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Info Terra

69 - Juillet 2006

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* SOMMAIRE

ANALYSE : La mise en valeur de l'Amazonie brésilienne
AGIR : Le soja contre la Vie
ACTUALITE : Dans le sud du Pará, un évêque prend parti
- Réforme agraire en Bolivie : les grands propriétaires brésiliens touchés de plein fouet
- Démission du ministre brésilien de l'Agriculture à 3 mois des élections présidentielles
- Affaire Dorothy Stang : suites...
SOLIDARITE : A lire : "La terre au Brésil : de l'abolition de l'esclavage à la mondialisation"
AGENDA : Exposition "Terra" au Festival du Bout du Monde

* ANALYSE

Le soja dont on parle le plus, n'est pas la seule culture industrielle brésilienne qui ait des conséquences sociales et environnementales fortes. Il faut compter aussi avec la canne à sucre, le coton, le maïs, les orangers, les pâturages, l'eucalyptus, certains palmiers.

La mise en valeur de l'Amazonie brésilienne


Un accord général existe sur le fait que les immenses espaces cultivables - certains déjà cultivés, d'autres pas encore - seront un atout majeur pour le pays dans les décennies à venir et qu'il n'est pas question de ne pas en profiter. En toile de fond de cet accord : la raréfaction inéluctable des ressources pétrolières, l'augmentation du prix de l'énergie, qui vont provoquer, au niveau mondial, une forte demande de bio carburants (alcool, huiles diverses, bois...) qui pourront être partiellement fournis par l'agriculture et la sylviculture brésiliennes.

Il n'y a aucune chance, ni avec Lula, ni avec un autre gouvernement, pour que cesse la progression des zones mises en culture, au détriment de la forêt primaire ou "forêt vierge". On s'achemine vers une mise en valeur de plus en plus générale du territoire, y compris de l'Amazonie, avec des zones de protection environnementales de tailles plus ou moins grandes et d'un niveau de protection plus ou moins strict.

Le  6 juin 2006, le gouvernement a annoncé qu'il a décidé de terminer d'asphalter, d'ici trois ans, la route Cuiabá (capitale de l'état du Mato Grosso) - Santarém (port sur l'Amazone), ce qui va faciliter l'évacuation des productions agricoles et autres (aujourd'hui essentiellement soja, demain alcool, coton, sucre et toutes sortes de marchandises). En même temps, il annonce la création de trois réserves naturelles d'un total de 2,5 millions d'hectares, ce qui correspond à un carré théorique de 160 x160 km. En février dernier, le gouvernement a annoncé la création, le long de cette route, d'une zone de développement durable de 16 millions d'hectares (un carré théorique de 400x400km).

D'autres projets d'aménagements de grands affluents de l'Amazone (Rio Madeira, Rio Xingu, Rio Tocantins...) sortent périodiquement de cartons où ils dorment depuis longtemps. Il s'agit de projets d'usines hydroélectriques. Mais un autre enjeu existe en arrière plan : celui de l'extension de l'actuel réseau de voies navigables amazonien - et même de sa connexion avec le Rio Paraguai, jusqu'à Buenos Aires - indispensable à long terme pour écouler les productions agricoles et autres, vers les zones où elles seront consommées ou vers les ports d'où elles seront exportées. En effet, plusieurs de ces affluents passent par des rapides qui interrompent la navigation. La construction d'usines hydroélectriques sera accompagnée de celle d'écluses qui les rendront franchissable à la navigation.

Le fait est qu'en prenant un peu de recul, on observe qu'en Amazonie, depuis les années 1970, la pénétration des aménagements modernes, avec toutes leurs ambigüités, n'a pas cessé. Par ailleurs, les grands enjeux mondiaux des prochaines décennies vont pousser à une poursuite de la mise en valeur de cette immense région.

La question n'est pas d'être pour ou contre cette dynamique, mais de faire en sorte que la mise en valeur se fasse de la façon la plus intelligente possible en considérant le long terme. Les Brésiliens, pour la grande majorité d'entre eux, ne demandent que cela, ce qui par contre ne semble pas être le cas des multinationales que l'on voit agir actuellement. Leur pouvoir d'influencer, directement ou indirectement, les décisions politiques engageant le long terme dans un sens favorable à leurs seuls intérêts financiers est considérable, grâce aux lobbies et à l'argent dont elles disposent. Il doit être contrebalancé par une mobilisation et une vigilance de la société civile, encore trop faibles là-bas comme ici.

