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COOPERER
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Les paysans déplacés du Mantaro s’affairent pour leur feria
« Cette feria est une première pour la vallée : les producteurs, les artisans, les associations, les autorités publiques et les institutions privées ont participé à son organisation. » C’est en ces mots que Carlos Chuquival résume la formidable coopération qui a caractérisé la 1 re Feria pour le développement économique et le tourisme. Elle s’est déroulée les 23 et 24 août derniers à Chilca, zone sud de la vallée du Mantaro. Chargé du développement économique local de la ville, Carlos a coordonné pendant près de trois mois toutes les forces vives de la région pour faire de cette grande fête un succès économique autant qu’humain. Des producteurs qui ont leur mot à dire Si ces ferias sont fréquentes dans la région, celle-ci a voulu innover pour répondre au mieux aux attentes de sa population, majoritairement rurale. Comme l’explique Brony Erik Aparco Gala , président de l’association culturelle des desplazados de San Pedro de Tuco [1], les autorités publiques ont tout de suite décidé « d’intégrer les producteurs et artisans déplacés de la vallée » au processus d’organisation de la feria. Ceci afin que l’événement ne soit pas accaparé par la bureaucratie locale mais bien par ces paysans qui, dans les années 80, ont fuit les enlèvements, attentats, viols et meurtres perpétrés par le Sentier lumineux. Les premières réunions, en mars dernier, ont donc permis de cibler très tôt les attentes des petits producteurs de la vallée, et en particulier leur souhait de se faire connaître non seulement auprès des consommateurs mais aussi auprès des institutions financières et associatives. L’objectif était clair : développer dans un premier temps une notoriété encore trop faible, ce qui permettrait dans un second temps de vendre davantage.
Tous les quinze jours, soit dans leur local communal, soit dans la Casa de la cultura de Chilca, chaque association a eu son mot à dire : dates et lieu de la feria et des conférences de presse, programmation de l’événement, décoration des stands, envoi des invitations… Elles ont été consultées sur un très grand nombre d’aspects liés à l’événement. Plus spécifiquement, les producteurs et artisans ont eu la responsabilité de faire connaître la feria en diffusant ses affiches, tracts et invitations. En effet, qui mieux que les principaux acteurs pour faire la promotion d’un événement auquel ils auront grandement participé ? Ils sont donc partis à la rencontre de leurs confrères de la vallée pour leur présenter la feria avec parfois à la clé le ralliement de nouveaux producteurs. Un test primordial pour obtenir davantage de responsabilités Mais la coopération n’empêche pas une concurrence amicale entre les exposants de la feria. Ainsi, les artisans de textiles de Huancavelica, victimes de la concurrence déloyale de leurs confrères producteurs et éleveurs, ont eu recours au marketing pour attirer les visiteurs. Ils ont, eux aussi, fait découvrir leur spécialité culinaire, le chuno pacy con cuy dorado [2]. Preuve de l’esprit de coopération positive qui a prévalu entre tous les acteurs lors de la préparation de la feria.
La tâche confiée par la municipalité de Chilca est pour eux un premier pas vers une plus grande responsabilisation dans l’organisation des futures ferias. Comme le soulignait Brony Erik, quelques jours avant son inauguration, « avec cette feria, nous voulons montrer que nous pouvons assumer des responsabilités, afin qu’à l’avenir les autorités nous fassent davantage confiance. » Et cela passe à leurs yeux par l’octroi d’une commission lors de la prochaine édition. Certes, les producteurs ont conscience qu’ils doivent assumer une place plus importante dans l’organisation de cet événement. Néanmoins, ils dressent un bilan plus que positif de leur première participation à cette feria. « Nous savons dorénavant que nous, les producteurs, les artisans, les ONG et les autorités publiques devons travailler ensemble pour développer l’activité économique locale. »
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