![]() |
||||||||||||||
|
PORTRAIT
/ INDE
Deux femmes pour un même combat :
de meilleures conditions de travail
Avec Fedina [1], Muthu et Selvi s’engagent dans la lutte syndicale pour l’obtention de meilleures conditions de travail. Pouvez-vous nous parler de vos origines ? Muthu: Je suis originaire du Tamil Nadu, d’une famille modeste de 6 filles. J’ai étudié jusqu’au 10e standard (3e). Après mon mariage, je suis venue à Bangalore où je suis devenue couturière dans une usine. Selvi : Mes deux frères et moi sommes nés dans le Tamil Nadu. Mon père est agriculteur. Après notre mariage, mon mari s’est fâché avec ses frères et nous avons dû partir. Depuis nous louons une toute petite maison à Bangalore. Mon mari est travailleur journalier et n'a pas de sécurité de l’emploi et j’ai dû moi aussi travailler. Aujourd’hui, la plupart des responsabilités financières de notre famille me reviennent. D’où vient votre engagement pour Fedina ? Muthu: Nous vivions à sept – mon beau-père, mes quatre beaux-frères, mon mari et moi – dans une minuscule maison au cœur d’un bidonville. Grâce au projet de réhabilitation d’habitat de Fedina, nous avons construit une maison plus grande, avec des installations sanitaires. Après, j’ai intégré un Self Help Grou p qui organise des réunions de quartier pour trouver ensemble des solutions aux problèmes et sensibiliser les habitants à leurs droits.
Puis Fedina m’a proposé d’intégrer le programme Navachetana qui soutient les personnes âgées. Depuis un an, je suis aussi animatrice du Syndicat des travailleuses textiles (GTWU) et membre du Syndicat des travailleuses domestiques (DWU). On réfléchit aux solutions à trouver aux problèmes des travailleuses que je rencontre chaque jour pour les sensibiliser à leur droit à un salaire décent. Selvi : Je suis domestique à Bangalore. Après avoir rencontré Muthu, j’ai rejoint le DWU puis le GTWU. J'avais un peu peur d’intégrer ces syndicats mais je me suis vite aperçue que c’était utile, que ça pouvait aider des travailleuses comme moi qui avaient des problèmes avec leur employeur. Je suis trésorière du DWU depuis 6 mois. Je vais rencontrer les domestiques pour les sensibiliser à leurs droits, les encourager à négocier leur salaire et leur temps de travail. Le syndicat organise souvent des réunions au cours desquelles nous cherchons des solutions aux problèmes qui nous sont présentés et nous planifions les prochaines activités. Au GTWU, nous travaillons sur le problème des heures supplémentaires non payées et sur les fonds de prévoyance non versés. Selvi, quelles sont les améliorations depuis la création des syndicats? Certaines travailleuses ont obtenu une augmentation de salaire en fonction de leur nombre d'heures de travail. La majorité bénéficie désormais d’un jour de congé par semaine. Cependant, je sais qu’au jour le jour, nous sommes encore considérées comme des personnes inférieures et nous sommes peu respectées par nos employeurs qui parfois ne nous donnent même pas de quoi boire. En travaillant pour ces syndicats je retire une satisfaction personnelle car je sais que mon travail permet à d'autres travailleuses d'obtenir le respect de leurs droits et des conditions de travail décentes. Muthu, comment est perçu votre engagement par votre entourage ?
Quand j’ai reçu la proposition de Fedina, mon mari était contre, il trouvait tous les prétextes : « c’est trop loin, tu auras des problèmes pour te faire comprendre sans connaître la langue locale, moins de temps pour t’occuper de la maison, etc. » Mais j’ai réussi à le convaincre. Aujourd’hui, il est fier de mon travail et me laisse plus libre dans mes horaires. Ce travail m’a beaucoup apporté, je parle le kannada, je sais me déplacer dans Bangalore, j’ose aller au devant des gens. Je suis très contente de mon travail et de mon engagement dans les actions de Fedina.
|