Les Européens sont les plus gros acheteurs de produits agricoles et il est vraisemblable que cela va continuer encore longtemps. En tant qu'acheteurs, consommateurs et aussi citoyens du monde, nous pouvons - nous devons -  afin de nous associer à l'action que mènent sur place les mouvements sociaux, d'une part, n'acheter que ce dont nous avons réellement besoin, en bannissant les habitudes de gaspillage que nous avons prises collectivement au cours de la seconde moitié du XXe siècle, d'autre part, donner la priorité et si possible l'exclusivité à l'achat de produits répondant à des critères satisfaisants de qualité sociale, environnementale, éthique. Etant entendu bien sûr qu'un accord se fasse sur ce qu'on entend par « satisfaisant », coté acheteurs et coté fournisseurs.

Nos exigences d'acheteurs et de consommateurs sont prises très au sérieux par les grands groupes agro-alimentaires. Ils ne changeront leurs façons de faire - actuellement pour le moins contestables - que sous des pressions qui mettront en péril leurs intérets.

Jean-Luc Pelletier


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* AGIR

Campagne "Le soja contre la Vie"


Le soja est une légumineuse d'origine chinoise, domestiquée en Asie depuis 5 000 ans. Reconnu pour ses qualités nutritionnelles, cette petite graine est en phase de devenir un grand prédateur contre la vie ! Depuis l'extension des études agronomiques au XIXe siècle qui ont conclu au grand intérêt du soja dans... l'alimentation animale. C'est alors le début d'une irrépressible expansion.

Les impacts sont divers sur :

Les droits de l'Homme : conflits agraires, travail esclave, brutalité des méthodes de culture, etc. ;

L'environnement : déforestation, érosion des sols, pollution de l'eau via les pesticides, disparition de la biodiversité, OGM, etc. ;

Le modèle agricole : mono-spécialisation, concentration de richesses et de ressources, consommateurs à la merci des grandes multinationales agro-alimentaires, captation de capitaux nationaux et internationaux, ... ;

Mais il existe des alternatives, dans les pays producteurs comme dans les pays consommateurs, qui permettraient d'infléchir sa courbe de production et de consommation.

Par :

-  le soutien à l'agriculture familiale et paysanne, génératrice de millions d'emplois, et productrice de la majeure partie des aliments consommés localement.

la reconsidération des politiques agricoles pour assurer la sécurité alimentaire, la justice sociale, le respect de l'environnement ;

-  le développement de filières oléo-protéagineuses « non soja », diversifiées ;

l'imposition dans le droit national de protéger les agricultures vivrières locales, et les ressources naturelles contre la pression des créanciers extérieurs ;

la dénonciation de l'octroi de prêts d'organismes de financement internationaux favorisant l'agro-industrie exportatrice.

Pour plus d'informations et participer à la campagne, rendez-vous sur le site www.sojacontrelavie.org

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* ACTUALITE DE LA REFORME AGRAIRE

A Conceição do Araguaia, dans le sud du Pará : un évêque prend parti

Le sud du Pará est depuis plusieurs dizaines d'années le stéréotype de la région où les conflits liés à la terre sont traités par les grands propriétaires et leurs alliés institutionnels et politiques de la façon la plus archaïque et la plus brutale. Les assassinats de leaders paysans et de syndicalistes, l'impunité dont bénéficient les assassins et leurs commanditaires témoignent de ce climat.

Ici, comme partout au Brésil, la pratique religieuse est une composante forte de la société rurale, tant chez les fazendeiros que chez les sans terre ou les petits paysans. L'église catholique est très influente et l'évêque local a une autorité qui s'impose à tous.

Celui de Conceição do Araguaia, Dom Dominique You, arrivé récemment, a été amené à se positionner par rapport à la problématique de la terre, suite à la publication d'une lettre ouverte des grands fazendeiros qui se plaignaient du travail de la Commission pastorale de la terre (CPT) et demandaient l'éloignement du frère Henri Burin des Roziers (avocat de la CPT, dominicain) de Xinguará où il habite et travaille.

