PORTRAIT
[à la rencontre de ...]
Shaista Bukhari : une féministe
pakistanaise
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[citoyen engagé]
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[combat public]
FORMER
[savoir pour agir]
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[partage des moyens]
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[confronter les idées]
TEMOIGNER
[culture solidaire]
PORTRAIT
[à la rencontre de ...]
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Shaista Bukhari, quelles sont vos racines?
J'ai grandi dans un village, Kot Noor Shah, près de Multan dans
le district de Lodhran. Mon père est issu d'un milieu rural et
ma mère de la banlieue urbaine. Mon père travaillait au
département des forêts du gouvernement. J'ai été
élevée dans un environnement rustique au contact familier
avec les travailleurs de la terre.
Cela vous a-t-il influencée?
Enfant, je voyais ces gens travailler très dur du matin au soir
tout en étant mal payés. Pour 80 kilos de coton ramassés
lors des récoltes, une femme gagnait seulement le prix de 2 kilos
de coton, ce qui équivaut à 75 roupies (1.25 $). De même
je m'apercevais lors des mariages que les femmes issues d'un milieu aisé
portaient des bijoux en or mais pas les femmes pauvres et je me suis alors
demandée pourquoi.
Vous avez poursuivi des études supérieures?
Mon frère aîné travaillait dans une banque et était
engagé politiquement à gauche. C'est lui qui a financé
mes études. J'ai obtenu mon bac et j'ai intégré une
école privée d'administration en gardant en tête beaucoup
de questions. J'ai étudié dans le domaine de l'éducation
pendant sept ans. J'ai obtenu mon diplôme de fin d'études
puis j'ai choisi de me spécialiser dans le développement
afin d'améliorer les conditions de vie des femmes rurales pauvres
et marginalisées.
Quels sont les obstacles pour les femmes au Pakistan?
La cause majeure des problèmes des femmes au Pakistan est le modèle
patriarcal qui déséquilibre la répartition des pouvoirs
en créant un énorme fossé entre les genres. Les femmes
n'ont accès ni aux ressources ni au processus législatif
et n'ont pas de droits sociaux. Parallèlement, la culture et la
mauvaise interprétation des textes religieux servent de justification
à cette structure masculine et constituent une menace pour la sécurité
des femmes.
Vous
avez donc voulu créer une association pour elles?
Mes capacités me permettaient d'aider seulement deux ou trois de
ces femmes. L'un de mes professeurs m'a alors conseillé de former
une organisation et le 8 mars 1999, j'ai posé officiellement la
première pierre de l'Association pour les Droits des Femmes (WRA)
dans le but d'organiser une plate-forme pour les femmes défavorisées
et d'ouvrir un combat collectif pour leurs droits.
Shaista, d'où vient votre énergie
et votre dévouement pour la WRA?
Quand je vois une femme être victime de cette société
patriarcale, dépourvue de ses droits humains fondamentaux, cela
me bouleverse. Lorsque j'aide ces femmes, je peux entrevoir un espoir
dans leurs yeux et cela me redonne de l'énergie. Le jour viendra
où elles seront libres de toute sorte de discrimination.
Pourquoi êtes-vous si impliquée
dans cette lutte?
J'ai construit seule ce projet et j'ai enduré tout ce qui fait
souffrir une femme dans notre société. Je me considère
un peu comme une privilégiée en comparaison aux autres femmes
dans le sens où j'ai conscience de mes droits et que j'ai eu accès
à l'éducation. Malgré cela, j'affronte encore des
pratiques discriminatoires dans cette société masculine.
Quels sont vos espoirs pour la société
pakistanaise?
Si le travail sur les droits des femmes continue sur la même voie,
je peux imaginer une société plus juste et plus libre. Le
travail des media, ONG et autres organisations civiles a permis de sensibiliser
les Pakistanais aux questions de genre mais il reste encore beaucoup de
chemin à parcourir.
FDH
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