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ANALYSE
Alors que le MST doit aujourd'hui affronter
un accroissement de la répression politique et policière
et un lynchage médiatique de la part des grands groupes de presse
brésiliens, cet article a pour ambition de retracer le cheminement
d'observation d'un visiteur européen au sein de l'école
nationale Florestan Fernandes.
INDIVIDU ET GROUPE A L'ECOLE NATIONALE
DU MOUVEMENT DES SANS TERRE
Dans la logique d'une démarche centrée sur
l'éducation, le Mouvement a entrepris de construire une école
nationale, à 100 km à l'Est de São Paulo. Cette école
pourra accueillir 400 étudiants, issus du MST lui-même mais
aussi d'autres mouvements sociaux, brésiliens ou non. Le chantier
est prévu pour s'achever en 2006, mais le respect de ce calendrier
ne constitue pas un horizon indépassable pour les responsables
du MST, le chantier offrant en lui-même d'autres opportunités.
En effet, si les architectes ou artisans sont des professionnels, le travail
de gros uvre est assuré par les militants eux-mêmes.
L'intérêt est de mélanger environ 40 personnes venant
d'horizons différents. Ces personnes constituent une " brigade
" qui restera deux mois sur le chantier, avant d'être relevée
par une autre " brigade ".
Les guillemets apposés autour du terme " brigade " suggèrent
bien le décalage que peut ressentir le visiteur européen
quand il arrive dans cette communauté. Dans un premier temps surtout,
deux " événements " laissent une impression très
forte : l'ouverture de la formature, et la mística.
L'émulation comme mode de
mobilisation
Après le petit-déjeuner, le visiteur peut assister à
la formature : les militants, divisés en núcleos, chacun
portant le nom d'une personne morte dans la lutte, sont alignés
en colonnes. Après une courte prière, c'est la levée
des couleurs du MST qui est rythmée par le chant de l'hymne du
mouvement, les militants dressant le poing au moment du refrain. On crie
ensuite les slogans à la gloire de la lutte.
De la même manière, les soirées à l'école
nationale du MST comprennent des activités peu familières
pour le militant européen. En ouverture de la réunion, un
núcleo a préparé une mística : une représentation
symbolique se référant à des aspects historiques,
culturels, à la lutte pour la terre ou l'exclusion sociale. Par
exemple, une carte du Brésil est dessinée au sol avec du
sable, un narrateur lit un poème pendant que d'autres personnages
viennent tour à tour solennellement déposer au milieu de
la carte des feuilles de papier portant comme inscriptions " malnutrition
", " analphabétisme ", " corruption ".
Quand la lecture du poème se finit, une musique retentit qui raconte
le combat pour un Brésil plus juste. Toute l'assemblée reprend
alors les paroles et chacun prend la main de son voisin pendant que circulent
à l'intérieur de ce cercle nouvellement constitué
deux symboles surchargés de significations, les drapeaux du Brésil
et du MST.
Ces moments, pour fascinants qu'ils soient, peuvent déstabiliser
l'observateur européen par leur radicalité. Il serait pourtant
dommage de les juger comme des pratiques dépassées, voire
dangereuses. Les caractéristiques essentielles d'une formature
ou d'une mística sont à la fois la pluralité et la
fluidité des informations qui peuvent s'y trouver rattachées
mais aussi leur aptitude à mobiliser des projections émotionnelles
positives ou négatives. En cela, l'utilisation de cette "
politique symbolique " doit être jugée au regard du
contexte dans lequel elle s'inscrit. Or, la compréhension de ce
contexte serait éclairée par la prise en compte de la culture
populaire brésilienne, des mentalités, des niveaux d'instruction,
autant d'objets d'études qui nécessitent le rejet de tout
ethnocentrisme. Par ailleurs, ces recherches d'émulation collective,
si elles marquent plus facilement la mémoire du visiteur, ne peuvent
être étudiées qu'en articulation avec le fonctionnement
de la communauté dans sa globalité.
L'impératif organisationnel
A l'intérieur de la brigade, le núcleo, composé d'une
dizaine de personnes, est l'unité de socialisation de base. C'est
dans ce groupe que l'on exprime formellement ses désirs, ses critiques.