En réponse, Dom D. You a lu en chaire, le 7 mai 2006, dans l`église de Xinguará pleine à craquer sa réponse, dont voici des extraits :

« ...Je tiens aujourd'hui à exprimer publiquement la reconnaissance du diocèse de Conceição do Araguaia pour l'activité de la CPT en faveur des plus pauvres. (...) A Xinguará, lors de tous les épisodes difficiles, c'est la personne de Frère Henri et celle de ses collaborateurs qui ont été les témoins de la présence de Jésus auprès de ceux qui souffrent de ces conflits de la terre. (..).  Son action auprès des « sans défense » de la campagne est un motif de fierté pour les chrétiens, pour ceux qui cherchent la justice... »

L'évêque a par ailleurs rendu public un texte reprenant en partie un document de 1997 du Conseil Pontifical, intitulé « Pour une meilleure répartition de la terre ». En voici quelques extraits :

" ...  la propriété privée des biens de la terre est au service de leur utilité sociale ... Personne n'a le droit de  priver de la jouissance de la terre quelqu'un qui en a l'usage ...Le processus de concentration de la propriété foncière, qui empêche une grande partie de l'humanité de profiter des fruits de la terre est un scandale...'

Le Conseil Pontifical « «...reconnaît les occupations de terres incultes par des paysans qui n'en sont pas propriétaires, lorsque ceux ci vivent dans une situation d'extrême indigence. (...)  Le retard et le report à plus tard de la réforme agraire retirent toute crédibilité aux actions gouvernementales de dénonciation et de répression des occupations de terre. »

Enfin, l'évêque a célébré, début mai, une messe conviviale et chaleureuse dans l'acampamento du MST (à 20 km de Xinguará) qui demande l'expropriation d'une fazenda appartenant au très puissant groupe d'élevage Quagliato et dont une partie a été acquise illégalement.

La position prise par Dom D. You est un appui qui légitime la lutte des pauvres et des exclus face aux groupes agro-alimentaires et qui aidera ceux qui s'y engagent.

Puissent de nombreux autres évêques adopter la même attitude.

De cette affaire, les fazendeiros sortent affaiblis face à l'opinion publique, mais ils ont surtout fait preuve de leur manque de discernement. Comment en effet un évêque (français de surcroît) aurait-il pu désavouer la CPT et Henri Burin des Roziers, un de ses membres les plus emblématiques, reconnu comme un infatigable combattant de la justice, plusieurs fois lauréat de prix des droits de l'homme ? Demander une telle chose à un évêque relève de l'inconsistance politique.


Bolivie : la « Seconde réforme agraire » touchera de plein fouet les grands propriétaires brésiliens

Force est de constater que le Brésil se met en émoi dès que le gouvernement Morales avance sur ses promesses de campagne électorale : après l'annonce de la nationalisation des hydrocarbures début mai - et qui avait créé le tollé général en raison de la dépendance très forte du Brésil en matière d'hydrocarbures, de gaz notamment, via son entreprise semi-étatique Petrobrás -, le gouvernement d'Evo Morales a annoncé dans la foulée qu'il allait mettre en oeuvre un projet appelé « Reconduction communautaire de la réforme agraire », ou plus communément « seconde réforme agraire », la première ayant eu lieu en 1953.

La réforme de 1953 avait effectivement redistribué de grandes quantités de terre à des communautés indigènes et paysannes, dans la partie occidentale et dans l'Altiplano bolivien. Cependant, avec le temps et le soutien des gouvernements successifs, le latifundio s'est consolidé dans la partie orientale du pays, la plus riche - et qui a d'ailleurs aujourd'hui des velléités d'autonomie - et le minifundio s'est développé dans l'ouest, arrivant à l'apparition de surfaces à peine suffisantes pour la survie d'une famille (héritages successifs, qui fragmentent toujours davantage les terres).

Aujourd'hui, la zone orientale est recouverte de latifundios, dont la majeure partie des propriétaires sont des Brésiliens. Ceux-ci sont arrivés en Bolivie au début des années 90, quand la terre était très bon marché, peu ou pas cultivée, et que les paysans, très pauvres et non organisés, la revendait pour trois fois rien. En outre, souvent ces Brésiliens ont acquis leurs terres et augmenté leurs extensions de manière frauduleuse, passant outre la législation bolivienne en vigueur.

