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/ INDONESIE
Des élections à Batang, symbole d’espoir pour les paysans
Six candidats élus sur neuf ! Les représentants des paysans sans terre ont fait le carton presque plein. Avec une participation massive (dépassant parfois 90%), les élections locales du 9 septembre dans le district de Batang, sur l’île de Java, constituaient un enjeu fondamental pour l’accès à la terre. En effet, le mandat d’un maire est de 6 ans et sa signature est nécessaire pour renouveler l’attribution des droits de culture. Car depuis 1965 l’exploitation des plantations de Batang est réalisée par des entreprises privées comme Pagilaran PT qui, elle, dispose d’une surface cultivable de plus de 1 100 hectares. Ces victoires électorales ne suscitent donc pas seulement plus d’espoir pour la population. Elles sont la démonstration qu’une mobilisation sociale organisée peut obtenir des succès politiques. Une campagne modeste mais éthique Pagilaran PT bénéficie d’un droit légal de cultiver la terre, un HGU [1], attribué en 1965 sous la dictature du président Suharto. Mais ce HGU arrive à expiration le 31 décembre 2008. La compagnie a donc demandé son renouvellement auprès du Bureau national de l’agriculture (BPN) pour une durée de 95 ans [2]. Ceci en vertu de la nouvelle loi sur l’investissement votée en 2007 par l’actuel chef de l’Etat indonésien, Susilo Bambang Yudhoyono. Avec l’aide du FPPB [3], neuf organisations locales du district de Batang se sont préparées afin de présenter un candidat représentant les intérêts des paysans et des travailleurs pauvres. Trois de ces organisations étaient directement confrontées à Pagilaran PT. Le FPPB a donc formé les candidats lors de différentes rencontres, en les sensibilisant notamment à l’utilisation de moyens éthiques pour réaliser leur campagne. Les engagements pris étaient triples. D’abord, ne pas utiliser de “money politic“, c'est-à-dire ne pas acheter les électeurs (pratique courante en Indonésie) de façon directe ou indirecte. Ensuite, ne pas dépenser plus de 5 millions de rupiahs (MR), environ 500 €, pour leur campagne contre les 200 MR (20 000 €) utilisés parfois par les candidats des compagnies. Et enfin, ne pas utiliser les méthodes des adversaires (violences, intimidations, rumeurs…). Le FPPB a également fait un petit film largement diffusé dans les villages.
La victoire électorale est une étape fondamentale Ainsi les campagnes électorales n’ont été rendues possibles que par la grande solidarité s’organisant dans les villages autour des candidats. On est passé d’une pratique où le candidat donnait traditionnellement des présents de toutes sortes à ses électeurs à une pratique où les électeurs font tout leur possible pour aider un candidat dans son programme. Wahyudi, qui vit lui-même dans une grande pauvreté, est un peu le candidat symbolique de ces élections. Son village, Keteleng, est construit au milieu des plantations et ses habitants ne possèdent aucune terre. Le taux de chômage y est important et les maisons, faites de bois et de tôles, datent du XIX e siècle. La victoire électorale de Wahyudi à la tête de son village sonne comme un nouvel espoir même si elle ne représente qu’une étape dans le processus global d’appropriation de la terre. En premier lieu il va falloir s’assurer que les lois existantes en matière d’éducation (école primaire gratuite pour tous) et de santé (accès gratuit aux hôpitaux pour les plus pauvres sur recommandation du maire) sont correctement appliquées.
La forte mobilisation constatée devant les bureaux de vote est la preuve de l’importance revêtue désormais par la politique. Des affaires publiques qui concernent et intéressent par définition tout le monde sont des affaires suivies par tous et pour tous. Il s’agira par la suite de tenter d’élire des candidats au parlement local comme cela se fait déjà dans la région de Java Ouest avec le SPP [4]. Cette dynamique s’inscrit dans la transformation des mouvements sociaux en participation politique.
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