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Frères des Hommes - www.fdh.org
TEMOIGNER / INDE
Un théâtre populaire en Inde mobilise
les jeunes autour de l’exclusion

/ DANS CE NUMERO  

PARTICIPER / PAKISTAN

MANIFESTER / SRI LANKA

FORMER / INDE

COOPERER / INDONESIE

INFORMER / CHINE

TEMOIGNER / INDE

PORTRAIT / INDE

 

Des destins communs en Inde, sans voix ni visage, deviennent les personnages principaux d’Unsuni, un théâtre musical produit, dirigé et présenté par Mallika Sarabhai, danseuse indienne très connue et directrice de l’académie d’arts vivants Darapana à Ahmedabad. L’œuvre cherche à sensibiliser et mobiliser la société indienne, notamment des jeunes, sur la condition des plus pauvres et des exclus en Inde. Il s’agit d’un théâtre populaire et didactique, présenté depuis deux ans dans plus d’une centaine d’institutions pédagogiques dans toute l’Inde. La troupe de théâtre a lancé un mouvement social appelé « Je me soucie » et a déjà mobilisé 7000 jeunes volontaires, suite aux débats qui suivent la représentation.

Montrer le revers de la médaille du succès économique de l’Inde 

 « Si on lit bien dans les journaux on s’aperçoit que parmi tous les articles qui parlent du nombre d’Indiens qui deviennent plus riches chaque jour et de combien d’entreprises indiennes achètent des compagnies étrangères, il y a plein de petites histoires cachées qui pour la plupart des personnes n’existent pas : des histoires de mort par inanition, des suicides, des femmes enlevées, etc. », commente Mallika Sarabbhai. Ce sont des histoires comme l’histoire d’Aand, un enfant des rues indiennes, de Jagtu Gond dont la terre a été expropriée, de Narayani Amma, éboueur d’excréments humains, de Mallika Bi, qui souffre des discriminations car elle est musulmane et de Jatín, un lépreux qui se bat pour envoyer son enfant dans une école ordinaire.

 
  Par le théâtre, donner aux jeunes l’envie de s’engager pour leur pays / © Unsuni

Le but de la pièce est de toucher et faire réfléchir ses spectateurs pour les inciter à agir dans leur vie quotidienne ou comme volontaires dans la troupe Unsuni. Elle est écrite dans un langage simple et met en scène des personnages facilement identifiables, afin d’être accessible à tous. Les personnages ont des besoins et des plaisirs classiques, mais représentent des gens marginalisés. Ils impressionnent par leur force et leur volonté de changer leur situation en s’opposant aux discriminations sociales. La pièce de théâtre, par l’identification des spectateurs aux personnages, permet à ceux-ci de se mobiliser.

Faire entendre les voix qui ne sont pas entendues en Inde  

Basé sur le livre Des voix qui ne sont pas entendues de Harsh Mandar, la pièce est divisée en cinq actes traitant chacun une problématique particulière. Suivant un rythme qui alterne des dialogues, une voix off et le chœur, elle s’apparente au théâtre épique du dramaturge allemand Bertold Brecht. Comme dans les pièces de cet auteur, le spectateur n’est plus passif puisque l’œuvre fait appel à sa conscience sociale qui doit l’amener à changer la société. La compagnie de théâtre a souhaité proposer des pièces populaires, ainsi le passage d’un acte à l’autre se fait par des chansons indiennes populaires. A la fin de chaque acte des faits sur la réalité sociale et politique en Inde ou des chiffres sur la pauvreté et la discrimination des classes et des religions ramènent le spectateur à la réalité et lui rappele que la fin heureuse dont il a été témoin n’est pas la règle.

Après les représentations s’enchaînent de vives discussions autour d’ Unsuni . La troupe a créé un réseau impliquant des volontaires de différentes organisations sociales, entre autre autour du site internet [1]. Les acteurs essaiment le message de « Je me soucie » en offrant des ateliers de mise en scène de la pièce de théâtre dans d’autre localités. Ils sont parvenus à obtenir un financement des Pays-Bas, ce qui leur permet de faire connaître leur combat à l’étranger. Dans le même but, une tournée est prévue aux Etats- Unis en 2008 afin que les réalités indiennes soient connues de par le monde.

Narayani Amma, personnage qui joue un éboueur d’excréments humains : «  Oui, j’ai passé toute ma vie en ramassant de la merde avec mes mains nues. Non, je ne pouvais pas me débarrasser de l’odeur de mes ongles, de mes mains, de mes cheveux. Mais je n’en ai pas honte. La honte est à vous, vous chers citoyens de ce pays magnifique, vous qui laissez faire un tel travail à vos frères et sœurs. La honte est à vous et non pas à nous. »  [2]


/ ET PLUS SI AFFINITES

[1]  www.unsuni.net

[2]  Extrait du script de la pièce, voir : www.unsuni.net/files/Unsuni_English_Script.pdf


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