L'objectif de cette réforme est donc d'abolir les grandes propriétés rurales improductives, c'est-à-dire celles qui ne remplissent pas de fonction économique ou sociale, conformément à la Constitution bolivienne. Ces terres sont de deux types : celles de grande dimension, acquises pendant les régimes dictatoriaux et qui sont aujourd'hui encore inexploitées, et celles acquises par des moyens frauduleux et utilisées à des fins spéculatives. Dans un pays où plus de 40% de la population vit en milieu rural, selon des chiffres de 2003, 87% des terres cultivables sont entre les mains de 7% des propriétaires (qui représentent une centaine de familles tout au plus), et 13% entre les mains de millions de paysans. La Bolivie, devançant même le Brésil, est le pays où l'on observe la plus grande concentration de terres en Amérique latine, et où l'on compte 4 millions de personnes considérées comme sans terre.  Outre le contrôle presque monopolistique des grands propriétaires brésiliens sur les terres cultivables boliviennes, ceux-ci sont également les principaux propriétaires des entreprises de semences et d'intrants agricoles chimiques. Ce sont eux aussi qui prêtent de l'argent aux petits agriculteurs.

Ces grands propriétaires - riches et puissants - s'insurgent déjà contre ces mesures de réforme agraire, tout comme la presse brésilienne, qui a évidemment pris parti pour ses compatriotes.

Le MST brésilien quant à lui, se montre au contraire solidaire du gouvernement d'Evo Morales, et a même annoncé, par l'intermédiaire de l'un de ses représentants, João Pedro Stédile, lors de la cérémonie de clôture du contre-sommet Enlazando Alternativas II, à Vienne au mois de mai dernier, que plutôt que de faire appel à la force publique bolivienne pour exproprier les latifundiaires brésiliens en Bolivie, le Président pourrait compter sur la collaboration des sans-terre brésiliens...

Dans tous les cas, il est à craindre une période de fortes tensions à venir, car la « révolution agraire » bolivienne, comme elle est aussi appelée, représente comme partout un affrontement entre des conceptions différentes, voire opposées, de l'agriculture, du rôle de la terre, et de ce fait, des conceptions sociétales divergentes


Pourquoi le ministre de l'Agriculture, Roberto Rodrigues, a-t-il démissionné ?

Membre du gouvernement Lula depuis le départ, Roberto Rodrigues a demandé (pour la cinquième fois, selon des médias brésiliens) à démissionner de son poste au ministère de l'Agriculture [1] le 28 juin, à six mois de la fin du mandat du président Lula, alléguant des raisons personnelles et familiales, et qu'il avait « rempli sa mission au gouvernement ». Au-delà de cette explication, la presse brésilienne s'est fait écho de plusieurs motifs qui ont probablement orienté la décision de celui qui représentait le mieux les intérêts de l'agrobusiness et de la droite brésilienne (rappelons qu'il est le président de l'Association brésilienne de l'agrobusiness, de la Société rurale brésilienne, entre autres).

D'après le quotidien Folha de São Paulo, la « pression des 'ruralistes' » serait à l'origine de sa démission [2]. Le député fédéral Ronaldo Caiado du conservateur Partido Frente Liberal (PFL, Parti Front Libéral) de Goiás, et leader de l'Union démocratique ruraliste (UDR), organisation très conservatrice qui regroupe les grands propriétaires ruraux, aurait commenté le fait que cette sortie était par trop tardive... Il exprimait ainsi la préoccupation des 'ruralistes' en ce qui concerne les coupures dans le budget consacré à l'agriculture, effectués par les ministres des secteurs économiques. Malgré le fait que Lula vient de renégocier l'éternelle dette rurale, le député aurait dit : « Lula n'a pas réussi à résoudre la dette du secteur. Nous n'avons eu que de préjudices !».

Selon une autre analyse, celle d'Edélcio Vigna, conseiller en matière de sécurité alimentaire à l'Institut d'études socio-économiques, cette démission au moment même de l'entrée en lice de Lula dans la course aux élections d'octobre, est tout à fait calculée. En effet, rester au gouvernement en pleine campagne électorale aurait pu signifier l'appui du secteur de l'agrobusiness à sa candidature, ce qu'il ne veut en aucun cas. Les grands propriétaires, la droite et les élites vont soutenir leur candidat, Geraldo Alkmim, du PSDB. Toutefois, la dernière chose dont Lula a besoin est de s'aliéner les 'ruralistes' au moment d'entrer en campagne, et il les a assurés, toujours selon Vigna, de ne pas émettre le décret (pourtant promis à l'issue de la Marche nationale pour la réforme agraire en 2005) sur l'actualisation de l'indice de productivité (ce qui ferait augmenter le nombre de propriétés susceptibles d'être expropriées à des fins de réforme agraire), et de ne pas nommer un nouveau ministre issu des partis alliés, mais plutôt un « technicien », qui assurera l'intérim jusqu'au prochain gouvernement, après les élections d'octobre. Tout comme la démission de Palocci du gouvernement n'a pas affecté le secteur, le remplacement du ministre de l'Agriculture devrait maintenir le statu quo.

