Accueil  
Actualités
Le projet TERRA Le Mouvement des Sans Terre Réforme Agraire au Brésil Comment agir ? Un réseau de soutien



Brésil : Les mouvements sociaux exigent des changements dans la politique économique du gouvernement Lula [26/07/05]

Lundi 25 juillet, à l’occasion de la journée nationale des travailleurs ruraux, divers mouvements sociaux – dont Via Campesina Brésil, le MST, la Coordination des Mouvements sociaux (CMS), entre autres - sont descendus dans les rues des principales capitales brésiliennes, pour montrer une fois encore leur insatisfaction face à la politique économique menée par le gouvernement Lula.

A cette occasion, un groupe d’économistes brésiliens a lancé à Rio de Janeiro, un « Manifeste des économistes pour une nouvelle politique économique », qui reprend, poursuit et approfondit les revendications déjà portées, avant même que le Brésil ne soit secoué par la crise politique actuelle, par la « Marche nationale pour la réforme agraire », qui s’est déroulée du 2 au 17 mai.

Ces revendications avaient à leur tour été reprises le 21 juin dernier dans la « Lettre au peuple brésilien » (« Carta ao povo brasileiro »), rédigée par la Coordination des Mouvement sociaux, les réformes dans la politique économique étant considérées comme centrales et préalables à tout autre type de réforme pour la société brésilienne.


LA CRISE DE LA REPUBLIQUE

Manifeste des économistes pour une nouvelle politique économique

Tous affirment que la République est en crise. Nous aussi, nous considérons que la crise est profonde. Mais de quelle crise parlons nous? Nous pensons que la Nouvelle République, née sur les ruines de la dictature en 1985 et promettant un pays meilleur, a finalement succombé face aux intérêts des classes dominantes du pays . La crise actuelle – politique, économique, sociale et éthique – ne peut être résolue que si l’on remplace les piliers de l'accord qui ont soutenu la transition de la dictature vers la démocratie, et qui ont été protégés et alimentés par tous les gouvernements depuis lors et jusqu'à aujourd'hui, par un programme qui réponde aux exigences les plus pressantes de la population et redonne la souveraineté nationale et populaire que toute République digne de ce nom doit posséder.

La stratégie économique, qui met le combat contre l'inflation au centre de ses objectifs politiques, a échoué totalement et se trouve dans une impasse, même si elle a encore beaucoup de défenseurs à l'intérieur et à l’extérieur du gouvernement. Après d'innombrables plans, le peuple est encore plus pauvre: si le Brésil n'est pas le pays à la concentration de richesses la plus élevée c’est seulement parce qu'un pays africain nous bat (la Sierra Leone). Rien que l'année dernière, le nombre de millionnaires – personnes avec des actifs supérieurs à 1 million de dollars – a augmenté de 7%. Actuellement, quasiment 100 000 personnes contrôlent 50% des richesses du pays.

Le programme économique et politique conçu et appliqué initialement par le gouvernement de Fernando Henrique Cardoso et qui est encore appliqué à notre pays, doit être remplacé de manière immédiate et urgente. Ce programme, connu au départ sous le nom Plan Réal et qui maintenant répond au nom de « stabilité économique » a non seulement engendré des millions de pauvres, mais continue à compromettre l'avenir de plusieurs générations en aliénant le territoire, en accroissant l'endettement de l'Etat et en approfondissant la dépendance du pays.

L'austérité appliquée au peuple, avec des coupes systématiques dans l’investissement social, et des ressources toujours plus importantes destinées au paiement des dettes -interne et externe- a approfondi la relation parasitaire et prédatrice du patronat national et étranger envers l'Etat brésilien. L'augmentation des impôts sert à payer les intérêts de la dette et garantit les profits de tous ceux qui investissent dans les titres de la dette publique: banquiers, chefs d’entreprises, rentiers de tous ordres. La corruption de partis et d'hommes politiques n’est que la face la plus visible d'un processus plus profond qui ne pourra être corrigé efficacement que si l'Etat est renforcé et « déprivatisé ». La privatisation et la fragilité de l'Etat sont les deux principales causes de la corruption au Brésil !

