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Frères des Hommes - www.fdh.org
RENCONTRER / REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO
Viviane Kitété, une avocate engagée auprès des sans-voix

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En République démocratique du Congo (RDC), Viviane Kitété [1] voue sa carrière d'avocate à la défense des femmes victimes de violences et d'abus, dans un contexte où celles-ci ont de multiples difficultés à faire reconnaître leurs droits. Elle lutte courageusement contre l'utilisation massive du viol comme arme de guerre et dénonce un système judiciaire déficient dans son pays.

Viviane, pouvez-vous nous parler de vous? 

Je viens de Béni, dans la province du Nord-Kivu, mais je suis originaire de Maniema, au centre de la RDC. Je suis l'aînée d'une famille de sept enfants avec quatre garçons et trois filles. Je suis mariée et j'ai trois enfants, deux garçons et une fille. Mon mari est procureur de la république. Je suis juriste de formation, j'ai été formée à l'université de Kinshasa, puis à l'Université libre des pays des Grands Lacs située à Goma, le chef-lieu du Nord-Kivu. 

Qu'est-ce qui vous a poussé à vous engager dans la défense des droits des femmes ? 

Au départ, je voulais être avocate et exercer en libéral. Mais lorsque je suis arrivée à Béni, j'ai vu qu'il n'y avait personne pour assister et prendre en charge les femmes et les enfants, les vulnérables, les sans-voix. Je me suis engagée pour eux, ce qui m'a permis de perfectionner mes connaissances, de monter des dossiers. Après mon stage de fin d'étude, j'ai créé le Centre de rééducation pour l'enfance délinquante et défavorisée [2] pour assister les femmes et les enfants. J'en suis actuellement présidente. Nous faisons aussi partie d'un collectif, la Commission de lutte contre les violences faites aux femmes, regroupant 19 associations locales féminines, du Caucus des femmes pour la paix et du Réseau de protection des défenseurs des droits humains de l'Afrique centrale.

 
  Viviane Kitété, lors de son passage à Paris
© Frères des Hommes

En quoi consiste votre journée de travail?  

Je suis une femme africaine au sens plein du terme. Je m'occupe de mes enfants et de mon mari le matin avant d'aller au travail. Je vais ensuite au bureau, ou parfois des victimes viennent directement chez moi. Je traite les problèmes de violences sexuelles, de succession, de répudiation des femmes sans indemnités. Souvent, les femmes qui viennent vers moi n'ont rien, donc je ne leur demande pas d'honoraires. Je suis sans cesse en mouvement, j'accompagne les victimes au bureau de police, au parquet, au tribunal si nécessaire, parfois même à l'hôpital pour les rapports médico-légaux en cas de viols. J'assiste aussi à des réunions de travail avec d'autres associations où on fait le point sur les programmes effectués en synergie. Nous parlons aussi de notre action à la radio locale une fois par semaine pendant trente minutes. 

Qu'est-ce qui vous donne l'énergie de lutter tous les matins? 

Quand une femme qui a trouvé satisfaction dans le traitement de son dossier en parle à une autre femme qui a aussi des problèmes, et qui vient me voir confiante.  

Donner aux femmes victimes de violences les moyens de se défendre.

Quelle est votre plus grande « victoire »? 

J'ai accompagné une femme, mère de quatre enfants, qui avait été déshéritée, victime d'un conflit de succession. Son mari avait été fusillé, et sa belle-famille est arrivée pour récupérer la maison et lui ordonner de plier bagage. Elle ne s'était pas remise de ses émotions et tout à coup, on la chassait de chez elle. Elle n'avait pas de travail et ne savait où aller. Je l'ai consolée, et l'ai défendue devant le tribunal de paix. Elle a gagné le procès, on lui a reconnu la garde des enfants et elle a pu garder la maison. Ca lui a fait énormément plaisir. Elle était soulagée. Ca m'a marqué car c'était un de mes premiers dossiers. Qu'elle gagne a montré qu'une femme peut réussir à faire respecter ses droits. J'ai aussi réussi à faire emprisonner un militaire très réputé qui avait violé une dizaine de filles. Le fait de savoir qu'on l'a reconnu coupable a soulagé les victimes.  

Que peut-on vous souhaiter, à vous et à votre pays? 

Plus de solidarité. Je suis optimiste pour mon pays. Il y a plus de trente ans, on ne pensait pas qu'il puisse y avoir des élections en RDC et des institutions démocratiquement élues, or il y en a eu. L'important est qu'il y ait cette volonté de changer. 


/ ET PLUS SI AFFINITES

[1]  Plus d'infos sur Viviane, visiter le site d'Amnesty International France qui la soutient dans son combat contre les violences sexuelles faites aux femmes dans les conflits armés http://www.amnesty.fr/index.php/amnesty/agir/campagnes/femmes/actualites

[2]  Site web : http://www.creddrdc.fluo.net/ >Contact : vivianetupa@yahoo.fr


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