C'est Luis Carlos Guedes Pinto qui a été finalement nommé, un ingénieur agronome qui a été autrefois conseiller auprès du MST, et secrétaire exécutif du ministère depuis 2004. Cette nomination, accueillie plutôt favorablement par les mouvements mais avec réserves toutefois, ouvre la voie à plusieurs interprétations, qui d'ailleurs divisent les mouvements sociaux : soit effectivement c'est sa caractéristique de technicien qui sera mise en avant, et le statu quo pourrait être maintenu et la politique menée par Rodrigues poursuivie, soit c'est son passé auprès des mouvements sociaux ruraux, auquel cas un pas pourrait être fait en faveur de l'agriculture familiale, et une articulation plus effectives entre les deux ministères... A suivre donc, même si les mois restant avant les élections seront courts, et peu propices aux changements.

Quoi qu'il en soit, les fazendeiros auraient depuis quelque temps fixé sur les vitres de leurs voitures, une petite phrase qui exprime leur pensée « Lula, la nouvelle vermine de l'agriculture (en portugais : Lula, a nova praga da agricultura ! » [3]

______________________

[1] Au Brésil, il y a deux ministères en charge de l'agriculture : le ministère de l'Agriculture, qui défend les intérêts de l'agrobusiness et de l'agriculture d'exportation, et le ministère du Développement agraire, qui défend les intérêts des petits agriculteurs et de l'agriculture paysanne. Comme nous avons essayé d'en rendre compte dans Info Terra depuis l'arrivée de Lula à la présidence, c'est plutôt le premier ministère qui a bénéficié des faveurs gouvernementales et de l'équipe économique, au détriment du second.

[2] Cláudia Dianni, Folha de São Paulo du 29 juin 2006.

[3] José Carlos Cafundó Estado de São Paulo, 'Economie' du 20 juin 2006.


Affaire Dorothy Stang : l'un des commanditaires du crime attendra son jugement en liberté

Comme nous le laissions entrevoir dans le dernier numéro d'Info Terra, les avocats de l'un des deux commanditaires du meurtre de la religieuse, le fazendeiro Regivaldo Pereira Galvão, ont obtenu gain de cause le 30 juin dernier : leur client attendra en liberté son jugement, sa détention préventive ayant été déclarée « illégale » (sic).

Dans une note d'indignation, la Coordination nationale de la Commission Pastorale de la Terre (CPT), a déclaré, suite à cette décision :

« (...) Ce n'est pas une nouveauté que la justice concède un tel privilège, surtout à qui dispose de moyens économiques ou à qui occupe une position importante dans la société. C'est ce même Suprême tribunal de Justice qui a concédé le privilège de la liberté au Colonel Mario Pantoja et au major José Maria Oliveira, condamnés respectivement à 228 et 158 ans de prison pour le massacre d'Eldorado dos Carajas.

« La mise en liberté de cet homme qui a été à la tête du groupe qui a assassiné Soeur Dorothy (...) n'est pas seulement un affront : c'est une menace pour les travailleurs, les leaders et les défenseurs des droits humains dans la région. Cette mise en liberté sera certainement mise à profit pour intimider les témoins de l'accusation (...)

« En outre, cette mise en liberté pourra être synonyme d'impunité, car cet homme (...) a les moyens économiques plus que suffisants pour s'enfuir de la région et même du pays, pour ne pas répondre au jugement et à sa conséquente condamnation, comme ce fut le cas avec [d'autres commanditaires d'assassinats de leaders syndicaux et sociaux]

« (...) Pour la justice brésilienne, la liberté des travailleurs accusés de délits est toujours un danger. Pourquoi les 42 travailleurs du MLST [voir Info Terra n°68 du mois de Juin], détenus pour avoir participé à l'action au Congrès national, ne peuvent-ils répondre à leur procès en liberté (...) ? Alors que des privilèges sont concédés aux chefs d'entreprises et personnes d'importance, ces mêmes privilèges sont niés aux travailleurs.

