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Les expulsés de France témoignent
« Non à l’expulsion », « Non au refoulement », « Droit et justice pour tous ». Tels sont les messages inscrits sur les banderoles au centre culturel Djoliba, dans le centre ville de Bamako au Mali. Plus de 700 personnes ont répondu présent les 15 et 16 mars dernier au Mali à l’appel de l’Association des Maliens expulsés (AME) [1], réunissant des expulsés des pays européens (notamment la France) et des refoulés d’Afrique du Nord. Expulsé de France après six ans et demi de travail dans le bâtiment, laissant sa femme et ses enfants derrière lui Tous se sont rassemblés pour sensibiliser la population malienne sur les conditions d’expulsion des immigrés et sur leur déracinement dans leurs propres pays après dix ou quinze ans, voire plus, de vie à l’étranger. Des nyogolon - « se connaître » en langue locale bambara, sketches de tradition malienne - ont été présentés par les anciens expulsés et refoulés. Ils mettaient en scène les expériences vécues par ces personnes pendant leurs tentatives de traversée de la Méditerranée dans des embarcations de fortune, ou encore leurs conditions de vie désastreuses dans les villes européennes. Les participants ont pu témoigner et raconter enfin leur retour au pays et les conséquences que cela engendre pour eux et surtout pour toute leur famille. Par honte de ce qui est vécu comme un échec, rares sont les expulsés qui racontent à leur entourage leur voyage de retour et leurs conditions de vie humiliantes et inhumaines en Europe. Le témoignage de Sidi Mohamed Simpara, expulsé de France le 23 mars 2006 après huit ans dont six et demi passés à travailler dans le bâtiment, et qui a laissé sa femme et ses enfants derrière lui, a permis à tous de prendre conscience du drame que vivent ces expulsés et refoulés.
Il n’existe pas d’eldorado européen En partant des expériences vécues, les participants ont ensuite échangé sur différents sujets : les nouvelles lois concernant l’immigration dans l’Union européenne et leurs conséquences ; les politiques des pays africains face aux politiques sécuritaires de l’Europe ; l’externalisation des frontières ; le rôle des pays du sud de la Méditerranée ; le codéveloppement. La salle a été très réceptive et plusieurs personnes sont intervenues pour donner leur opinion ou demander des explications supplémentaires aux conférenciers. La présence de nombreux medias nationaux, presse écrite, radio et même de la télévision nationale, l’ORTM ; la présence de Badra Alou Macalou, ministre des Maliens de l’extérieur et de l’Intégration africaine et la participation de la société civile prouvent l’intérêt que suscite le sujet de l’immigration dans le pays.
Jean-Claude Amara et Raymond Chauveau de l’association Droits Devant [2], partenaire de l’AME, ont participé à une émission radio sur les ondes de la radio privée Kayira à Bamako, particulièrement écoutée par les jeunes. L’émission a porté notamment sur la nécessité pour le peuple malien d’influencer le gouvernement pour qu’il refuse de s’agenouiller devant les autorités françaises, et de signer les accords de maîtrise concertée des flux migratoires avec les pays européens. Ces deux journées de débats ont amené à faire prendre conscience aux candidats à l’immigration qu’il n’existe pas d’eldorado européen. De plus, le silence qui plane généralement autour des expériences vécues par les expulsés a pu être brisé, ce qui va permettre une meilleure prise en compte des expulsés à leur retour par leur entourage et la société toute entière.
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