Les maîtres du pouvoir affirment que les exportations peuvent sauver le pays, mais en vérité cette option omet la vitalité du marché interne et maintient les salaires bas pour rester compétitif sur le marché mondial. La dépendance technologique est croissante et les mesures prises tout au long de cette année pour renforcer la solution exportatrice n’ont fait qu’augmenter la vulnérabilité externe, productive, monétaire et financière de l'Etat brésilien.

Mais notre principal ennemi est celui qui affirme qu'il n'existe aucune alternative. Nous proposons ci-dessous un ensemble de mesures qui mettent sur la voie d'une alternative nationale et populaire pour la crise actuelle. Elles peuvent et doivent être prises en ce moment alors que d'amples majorités défendent encore les changements structurels pour le pays et appuieraient avec conviction et une intense mobilisation un programme de nature populaire. Si elles sont appliquées, elles inaugureront une nouvelle ère pour les masses qui entameront sans hésiter une longue lutte pour construire une république démocratique, destinée à renforcer la souveraineté nationale et dépasser pour toujours le sous-développement :

1. Baisser les taux d’intérêt réel (Selic) au même niveau que celui pratiqué aux Etats-Unis et dans les pays voisins en Amérique latine, tels que le Venezuela et l’Argentine, soit autour de 2,5% par an, et non les 19,75% actuels. Contrôler les taux d’intérêts appliqués par les banques auprès commerçants et consommateurs, qui atteignent plus de 100% par an.

2. Changer l’actuelle politique d’excédent fiscal primaire dans le budget de l’Union, qui destine d’énormes ressources publiques au paiement des intérêts [de la dette]. Appliquer les 80 milliards de réais récoltés cette année par le gouvernement, dans des investissements favorisant la création d’emplois, dans l’éducation, l’agriculture familiale, la réforme agraire, la santé et le logement.

3. Doubler la valeur du salaire minimum et la valeur des pensions à 454 réais par mois, en 2005 encore, et l’augmenter à 566 réais en mai 2006, en vue de la redistribution des richesses et de l’amélioration des conditions de vie des plus pauvres, respectant ainsi les engagements assumés par le gouvernement Lula lors de la campagne électorale.

4. Récupérer le contrôle gouvernemental et public sur la Banque centrale et sur la politique monétaire. Empêcher l’autonomie de la Banque centrale, en train d’être adoptée par ses directeurs, en connivence avec les intérêts des banquiers et du capital financier international.

5. Ne pas signer l’accord de la ZLEA (Zone de libre échange des Amériques, ALCA en portugais et espagnol), et ne pas accepter les règles de l’OMC (Organisation mondiale du commerce), qui affectent l’économie brésilienne et les intérêts du peuple.

6. Réaliser un audit publique de la dette externe, comme le définit la Constitution, et en renégocier la valeur, déjà payée plusieurs fois. Utiliser les ressources actuellement envoyées vers l’extérieur en vue de son paiement, pour des investissements dans l’éducation et des droits sociaux.

7. Changer les règles actuelles de réajustement des tarifs de services publics fondamentaux, tels que l’énergie électrique, l’eau, le téléphone, et les transports publics. Revoir et réduire les tarifs actuels qui atteignent des valeurs prohibitives spoliant l’ensemble du peuple brésilien, en faveur de groupes oligarchiques qui dominent le secteur depuis sa privatisation.

8. Arrêter immédiatement les appels d’offre pour l’exploitation des secteurs pétrolifères. Changer la loi 9478/97 et garantir la nationalisation du pétrole avec l’exclusivité de son exploitation par Petrobrás.