« Qui représente le pire danger pour la société brésilienne : les travailleurs qui luttent pour leurs droits et la réforme agraire, ou les gens qui utilisent leur pouvoir économique et politique pour concentrer toujours plus de richesse, rendre esclaves l'homme et la terre, menacer et assassiner des leaders sociaux ??

« Nous exigeons le jugement immédiat de Regivaldo et de Vitalmiro, accusés d'être les commanditaires de l'assassinat de soeur Dorothy ! L'impunité ne peut l'emporter sur la justice ! »

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* SOLIDARITE AVEC LES SANS TERRE

Un livre sur « La Terre au Brésil »

Vient de paraître, en mai 2006, l'ouvrage : « La terre au Brésil, de l'abolition de l'esclavage à la mondialisation », coordonné par Idelette Muzart Fonseca dos Santos et Denis Rolland, aux Editions de l'Harmattan *.

Ce livre est issu d'un séminaire organisé, en novembre 2003, dans le cadre du pôle Brésil de Paris X - Nanterre de l'Université Robert Schuman (Institut d'Etudes Politiques) et du Centre d'Histoire de Sciences Po Paris.

Selon les organisateurs - coordinateurs de l'ouvrage, « la Terre est au coeur de la vision que les Brésiliens ont élaborée d'eux-mêmes et de leur pays : sa description est une dimension essentielle de la littérature brésilienne, alors que la population brésilienne est devenue urbaine ».

L'ouvrage aborde successivement les aspects politiques, économiques, sociaux et culturels liés à la terre au Brésil. Il est organisé en trois temps : "Regards historiens" ; "Racines et problématiques contemporaines" (dont une contribution de J-Y Martin : " Le gouvernement Lula, le MST et la terre (2002-2004) : la réforme agraire, des promesses aux réalités ") ; "Représentations et imaginaires". Soit de l'histoire à l'anthropologie, de la littérature au cinéma, en passant par la géographie, l'économie et l'analyse des problèmes sociaux.

Si on peut regretter que ce livre ait mis si longtemps à paraître après la tenue d'un séminaire dont il rapporte les travaux - ses chapitres portant sur l'actualité la plus récente trouvant ailleurs les nécessaires mises à jour, notamment dans Info Terra - il n'en reste pas moins qu'il offre un riche dossier sur les divers aspects des problématiques de la terre au Brésil depuis plus d'un siècle, de 1888 à nos jours.

* Coll. Recherches et documents Amériques Latines. ISBN : 2-296-00479-2 - mai 2006 - 238 pages - Prix : 21 euros.

Pour lire le sommaire détaillé :
http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=article&no=3813
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* AGENDA

L'exposition "Terra" de Sebastião Salgado exposée au Bout du Monde !

7e Festival du Bout du Monde, Crozon (29), du 11 au 13 aôut 2006

En cette période estivale et quelque peu caniculaire de ce côté de l'Atlantique, rien de mieux qu'un petit week-end sur la Presqu'Ile de Crozon (appelée aussi le Bout du Monde, pour sa situation géographique extrême), le temps d'un festival à la programmation de rêve, pour les amateurs de musiques du monde et engagée !!

L'équipe locale de Frères des Hommes assurera la tenue d'un stand durant tout le week-end, où sera exposée l'exposition "Terra" de Sebastiao Salgado. Outre l'accès à la terre au Brésil, des animations et séances d'informations seront organisées autour du thème de l'accès de la terre en Inde, en avant-première d'une grande campagne d'action et de sensibilisation menée par Frères des Hommes et Peuples Solidaires à la rentrée.

Pour plus d'info sur la participation de Frères des Hommes au festival : 01 55 42 62 62 / rep@fdh.org

Pour plus d'info sur le Festival : http://www.festivalduboutdumonde.com/

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INFO terra, mensuel édité par Frères des Hommes,
9 rue de Savoie, 75006 PARIS. Tél : 01.55.42.62.62. Fax : 01.43.29.99.77.
E-mail : fdh@fdh.org. Site : http://www.fdh.org

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Comité de rédaction : Susana Inez BleilIsabelle Dos Reis,
Jean-Yves Martin, Jean-Luc Pelletier, Agnevan Ginneken.
Coordination : Isabelle Dos Reis

Photo : Brésil, 1996. Droits réservés/Sebastião Salgado
 
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