Chacun dans le groupe a un rôle de coordination. La formature a
ainsi pour objet principal de faire remonter les débats ouverts
au niveau du núcleo. Chaque jour, c'est un núcleo différent
qui assure l'organisation de la brigade : de la répartition du
travail à la préparation de la mística.
De la même manière, la mística introduit un temps
de réflexion. Les militants peuvent alors assister à un
exposé, préparé par l'un d'eux, suivi d'un débat,
le plus souvent à propos des objectifs du MST. Ainsi, on peut être
amené à réfléchir sur les " vices "
qui peuvent miner une organisation. L'une des conclusions de ce débat
est que le fait d'être " commodista " (qui ne prend pas
la parole, suiviste) constitue un danger au moins aussi grave pour l'organisation
que le fait d'être " individualiste " (
). Car ce
qui se révèle lentement aux yeux du visiteur constitue pourtant
le constat de départ qui donne tout son sens à la démarche
du MST : les récents militants du mouvement sont souvent sans repères,
déstructurés par une expérience de vie pleine de
douleurs et de blessures.
Un public en recherche de repères
Au fur et à mesure qu'on les côtoie, une partie des militants
du MST apparaissent comme des personnes profondément marquées
par la violence, les humiliations et le mépris dont la société
brésilienne regorge. Ce que dénonce le MST, ils l'ont connu
dans leur chair et ils ont rejoint le mouvement car celui-ci leur est
apparu comme le plus à même de leur permettre de retrouver
une dignité. Néanmoins, certains ressortent juste d'un monde
de fureur et en apportent avec eux les stigmates : l'alcool, des comportements
violents. La politique à l'école nationale n'est pas de
nier ces problèmes, ils font même l'objet d'âpres débats
lors des soirées, mais elle ne consiste pas non plus à prétendre
les régler en dehors de la volonté des intéressés.
Les nouveaux militants peuvent ainsi, peu à peu, retrouver "
l'estime de soi ", un concept développé par le MST
et qui apparaît comme un objectif en soi, au même niveau que
la réforme agraire.
Ces individus très fragilisés sont minoritaires au sein
du groupe, ils côtoient des nouveaux militants moins marqués
par des expériences traumatisantes et des militants plus anciens
au sein du MST. Des militants de tous âges, les plus jeunes n'étant
pas les moins matures, des militants de toute extraction sociale : travailleurs
ruraux licenciés ou démissionnaires, anciens paysans ayant
rejoint les favelas.
Le MST entreprend donc de mettre en mouvement des gens humbles et de donner
à ces couches populaires la perspective de retrouver, en même
temps qu'une identité paysanne revendiquée, leur dignité.
Une pédagogie de l'exemplarité
Le MST participe d'un mouvement de maturation d'une pensée politique
alternative qui a connu ses premières expressions dès les
années 60. Mais le plus remarquable est peut-être son souci
de pédagogie, dont témoigne la masse de documents mis à
la disposition des militants. Ainsi, cette brochure présentant
dans les grandes lignes le fonctionnement d'un Etat n'aurait rien à
envier à un cours d'éducation civique pour des enfants de
10 ans, mais on aurait tort de sourire car ce document est parfaitement
adapté au niveau de connaissances de la plupart des nouveaux militants.
La présence de documentation, de posters, participe à la
création d'une ambiance studieuse, à même d'inciter
le militant à apprendre. Mais la structuration s'arrête là,
la souplesse de fonctionnement est encore une fois la règle, jusqu'à
parfois donner l'impression d'être totalement pervertie par l'attitude
de certains militants. C'est paradoxalement dans ces moments de flottement
que le MST apparaît le plus clairement comme un mouvement réfléchi,
sûr de sa force, une force qui s'appuie sur la légitimité
de son discours et sur une pédagogie de l'exemplarité.
Celle-ci s'exprime exclusivement à travers le comportement des
militants confirmés, qui veillent à leur hygiène
de vie, aiguisent leur raisonnement afin de pouvoir s'exprimer dans les
débats, impulsent des démarches de solidarité au
moment du travail, etc. On ne voit donc pas de " bourrage de crâne
" à l'école, juste des militants qui s'éduquent
mutuellement.
