![]() |
||||||||||||
|
PORTRAIT
/ INDE
Sreeni, activiste social dans l’âme !
Sreeni est un « pèlerin de la paix » qui poursuit à temps plein depuis ses 19 ans son rêve de plus de justice et de bien-être pour les marginaux et les plus pauvres. Depuis 5 ans il travaille avec Ekta Parishad [1], notamment sur l’accès à la terre avec un mode de revendication non-violent. Il nous raconte son chemin de vie. Sreeni, pouvez-vous nous éclairer sur vos origines ? D’où venez-vous ? Je suis originaire du Kerala au sud de l’Inde, j’ai grandi dans une famille de fermiers. Déjà mon grand-père, qui possédait une ferme, cachait les leaders des mouvements de défense des libertés et des mouvements progressistes. Il m’a beaucoup influencé dans mon choix de devenir militant mais, hormis lui, ma famille était plutôt conservatrice. Je me suis toujours senti rejeté de celle-ci et surtout en désaccord avec les valeurs auxquelles ils étaient attachés. Quelle a été votre formation ? Mes études ont été un peu chaotiques. A l’école, je n’avais pas de bons résultats. En conflit avec le système universitaire, je n’ai jamais reçu mon diplôme. Je pense que mon apprentissage s’est beaucoup plus nourri de mes expériences dans mon engagement social. Je me suis d’abord confronté à mes parents, avec qui j’étais en conflit. J’ai dû défendre mes choix de vie face à mes voisins qui ne les comprenaient pas. Enfin, je me suis opposé à une partie de la société qui empêche le développement social vers plus de justice. J’ai appris à être positif malgré les difficultés et l’adversité. Je me bats aujourd’hui pour le bien-être des pauvres et des marginalisés.
Quelle a été votre évolution personnelle et professionnelle vers l’activisme social ? A 17 ans je suis parti de chez moi et j’ai commencé un pèlerinage en quête de spiritualité et de vérité. J’ai fait des rencontres capitales, dont celle de mon guide spirituel qui m’a accompagné dans mon engagement social. Moi qui m’étais toujours senti orphelin jusqu’à mes 17 ans, je suis alors devenu comme son fils et suis entré dans la grande famille des militants. J’ai eu la chance de rencontrer également des militants gandhiens, qui m’ont transmis leur philosophie de non-violence ainsi que leur vision du monde. Pouvez-vous partager avec nous l’une de vos luttes les plus importantes ? L’un de mes grands combats est très étroitement lié à mon histoire puisqu’il concerne une situation que ma femme a subie, à savoir le système des dots. C’est un sujet très sensible et tabou au Kerala. La classe politique ne se bat pas contre ce fléau qui pousse régulièrement des parents à se suicider car ils sont dans l’incapacité de payer la dot de leur fille. En effet avant d’épouser ma femme celle-ci avait été repoussée par sept fois car elle n’avait pas de dot. Moi-même en voulant l’épouser sans dot, j’ai provoqué l’incompréhension et cela a été très mal accepté. Il a fallu deux ans avant que nous puissions nous marier, deux ans qui ont signé le début de mon combat contre le système de dot. Après le mariage, nous avons dû beaucoup lutter. Cependant je ne regrette rien. Affrontant jour après jour crises et défis j’ai continué le combat contre ce système et organisé de multiples conférences sur les « menaces du système des dots et ses alternatives ». Pouvez-vous partager avec nous l’une de vos plus grandes victoires?
Je suis vice-président d’un comité de solidarité, qui réunit des paysans de Plachimada, au sud du Kerala mobilisés contre la multinationale Coca-Cola. L’installation de l’usine de boissons gazeuses a eu des conséquences néfastes importantes sur les populations locales. Elle réduit l’apport en eau potable des populations et en plus pollue l’environnement en rejetant des eaux souillées… Après de nombreuses manifestations, débats et négociations nous avons réussi à sensibiliser le gouvernement local qui a refusé une nouvelle autorisation de travail à Coca-Cola. L’usine a dû fermer, et cela a été une grande victoire pour le mouvement !
|