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Frères des Hommes - www.france-fdh.org
INFORMER / BOLIVIE
Makhurka Teatro échange des maux racistes
contre des mots de Racine

SOMMAIRE  

PARTICIPER / BRESIL

MANIFESTER / MEXIQUE

FORMER / HAITI – REP. DOM.

COOPERER / PEROU

INFORMER / BOLIVIE

TEMOIGNER / CUBA

RENCONTRER / CUBA

 

Rétablir le dialogue entre les cultures blanches, indigènes et métissées… Pour Makhurka Teatro [1], il faut créer du lien entre ville et campagne. Les quatre compères de la troupe bolivienne sont allés à la rencontre de peuples indigènes de Cochabamba pour recueillir contes, mythes et légendes. Des anciens du village de Limo aux enfants de Punata, en passant par les paysans de Tacopaya, l’échange s’est avéré fructueux… Objectif : sauvegarder les traditions orales et monter une pièce qu’ils présenteront bientôt aux citadins en vue de promouvoir l’interculturalité.
« Le peuple est triste. Ma communauté est en train de mourir. Et moi avec elle », confie un des habitants de Limo. Vieillissante, asservie par la corruption de l’industrie du bois, la trentaine d’indiens yucarare [2] peine à survivre en Amazonie. Et pourtant, la communauté regorge d’histoires, de contes et de secrets. D’abord peu enclins à communiquer, ces ‘‘oubliés’’ de la société deviennent rapidement des moulins à parole, pour peu qu’on s’intéresse à leur sort. Et les histoires débouchent sur un échange constructif ; autant de détails relevés pour l’écriture de la future pièce théâtrale.

Entre ville et campagne… le malaise

A Punata, deuxième ville la plus peuplée de la province de Cochabamba, la majorité de la population est d’ethnie quechua. Là-bas, la troupe a travaillé avec l’espace créatif la Cigarra [3], une institution qui reçoit des enfants des communautés alentour. A travers ateliers, jeux, dessins ou théâtre, les jeunes de 3 à 12 ans racontent les histoires qu’ils ont pu entendre de leurs parents et grands-parents… comme celle d’ Atoj Antonio y cumpa conejo (Le Renard Antonio et son pote le lapin), un conte traditionnel quechua. Ou encore celle des habitants de Cuchumuela : Sik’imira (L’Enfant fourmi), si petit qu’il fallait une loupe pour le voir…

 
  Les yeux de Chimène pour le théatre ?
©
Makhurka Teatro

La passion théâtrale et le respect pour l’humain ont rassemblé les quatre jeunes de Makhurka Teatro autour de cette initiative début 2007... Tout avait commencé par ce constat regrettable : aujourd’hui en Bolivie le racisme devient une plaie pour la société [4]. Un racisme réciproque entre indigènes et populations issues de milieux moins traditionnels. Makhurka Teatro veut donc sauvegarder les cultures autochtones, mais surtout rétablir le dialogue entre les Boliviens. « Nous ne faisons que relayer des témoignages. Les gens s’enferment dans leurs préjugés », relate Ivette, une des actrices . Véritable projet d’intégration, la pièce sera dans un premier temps présentée à un public citadin.

Le Mot de trop, qu’il faut dire

L’écriture et la mise en scène du texte prennent forme. La Palabra que Desborda (Le Mot de trop) relaie donc les histoires des populations rencontrées, depuis la perspective même de ses habitants. Même les animaux prennent réellement vie dans cette pièce. L’écoute et le partage ont été les meilleurs outils de recherche pour la réaliser.
Un recueil écrit sera destiné, entre autres, aux élèves de Punata. Malheureusement, le manque de fonds ne permettra pas de le publier, mais plusieurs représentations sont prévues d’ici à la fin de l’année. Cette initiative permet avant tout d’échanger avec les jeunes de collèges, lycées et universités, en débouchant sur des débats autour de la culture et du respect, tout simplement. 

Beaucoup de Boliviens ignorent l’autre Bolivie, à deux heures de chez eux…

« Grâce à notre modeste travail, on a reçu beaucoup de sourires, et suscité de nouveaux espoirs… C’est ça le plus important » confie Rocio, autre comédienne. La joyeuse troupe permet de redonner estime et confiance aux communautés elles-mêmes, cette dignité perdue. Et de troquer les préjugés de tous contre les mots. Suite à cette expérience très positive, la troupe a aujourd’hui de nombreux projets en tête. Elle a définitivement décidé de continuer à utiliser l’art pour favoriser l’expression de populations marginalisées et favoriser la communication entre tous. 


/ ET PLUS SI AFFINITES...

[1]  Makhurka Teatro, troupe de théâtre créée en 2004, avec l’appui de l’Institut bolivien de la culture > Contact : Ivette Mercado, kabukivett@hotmail.com

[2]  Les Yucarare, peuple nomade sédentarisé.

[3]  La Cigarra, la Cigale : www.lacasamarilla.org/ES/xarxa_groga/documentos_word/
integrantesnuevos/presentacion_fundacion_lacigarra.doc

[4]  La rupture entre les communautés quechua et les citadins ne date pas d’hier et les clivages ne cessent de se creuser malgré de notables avancées démocratiques.


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Source : Frères des Hommes - www.france-fdh.org