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MANIFESTER [combat public]
Un nouveau mouvement social s’empare
des rues de Mexico
Quinze septembre 2006 : après de longues semaines d’occupations des rues de la capitale mexicaine, les campements sont levés et les mobilisations s’apaisent. Tout l’été, plusieurs centaines de milliers de Mexicains - citoyens, membres d’ONG, d’organisations paysannes, de mouvements populaires, de syndicats ou partisans d’Andrés Manuel López Obrador (AMLO), candidat de la « Coalition pour le bien de tous » - se sont mobilisés pour protester contre les conditions de la victoire de Felipe Calderón, candidat du Parti d'Action Nationale (PAN, parti de l’actuel président Vicente Fox). Une incroyable mobilisation dont l’enjeu va bien au-delà du soutien d’AMLO : il s’agit en réalité de réclamer la transparence du processus électoral et le respect de la démocratie. Rassemblant dès les premiers jours de la mobilisation des milliers de personnes, le mouvement de résistance civile occupe à partir du 28 juillet, jour et nuit, 48 campements dispersés sur le Paseo de la Reforma [1], l’avenue Juarez et la place du Zócalo [2], trois des endroits les plus fréquentés de la capitale mexicaine. Pendant plus de deux mois, les campements deviennent de véritables lieux de vie et les rues sont transformées en “calles-vivienda, calles-posada, calles-taller, calles-escenario, calles-trabajo, calles-solidaridad, calles-vida, calles-protesta” [3]. Une véritable ville dans la ville ! Non seulement petits et grands participent à des ateliers de toutes sortes (sensibilisation aux droits de l’homme, céramiques, lecture, théâtre, expositions, conférences …), mais les occupants proposent aussi de nombreux services : conseillers juridiques, bibliothèque, salons de coiffure, etc. Comme dans presque tous les campements, une station de radio communautaire émet régulièrement les dernières nouvelles et les revendications du mouvement et chacun peut venir exprimer ses opinions.
La mise en place de ces campements aura permis la naissance d’un nouveau mouvement social, « Le rayon d’espoir » [4], comme le qualifient certains. Si les organisations civiles telle qu’Equipo Pueblo avaient déjà créé des espaces de réflexion sur la démocratie au Mexique bien avant les élections, cet été 2006 aura donné une dimension concrète et populaire à leurs actions. Alors que le 6 septembre, après un recomptage partiel des votes, Calderón est officiellement proclamé président avec 0,61% de voix d'avance, l’importante mobilisation des Mexicains permet la nomination d’un gouvernement bis. Le 16 septembre, lors de la Convention nationale démocratique à laquelle ont participé de nombreux représentants d’organisations civiles et sociales, Obrador se fait proclamer « président légitime ». Ce gouvernement siègera à Mexico et se déplacera dans tout le pays pour répondre aux attentes des citoyens qui ont montré leur volonté d'être les véritables acteurs du changement politique mexicain. FDH
[1] Avenue de la Réforme [2] place principal du centre historique de Mexico, aussi appelée Plaza Mayor [3] « rues-maisons, rues-auberges, rues-atelier, rues-théâtre, rues-travail, rues-solidarité, rues-vie, rues-protestation » [4] “El Rayo de Esperanza”
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