Cette conviction ferme mais non sectaire qui se diffuse à l'école
nationale sert également de pédagogie pour l'environnement.
Pedro, menuisier à la ville voisine de l'école, en témoigne
: quand son patron lui a dit d'aller travailler sur un chantier avec le
MST, il a voulu refuser tant le fait de se retrouver au sein d'une "
guérilla communiste", comme elle lui était décrite
par les médias, lui faisait craindre pour ses conditions de travail,
voire pour sa vie. Assez vite, Pedro s'est fait une autre idée
du MST et soutient maintenant sa cause, trouvant des accents militants
pour décrire la situation dans son Nordeste natal. Le cas de Pedro
n'est pas isolé, et c'est peut-être le premier critère
à prendre en compte pour qui veut juger la légitimité
de l'action du MST : les gens qui le côtoient le rejoignent finalement
dans son combat.
Raphaël VOLOVITCH
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AGIR
APPEL AU SUJET DU PROCES D'ELDORADO DOS
CARAJAS
Le procès des responsables du massacre devait reprendre
le 8 avril 2002 mais le M.S.T. n'acceptait pas les conditions dans lesquelles
il devait se dérouler et avait entrepris des actions en justice
au sujet de plusieurs points importants :
-
changer la juge en charge du procès qui, par
le passé, a fait preuve de partialité ;
-
faire figurer comme pièce à conviction
le film tourné le jour du massacre par des journalistes, qui
montre que c'est la police qui, la première, a fait usage de
ses armes le 17 avril 1996 (sur ce point il a obtenu satisfaction,
si l'on en croit le journal " O Estado de São Paulo "
);
-
refuser la présélection de 21 jurés
(parmi lesquels sept doivent être tirés au sort) qui
sont tous ou presque des fonctionnaires, la majeure partie d'entre
eux fonctionnaires du gouvernement de l'Etat du Pará et donc
susceptibles d'être influencés.
Par ailleurs, le secrétariat national du M.S.T.avait
demandé avec insistance que des observateurs soient présents
au procès.
Le 5 avril le Tribunal Supérieur de Justice a décidé
de reporter la date. Le procès commencera peut être le 15
avril, peut être plus tard, personne ne le sait encore.
Frères des Hommes souhaite envoyer un observateur car il s'agit
d'une affaire dont l'importance est capitale, pour le M.S.T.mais aussi,
par contrecoup, pour les autres mouvements sociaux brésiliens qui
font l'objet de répression ( syndicats ruraux, Commission Pastorale
de la Terre par exemple) et plus globalement, du fait de la notoriété
du M. S. T., pour tous les mouvements sociaux qui, en Amérique
latine et même au-delà, s'opposent à l'oppression
du pouvoir économique.
Afin de mener cette action de solidarité en collectif, Frères
des Hommes souhaite partager les frais (environ 1200 EUR) avec des associations
amies. Certaines ont répondu favorablement mais il manque encore
500 EUR.
C'est pourquoi nous faisons appel aux lecteurs d'Info Terra afin de constituer
un fonds de réserve d'environ cette somme.
Si souhaitez participer , envoyez un chèque libellé au nom
de "Frères des Hommes - Procès du massacre de Carajas"
à Frères des Hommes, Comité de rédaction d'Info
Terra, 9 rue de Savoie, 75 006 PARIS.
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ACTUALITE DE LA REFORME AGRAIRE
14 SANS-TERRE LIBERES A MAE DO RIO (PARA),
APRES 60 JOURS DE PRISON
Depuis le mois de janvier 2002, 14 paysans sans-terre, liés
au M.S.T., étaient emprisonnés dans la ville de Mãe
do Rio (Pará), dans une cellule de 6 mètres sur 4 (Voir
Info Terra de Mars). Ce sont des travailleurs de la base, humbles et illettrés,
la plupart de plus de 50 ans, sans papiers, ayant des enfants. Ils avaient
été arrêtés par la Police Militaire, le 28
janvier, suite à leur participation, avec 300 familles, à
la réoccupation de la fazenda Chão Preto, partie de trois
propriétés de 16.000 hectares, "appartenant" à
l'ex-président du Sénat Fédéral, Jader Barbalho
(du PMDB-Pará), par ailleurs poursuivi pour diverses affaires politico-financières,
dont, entre autres, un détournement des fonds publics de l'ex-SUDAM
(Superintendance pour le Développement de l'Amazonie) au profit
de sa femme. Selon l'Institut des Terres du Pará, la propriété
de ces terres reste des plus douteuses, étant le résultat
d'une usurpation (grilagem), ce qu'a confirmé une enquête
du Jornal do Brasil (9 juillet 2001).
