PORTRAIT
[à la rencontre de ...]
Benoît Ouoba, « alphabète »
burkinabé
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PORTRAIT
[à la rencontre de ...]
Benoît
Ouoba, « alphabète »
burkinabé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . |
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En 1989, Benoît Ouoba, linguiste de formation, a créé
l'association Tin Tua, moyen de développer des activités
d'alphabétisation destinées aux populations rurales de la
région du Gulmu, à l'est du Burkina Faso.
Benoît Ouoba, d'où venez-vous ?
Je suis né à Botou, dans la région de l'est du Burkina,
probablement en décembre 1944. Je suis issu d'une famille de paysans
modestes mais au sein de laquelle nous n'avons jamais manqué de
rien.
A quel âge avez-vous commencé à
aller à l'école ?
Je suis allé à l'école par hasard à 8 ans.
Dans ma famille, on a choisi d'inscrire une fille mais comme les parents
ne voulaient pas qu'elle parte, j'ai pris sa place […]. J'ai été
formé pour être enseignant en école primaire […].
Après le BEPC, à 18 ans, j'ai arrêté quelque
temps mes études et j'ai enseigné 4 ans à Manni,
un village situé à 400 km de chez moi.
Vous avez arrêté les études
après le BEPC ?
Non, en 1969 j'ai préparé le bac par correspondance puis
une licence à l'université et j'ai obtenu une bourse pour
étudier en France. J'ai préparé une maîtrise
de linguistique à Paris V. De retour au Burkina en 1982, j'ai soutenu
une thèse, La description systématique du gulmancema
[1], par correspondance à
Paris III.
Vous avez ensuite enseigné ?
Oui, je suis retourné à mes amours et j'ai enseigné
à l'université. Mais depuis 1996, je suis détaché
et je n'enseigne plus car l'association me prend beaucoup de temps.
Pourquoi s'intéresser à l'alphabétisation
?
Quand j'étais instituteur dans mon village, j'ai essayé
d'apprendre à lire en français aux adultes qui le désiraient
; je n'ai pas obtenu de bons résultats car ils ne lisaient déjà
pas dans leur langue maternelle.
D'où
l'idée d'une méthode spécifique d'alphabétisation ?
Oui. Avec des collaborateurs, nous avons élaboré le code
orthographique officiel de la langue gulmancema, un dictionnaire, une
grammaire et des documents didactiques et de post-alphabétisation
[…]. Puis, nous avons travaillé à l'enseignement de
la langue selon la méthode "apprentissage du français,
langue seconde" que j'avais conçue.
Les résultats ont-ils été
probants ?
Oui. Notre méthode a été adoptée pour devenir
méthode nationale d'alphabétisation et nous aidons des partenaires
d'autres pays à la mettre en place […]. Le changement tout
le monde le constate.
Concrètement, quel changement ?
Par exemple, dans un village où il n'y a pas d'école mais
où les gens ont suivi des programmes d'alphabétisation du
centre Banma Nuara [2], quand vous
parlez, ils sortent papier et crayon pour prendre des notes. De retour
dans ce village peu de temps après, les gens vous rappellent ce
que vous avez dit […]. C'est un changement car les gens savent écrire
et lire.
Quel engagement ! Qu'en pense votre famille ?
Mes proches sont admiratifs et voient les résultats mais ils n'acceptent
pas tous le prix à payer. Vous êtes souvent absent et quand
vous rentrez, souvent vous avez l'esprit ailleurs […]. Quand on
s'engage dans ce genre de vie, il n'y a plus de vacances.
Partagent-ils votre engagement ?
Oui, malgré tout, mes proches me soutiennent énormément.
Mes enfants m'aident. Par exemple, le site Internet de Tin Tua a été
conçu par ma fille […]. Mais je ne souhaite pas qu'ils me
remplacent à l'association. Ils doivent faire leur vie ailleurs.
FDH
Notes :
[1] langue des Gourmantché, ethnie d'origine de Benoît
Ouoba
[2] centres d'alphabétisation créés
par le biais de l'Association Tin Tua
Association Tin Tua : http://www.tintua.org
/ Contact : Benoît Ouoba
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: Frères des Hommes - www.france-fdh.org |
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