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Frères des Hommes - www.france-fdh.org
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Citadins et ruraux unis pour créer une force politique populaire

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Près de 500 militants indonésiens ont uni leur voix en ce 5 juillet 2007 contre la loi d’investissement votée en mars par le Parlement indonésien. Au vu des chiffres, la mobilisation peut paraître modeste. Elle cache cependant la nouvelle alliance entre forces sociales, rendue possible par le contexte d’ouverture démocratique du pays.

L’Indonésie, qui a vécu sous une dictature militaire entre 1966 et 1998, s’ouvre de plus en plus à la démocratie. La population s’est emparée de cette ouverture et ces dernières années ont vu éclore une multitude d’organisations populaires engagées dans la défense des plus démunis. La manifestation de juillet est organisée par le collectif Gerak Lawan [1] (En mouvement pour la lutte). Gerak Lawan réunit associations et organisations non gouvernementales indonésiennes qui dénoncent la mainmise d’une minorité de la population sur les leviers de l’économie nationale. A propos de la loi d’investissement, les associations de femmes, d’étudiants, d’ouvriers et de paysans présentes sont toutes d’accord : elle va pénaliser les plus pauvres, soit la majorité de la population. Ils demandent sa suppression pure et simple.

Une mobilisation originale pour une démocratie naissante 

 
  Devant le tribunal factice, les manifestants exposent leurs griefs
© Maia Levasseur (FdH).

La mobilisation de ce jeudi 5 juillet est originale dans le sens où sur une matinée, les manifestants ont combiné trois actions. Une manifestation classique d’abord dans le centre de Jakarta, du monument national à la Cour constitutionnelle. Les paysans coiffés du chapeau traditionnel conique, les ouvriers brandissant leurs revendications sur des pancartes, les étudiants levant le poing, les femmes… tous défilent au milieu des tours bleutées de la banque d’Indonésie. Le contraste campagne/ville est frappant et symbolise à lui seul les inégalités de richesses dans l’archipel. Lorsque le cortège s’élance, les drapeaux de leurs organisations flottent, et Bella Ciao retentit, en bahasa, reprise en cœur par les manifestants. Deux heures plus tard, à l’arrivée devant la Cour constitutionnelle, commence une série de discours tenus par des membres des principales organisations présentes. Tous tiennent solidement sous le bras un dossier qui représente leur espoir : une demande qu’ils déposent ce matin à la Cour pour qu’elle examine la loi, qu’ils jugent non conforme à la constitution de la république d’Indonésie. Dans la rédaction de leur requête, ils ont eu le soutien d’avocats de l’Association indonésienne d’aide judiciaire et des droits humains (PBHI [2]). Ils attendent encore aujourd’hui une réponse de la cour.
Pendant le dépôt de la demande d’examen, les manifestants s’installent sur la chaussée, et distribuent des tracts expliquant leurs revendications aux chauffeurs de voitures, mobylettes et bajaj [3] qui passent par là. Puis une table et quelques chaises sont installées pour la tenue d’un tribunal factice. Les témoignages se succèdent, tous décrivent des situations d’injustice liées à la terre, aux conditions de travail précaires, à l’inégalité des sexes. D’autres manifestants rendent justice. A travers leurs verdicts, les revendications des organisations transparaissent. On peut noter l’application de la réforme agraire, promise dans une loi de 1960 mais jamais appliquée ; la lutte contre les contrats précaires ; la gratuité de l’accès aux services d’éducation et de santé et la fin des violences et de la criminalisation des militants.

A Jakarta, symbole du pouvoir économique et politique du pays, les plus pauvres imaginent toujours de nouvelles formes de contestation.

Les débuts d’une force politique populaire 

Ces revendications croisées entre différents mouvements sociaux, notamment entre mouvements ruraux et urbains, ont débuté lors d’une manifestation en mai 2006. Iwan Nurdin de KPA [4] nous en parle : « Pour la première fois, le mouvement ouvrier qui est plus structuré que le mouvement paysan pour des raisons historiques, a fait de la mise en place de la réforme agraire l’un de ses principaux mots d’ordre. » La manifestation du 5 juillet s’inscrit dans la continuité, et constitue une preuve qu’une force politique populaire capable de peser dans le débat est en train de naître dans l’Indonésie démocratique.


/ ET PLUS SI AFFINITES

[1]  Gerak Lawan s’exprime en bahasa qui est la langue officielle et permet à tous les Indonésiens de communiquer entre eux. Environ 700 langues et dialectes sont parlés en Indonésie.

[2]  PBHI, Perhimpunan Bantuan Hukum  dan Hak asasi Manusia : www.pbhi.or.id

[3]  Bajaj, petites mobylettes-taxis, semblables à des rickshaw à moteur.

[4]  KPA, Konsorsium Pembaruan Agraria , Consortium pour la réforme agraire. KPA est partenaire de Frères des Hommes – www.kpa.or.id/english - kpa@kpa.org.id > Contact : Iwan Nurdi


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