Le 22 février, la juge de Mãe do Rio, Cecília dos
Santos Carneiro, avait refusé une nouvelle fois le bénéfice
de l'habeas corpus aux 14 sans-terre emprisonnés, sous prétexte
que, vivant dans un campement (acampamento) au bord de la route, ils n'avaient
ni papiers en règle, ni emploi, ni domicile fixe. Les avocats du
M.S.T. avaient alors engagé une nouvelle procédure dès
le 5 mars, une telle demande devant être légalement examinée
dans les 48 heures. Mais la décision de libération n'a finalement
été prise que le 22 mars. La présidente du Tribunal
de Justice du Pará en a aussitôt informé le coordinateur
du M.S.T., João Pedro Stédile. Il avait, à cette
occasion, dénoncé la lenteur de la justice : "Elle
ne fonctionne que pour les riches. Pour eux, les décisions sont
prises sur l'heure".
Réjouissons-nous cependant que notre appel du mois dernier (voir
rubrique AGIR) ait ainsi été suivi d'effet.
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SOLIDARITE AVEC LES
SANS TERRE
JOURNEE DE FORMATION A RENNES
Un collectif d'associations organise le 13 avril prochain une journée
de formation au sujet des problèmes sociaux au Brésil et,
plus particulièrement, ceux liés à la terre.
Y participeront une délégation de cinq Brésiliens
et plusieurs intervenants brésiliens et français connaissant
bien le Brésil.
Informations : Tél : 02 99 30 79 81.
Organisateurs : la Coordination des Associations de Solidarité
Internationale de Bretagne (CASI) ; l'association Acteurs dans le Monde
Agricole et Rural (AMAR) ; le Centre Rennais d'Informations sur le Développement
et la Solidarité entre les Peuples (CRIDEV) ; la Maison Internationale
de Rennes.
L'ASSOCIATION ACTEURS DANS LE MONDE AGRICOLE ET RURAL
(AMAR)
AMAR est née, à la fin des années 1980, de rencontres
entre des militants français et des paysans sans terre du Brésil.
A cette époque, un important soutien, provenant en particulier
d'intellectuels, était apporté aux revendications pour obtenir
de la terre, alors qu'une fois installés, les nouveaux paysans
se retrouvaient plus ou moins seuls face à leurs problèmes
; et ce d'autant plus que le discours officiel, relayé par les
médias, était que ces paysans n'avaient pas la capacité
technique pour produire de façon efficace.
AMAR a organisé (et organise toujours) des échanges de jeunes
Français, par groupe de quinze à vingt personnes, pour participer
à des chantiers au Brésil auprès de producteurs récemment
installés. En contrepartie, des Brésiliens, issus de mouvements
sociaux et de familles paysannes, viennent régulièrement
en France. Par exemple la délégation qui participera à
la journée du 13 avril à Rennes (voir ci-dessus) est composée
d'un représentant de l'Union des Associations de Coopératives
d'une région de l'Etat de Rio, d'un représentant de la Fédération
des Syndicats de Travailleurs dans l'Agriculture de l'Etat de Rio, d'une
représentante du M.S.T., d'un couple d'agriculteurs.
Les thématiques abordées lors de ces échanges ont
évolué au fil des ans. Au début, il s'agissait prioritairement
de travailler sur les problèmes liés à la production,
alors qu'aujourd'hui, il est devenu clair que la clé de la réussite
se situe au niveau de la maîtrise de la transformation des produits
bruts et des circuits de commercialisation.
Les paysans mettent ainsi en place une politique de labellisation afin
de fidéliser les consommateurs, chose qui s'avère plus facile
dans les villes moyennes que dans les grandes métropoles.
Adresse : AMAR, 10, chemin de la Métairie 35 740 Pacé -
Tél : 02 99 60 19 87 - amar-brasil@wanadoo.fr
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