9. Garantir la participation de représentants de la société brésilienne et des travailleurs eux-mêmes dans tous les conseils d’administration des entreprises publiques et des administrations, à tous les niveaux : fédéral, des états et municipal.

10. Adopter une politique qui protège la richesse nationale, en luttant contre l’envoi de dollars vers l’extérieur, sous forme de transferts, de surfacturation des transnationales, de bénéfices, royalties, etc. et en en garantissant l’application au Brésil. Promouvoir le rapatriement des ressources envoyées de manière légale néanmoins illégitime. Adopter des mesures qui protègent notre économie de la vulnérabilité extérieure.

SIGNATAIRES
1. Sidney Pascotto - Président du Conseil Fédéral d'Economie.
2. João Pedro Stedile - MST, Via Campesina Brésil.
3. Reinaldo Gonçalves - Professeur UFRJ et Conseiller Régional d'Economie de l'Etat de Rio de Janeiro.
4. Paulo Passarinho - Coordonnateur Général du Syndicat des Economistes de l'Etat de Rio de Janeiro.
5. Nildo Ouriques - Université Fédérale Santa Catarina.
6. Dirlene Marques - Président du Syndicat des Economistes du Minas Gerais e Coordination du Comité
Mineiro du Fórum Social Mundial.
7. Luiz Filgueiras - Professeur de l'Université Fédérale de Bahia-UFBA.
8. Ronaldo Rangel - Conseiller du COFECON.-Conseil fédéral des économistes
9. Caio R. M. Camargo - UNICAMP/Pós-Graduação.
10. Prof. Dr. Edmilson Costa - PCB.
11. Krishna Mendes Monteiro – UNICAMP/Maitre en sciences politiques/IFCH.
12. José Antônio Lutterbach - Président du Conseil Régional d'Economia de l'Etat de Rio de Janeiro.
13. João Manoel Gonçalves Barbosa - Vice-President du Conseil Regional de Economia dde l'Etat de Rio
de Janeiro.
14. Wellington Leonardo da Silva - Diretor do Sindicato dos Economistas do Estado do Rio de Janeiro.
15. Antônio Melki Júnior - Diretor do Sindicato dos Economistas do Estado do Rio de Janeiro.
16. Carlos Henrique Tibiriçá Miranda - Diretor do Sindicato dos Economistas do RJ e Conselheiro do
Corecon-RJ.
17. Maria Neusa Costa - Vice-Presidente do Sindicato dos Economistas do Estado de Minas Gerais.
18. Concessa Vaz de Macedo - Professora do Departamento de Ciências Econômicas da Universidade
Federal de Minas Gerais.
19. Severo de Albuquerque Salles - Universidade Nacional Autônoma do México.
20. Reinaldo A. Carcanholo - Professor da UFES.
21. Fábio Marvulle Bueno - Mestrado IE/UNICAMP.
22. Francisco Carneiro de Filippo - Mestrado IE/UNICAMP.
23. Luciane Bombach - Mestre em Economia Social e do Trabalho pela Unicamp.
24. Fernando Henrique Lemos Rodrigues - Mestrando em Economia IE/UNICAMP
25. Angélica Soares Gusmão - Mestranda em Política Social/UFES e Diretora de Administração e
Planejamento/Prefeitura Municipal de Cariacica-ES.
26. José Bezerra de Araújo - Professor de Economia Brasileira da Universidade Federal de Campina Grande.
27. Ana Carla Magni - Mestranda em Economia Social e Trabalho no IE/UNICAMP, economista do DIEESE
e Prof. das Faculdades Anhanguera Educacional. -SP
28. Rosa Marques- Professora PUC-SP
29. Carlos Eduardo Carvalho- Professor PUC-SP
30. Jose Juliano de Carvalho- Professor FEA-USP
31. Rafael da Cunha, Presidente do sindicato dos economistas do Rio Grande do Sul

Traduit par Julien Terrié et Isabelle dos Reis