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Frères des Hommes - www.fdh.org
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Chavannes Jean-Baptiste, aux côtés des paysans
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Chavannes a fondé le Mouvement paysan Papaye en 1973. Agé lui-même aujourd'hui de 63 ans, il n’a jamais pris un jour de congé depuis. Fils d’agriculteur, il a choisi de travailler toute sa vie au service des paysans.  

Chavannes, quelles sont tes origines ? 

Je viens d’une famille paysanne du département du centre d’Haïti. Quand j’étais petit il n’y avait pas d’école dans le milieu rural et mon père voulait envoyer ses fils à l’école. Alors j’ai quitté la maison familiale à 5 ans. On m’a mis dans une famille d’accueil et je devais marcher 3 heures matin et soir pour aller à l’école. Le vendredi je retournais chez mes parents. Au lycée je vivais encore chez une autre famille. J'ai fait une formation en agriculture pendant 3 ans. Après, j’ai travaillé avec un prêtre belge pour qui j’ai été responsable de la section agricole pour former des dirigeants de chapelle. 

Pourquoi as-tu choisi de travailler dans l’agriculture ? 

Je n’ai pas eu le choix. Mes parents n’avaient pas de quoi me payer des études et le ministère de l’Agriculture donnait des bourses pour devenir agronome. Mon père a huit enfants, les deux frères qui me suivent et le dernier sont aussi agronomes. Pour nous c’était la solution la plus facile. Mais je ne le regrette pas, ça m’a permis de me rendre compte que les paysans ne sont pas des idiots comme beaucoup de gens de mon pays le pensent, mais qu’ils ont un savoir ancestral qui vaut beaucoup. J’ai compris que le problème majeur des paysans n’était pas d’ordre technique mais de mentalité. Les paysans en Haïti croient quand les récoltes sont mauvaises que c’est parce qu’ils ont trop péché ou que leur voisin leur a jeté un sort.  

 
  Chavannes, lors de l’Assemblée générale de Frères des Hommes en mai 2008. © FDH

Nous connaissons ton engagement pour améliorer la vie des paysans : par quoi as-tu commencé ? 

J’ai demandé au prêtre belge de me ramener des livres sur l’animation de groupe. J’ai appris une autre approche, la pédagogie des opprimés. J’ai commencé à animer des groupes de discussion et en 1973 j’ai créé le Mouvement paysan Papaye avec une organisation collective. Nous avions une parcelle communautaire où nous avons appris les uns des autres et comme ça nous avons pu trouver de nouvelles approches. Le mouvement a vite pris une dimension régionale, puis nationale. Je me suis aussi formé pour mieux conduire le mouvement, j’ai étudié la coopérative en Belgique, la gestion en Italie, les problèmes du développement aux Etats-Unis, la dynamique de groupe en France, l’économie au Costa Rica. 

Tu t’es beaucoup investi dans ton travail, qu’en est-il de ta vie de famille ? 

J’ai quatre enfants avec lesquels j’ai passé un contrat qui dit que l’argent que j’ai dépensé pour leurs études, ils doivent le redonner aux paysans quand ils travailleront. Tout l’argent que j’ai  gagné est toujours allé au Mouvement, je trouve ça normal. Ma fille est médecin et a passé ainsi 3 ans à travailler pour le Mouvement avec qui elle a développé un programme de santé communautaire. Mes trois garçons aussi ont travaillé pour le Mouvement, un est ingénieur électrique, l’autre a étudié les finances et le troisième est informaticien. Ma femme, elle, n’aime pas apparaître, elle préfère rester dans l’ombre mais elle est très impliquée. Elle a beaucoup souffert parce que je ne suis jamais à la maison et parfois il m’arrive de passer 2 ou 3 mois dans le maquis quand le mouvement est persécuté pour ses positions politiques.  

Le nom MPP est sorti au grand public en 1987 quand nous avons lancé une pétition contre l’abatage massif des cochons créoles perpétrait par les américains. Nous avions récolté 300 000 signatures.

As-tu des regrets et quelle est ta plus grande satisfaction ? 

Je regrette que malgré nos efforts, la situation du pays ne change pas vraiment, on n’arrive pas encore à avoir une vraie vision collective. Je voulais un pays reboisé et il est en voie de désertification. On coupe 50 millions d’arbres par an et on n’en plante pas. Mais je suis très fier que les paysans ne soient plus méprisés et que leur métier soit maintenant considéré comme digne. Je suis content de voir que de nos jours les femmes et les jeunes participent au mouvement. Avant, les femmes étaient battues si elles venaient aux réunions, mais maintenant c’est une femme qui est secrétaire générale du mouvement. Les choses progressent.


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