uns et la spéculation sur les prix. Le FDC encourage chacun à agir dès maintenant, en semant continuellement du maïs dans les lieux publics, en réalisant des actions de sensibilisation sur le problème du maïs (concerts, manifestations,…) et en appuyant les organisations paysannes et indigènes dans leurs luttes. Le FDC, estime Laura Becerra Pozos dans le journal Futuros , s’évertue à « construire politiquement un capital social dans la société mexicaine c'est-à-dire à former des citoyens conscients et exigeants de leurs droits et qui participent aux affaires publiques ».
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