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MANIFESTER
/ AFRIQUE CENTRALE
La société civile se soulève contre le libre-échange
« L’Afrique n’est pas à vendre », « Non aux APE précipités », « Sans intégration régionale, pas d’accord de partenariat possible avec l’Europe ». Le 16 juillet dernier à Yaoundé, près de 2000 Africains ont haussé le ton lors d’une réunion sur les Accords de partenariat économique (APE). Ceux-ci visent à développer le libre-échange entre l’Union européenne et les pays dits ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), dont quinze pays d’Afrique. La négociation devait en principe s’achever en décembre dernier, mais les dirigeants ne sont pas parvenus à tomber d’accord. Elle se poursuit donc, et la société civile africaine entend bien s’imposer dans le débat. La société civile face aux décideurs internationaux A l’intérieur de l’hôtel Hilton de Yaoundé, des personnalités de haut rang sont réunies : du coté européen, Louis Michel, commissaire au Développement et à l’Aide humanitaire et Peter Mandelson, commissaire au Commerce ; du coté africain, le négociateur en chef de la zone Afrique centrale, Antoine Tsimi et les ministres de la sous-région en charge des APE. Face à eux sur l’esplanade de l’hôtel, les manifestants sont réunis par la Plate-forme des acteurs non-étatiques d’Afrique centrale (Panaec) [1]. Ils sont membres et représentants de groupements de professionnels, de producteurs et de femmes, d’organisations non-gouvernementales, d’associations de défense des droits des citoyens. Ils viennent du Gabon, de la Guinée équatoriale, de la RDC, du Congo Brazzaville, de la République centrafricaine, de São Tomé et Príncipe et du Tchad. A grand renfort de slogans et de tam-tams, ils montrent leur opposition à une zone de libre marché avec l’Union européenne, qui se cache sous le sigle APE.
La Panaec a présenté à Yaoundé les recommandations élaborées lors de la réunion de préparation de Douala le 5 juillet 2007. Elle estime que les pays africains ne sont pas encore prêts à ouvrir leurs marchés à la rude concurrence régionale, et a fortiori européenne, comme le prévoient les APE. En outre, les pertes de revenus douaniers fragiliseraient d’autant plus les budgets déjà maigres des Etats concernés. Il reste également que l’Afrique n’est pas encore assez intégrée pour être un interlocuteur de poids de l’Union européenne. La Panaec demande donc à cette dernière de laisser le temps à l’Afrique de se développer économiquement avant d’ouvrir grandes ses portes à la concurrence. Sinon, nous dit Bernard Njonga coordinateur de la Panaec, « le déferlement des produits européens sur les marchés d’Afrique centrale tuera les Etats, entraînera des soubresauts sociopolitiques, assassinera nos entreprises les plus viables, écrasera nos initiatives et productions paysannes et nous obligera, à coup sûr, à tous nous réfugier en Europe. » Une mobilisation internationale d’ampleur
Pour les associations de la société civile, les commissaires européens sont venus « mettre la pression » sur les négociateurs africains, alors qu’approchait la date butoir du 31 décembre 2007 fixée cinq ans plus tôt au début des négociations. Ils sont cependant confrontés à une large opposition. Ainsi lors du sommet Afrique/Union européenne de décembre dernier, le président sénégalais a repris les arguments soulevés par les organisations paysannes en refusant de signer les APE. La mobilisation contre les APE se poursuit. Elle a déjà permis aux États africains de discuter entre eux, et aux associations représentant la société civile de participer au débat. Une situation qui n’est pas sans rappeler la mobilisation de la société civile en Amérique latine contre le traité de libre-échange avec les États-Unis, qui a permis des négociations sur des bases plus justes. La mobilisation sur le continent africain est également relayée en Europe. Ainsi une vingtaine de responsables d’associations africaines ont crée un Collectif anti-APE, qui s’est concrétisé en décembre dernier à la Bourse du travail de Paris. Ils espèrent parvenir à relayer la voix de l’Afrique en s’adressant directement à la Commission européenne.
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