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Former [savoir
pour agir]
Au Bangladesh, c’est par l’implication
des populations que s’améliore la santé.
Grâce à un couvercle qui réduit les risques de contamination, les Motka Paikhana [1] - toilettes hygiéniques en argile - ont connu un vif succès, surtout auprès des familles bangladaises les plus pauvres. Pour 1 dollar, elles peuvent les commander au potier local et avec un peu d’entraînement, elles peuvent même les fabriquer toutes seules ! Pour l’ONG Gono Unnayan Prochest (GUP), cette invention due à un membre d’un samity est tellement porteuse qu’elle est régulièrement citée en exemple dans ses campagnes de sensibilisation. Cette innovation démontre que les villageois sont acteurs de leur développement et jouent un rôle réel dans l’amélioration de leurs conditions d’hygiène. Cette philosophie du « développement participatif » se traduit notamment par un important travail d’ information . Pousser la population à identifier les causes de ses problèmes de santé et lui apporter des connaissances sur le sujet est l’approche que développe le GUP. Les Bangladais sont ainsi mieux armés pour prévenir l’apparition et la propagation de maladies infectieuses telles que la tuberculose (50% de la population est porteuse du virus). Ils sont également incités à se tourner davantage vers des pratiques traditionnelles qui tendent à disparaître, comme l’homéopathie. Aussi, les villageois se rendent de plus en plus régulièrement à la pépinière pour acheter des plantes médicinales. A leur tour, ils les repiquent chez eux et se soignent par leurs propres moyens à moindre coût. Les mères bangladaises ne sont pas en reste. Le centre de santé pour l’enfant de Khalia (temporairement fermé depuis 2003 par manque de fonds) les mettait en étroite relation avec le personnel soignant. A travers cette approche éducative participative, elles apprennent à la fois les gestes quotidiens pour mieux soigner leurs enfants et sont sensibilisées à la prévention des infections.
Donner aux populations les moyens d’agir se traduit aussi et essentiellement par la formation . Ainsi, dans le cadre de sa campagne d’éducation à la santé, le GUP a engagé 39 femmes « volontaires de la santé » dans 42 villages de Rajor Upazila [2]. Elles ont suivi une formation pendant 30 jours sur des thèmes aussi diversifiés que la santé chez l’enfant, la prévention et le traitement des maladies bénignes ou encore l’hygiène et la stérilisation. Pour Saheeda Begum, c’est devenu une vocation : « je resterai une s hasthya shebika [3] toute ma vie et répondrai aux appels d’urgence de mes voisins », raconte-t-elle. Dans cette démarche, les populations sont appuyées par le personnel médical des villages qui a, lui aussi, reçu une instruction pour pallier les lacunes d’un Etat limité dans ce domaine. Pour sa clinique spécialisée dans les soins pré-et postnatals, l’ONG forme ainsi des sages-femmes qui participent activement au suivi des grossesses. Pour sa part, le programme d’homéopathie a permis de familiariser des médecins de villages quant à la prescription de ces remèdes naturels. Sikder Abdul Wahab, directeur du GUP, est convaincu que pour enrayer une situation sanitaire défaillante et améliorer la santé de millions de Bangladais, il faut « impliquer la population locale dans le changement de ses conditions de vie et inscrire les villageois dans cette dynamique ». Les résultats obtenus par cette alliance entre mobilisation, éducation et formation des populations aux enjeux sanitaires ont prouvé la légitimité et l’efficacité d’une telle approche. Finalement, le dialogue instauré entre les habitants et les travailleurs sociaux du GUP aura même contribué à éliminer certaines superstitions et croyances sur la santé et les pratiques sanitaires. FDH
[1] Latrines couvertes [2] Sous-district de Madaripur. [3] volontaire de la santé
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