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PORTRAIT [à la rencontre de ...]
Côte d’Ivoire : Gbahi Kouakou, du ballon à la plume

SOMMAIRE  

PARTICIPER [citoyen engagé]

Le « tissu » économique des femmes sénégalaises  . . . . . . . . . . . . . . . . . .

MANIFESTER [combat public]

Afrique du Sud : barrer la route aux privatisations . . . . . . . . . . . . . . . . . .

FORMER [savoir pour agir]

COOPERER [partage des moyens]

INFORMER [confronter les idées]

TEMOIGNER [culture solidaire]

PORTRAIT [à la rencontre de ...]

 

Gbahi Kouakou, jeune paysan ivoirien, est président de la Jeunesse agricole de Béoumi, plate-forme de jeunes agriculteurs organisés en groupements coopératifs. Il vient d’écrire un livre, le Peuple n'aime pas le peuple [1].

Gbahi, comment s’est déroulée ton enfance ?
Je suis né en Côte d’Ivoire en 1972, dans le département de Béoumi situé au centre du pays. Mon père était commerçant, lui et ma mère se sont très vite séparés. Je suis resté vivre avec ma mère. Etant son seul fils, j’étais un peu sa raison de vivre. J’ai commencé l’école au village à 6 ans, puis je suis allé au collège dans la région de l’ouest. Je n’ai pas continué longtemps le collège, car je préférais jouer au football plutôt que d’aller à l’école.

Qu’as tu fais lorsque tu as quitté l’école ?
Je rêvais de devenir footballeur mais ca n’a pas marché, donc je suis revenu au village. J’ai entamé une vie de vagabond : j’étais au chômage et je vivais de petites combines. Pendant cette période, je faisais partie de l’équipe locale de football, on se faisait passer pour des stars. En 1995, on m’a parlé d’un projet de l’Union Européenne (UE) d’appui à l’élevage ovin pour les jeunes Ivoiriens intéressés par l’agriculture. J’ai suivi une formation et j’ai reçu un prêt de l’UE de 10 000 € qui m’a permis de m’installer en tant qu’agriculteur. Mais à cette époque je n’avais vraiment pas dans l’esprit d’être un agriculteur professionnel, j’ai choisi cette voie juste parce ce que je savais que j’allais avoir un prêt.

Qu’est ce qui t’a fait changer de vie et devenir un agriculteur engagé ?
J’ai continué à vivre comme une star jusqu'à ce que je fasse une rencontre qui à été déterminante pour la suite de ma carrière. Cette rencontre c’est un groupe d’agriculteurs français qui était de passage dans mon village. Ils m’ont ouvert les yeux sur ce que pouvait réellement m’apporter ma terre. En 2000, après deux ans de collaboration avec eux, j’étais devenu un véritable agriculteur professionnel. Je me suis investi pleinement dans mon travail à la ferme et mon exploitation est vite devenue rentable.

D’où t’es venu l’idée de fonder la Jeunesse agricole de Béoumi ?
J’ai fondé ce mouvement en 2002, afin de faire partager l’expérience que j’avais vécue avec les agriculteurs français. Etre agriculteur est souvent perçu comme une situation d’échec dans la société ivoirienne, mon but était de montrer que devenir agriculteur n’est pas une fatalité et permet d’obtenir une bonne situation. Suivant l’exemple de ma réussite, beaucoup de jeunes ont commencé à m’imiter et à se lancer dans cette dynamique de jeunesse agricole.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Dans mon pays la liberté d’expression, n’est pas offerte à tout le monde. En Côte d’Ivoire, je fais partie du peuple, et le rôle du peuple est d’applaudir lorsque les hommes politiques parlent. Or je ne veux plus applaudir, je veux parler. J’ai donc créé mon espace d’expression. En écrivant ce livre, je demande à prendre la parole.

As-tu été soutenu pendant la rédaction de ton livre ?
Il a été délicat de me faire relire par des gens car je m’y positionne politiquement. Le contexte troublé de la Côte d’Ivoire fait qu’il est difficile de faire confiance à quelqu’un, il peut toujours y avoir des fuites et donc des problèmes pour moi. Mais j’ai des amis qui m’ont aidé pour quelques arrangements orthographiques ou grammaticaux.

Aujourd’hui, quels sont tes projets ?
J’ai beaucoup de rêves pour mon pays, mais j’ai peur que la situation perdure encore longtemps. Pendant que mes frères se battent en Côte d’Ivoire, je vais mettre ce temps à profit pour me former. Lorsque les choses se seront calmées au pays, je pourrai mettre ma formation à leur disposition.

FDH


[1] Le peuple n'aime pas le peuple - La Côte d'Ivoire dans la guerre civile / Kouakou Gbahi Kouakou / essai (broché) Témoins - Gallimard. Paru en 09/2006

Gbahi Kouakou - gbahi02@yahoo.fr


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Source : Frères des Hommes - www.france-fdh.org

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