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Dimanche 23 janvier 2005, le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre a inauguré officiellement son Ecole Nationale de formation de cadres Florestan Fernandes INAUGURATION DE L'ECOLE NATIONALE FLORESTAN FERNANDES Arrivée sur les lieux : mercredi 19 janvier, vers midi, directement
de l'aéroport international de São Paulo. Tout à l'air calme, les groupes
de militants du MST déjeunent. Ils sont nombreux tout de même, une bonne
centaine déjà. Le déjeuner à peine terminé, les activités reprennent.
Ils sont partout, dans tous les coins et recoins : tous travaillent
pour que l'Ecole soit « prête » le lendemain, pour recevoir
les participants du séminaire international de formation politique de
cadres, qui durera jusqu'au samedi soir. Dans une bonne humeur palpable,
on scie, on taille, on nettoie. Mais où va se réaliser le séminaire,
auquel doivent participer plus de 300 personnes ?? L'école est
grande certes, mais de là à accueillir autant de gens simultanément...
Confiance. Petite escapade à Sao Paulo, puis retour le soir à l'Ecole.
La configuration des lieux a changé depuis tout à l'heure... et cet
énorme chapiteau blanc, il n'était pas là ce midi ! Non, il n'était
pas là. C'est donc là qu'aura lieu le séminaire. Il fait nuit, il est
tard, mais l'agitation bat son plein : des dizaines de Sans Terre,
hommes, femmes, jeunes, moins jeunes, venus plus tôt de tout le Brésil
pour participer à ce travail collectif et volontaire avant le séminaire,
organisés comme des abeilles dans une ruche, travaillent de concert
pour que les lieux soient accueillants demain. Il a plu une bonne partie
de la journée, une grande partie du terrain n'est qu'un immense champ
de boue argileuse : les pelleteuses vont travailler jusqu'à deux
heures du matin pour arranger un peu le paysage. Jeudi, 6h00 :
réveil dynamique par Radio Camponesa, la radio du campus qui nous accompagnera
tout le temps du séminaire. Whao, 6 heures !! Et oui, il faut reprendre
le rythme du MST (et le MST en temps de fêtes, c'est : coucher
à l'aube, lever à l'aube !). Il y a déjà nettement plus de gens
qu'hier. Et des lits, des matelas, des hamacs, des tentes posées sur
le carrelage des couloirs ! Il y a du monde partout ! Finalement,
au lieu des 300 personnes annoncées, nous aurons été plus de 600 pendant
trois jours. Et tout le monde a pu manger, dormir, se laver et participer
au séminaire sans souci majeur. S'il s'agissait d'un test pour l'Ecole,
on peut dire qu'elle l'a réussi, sans réserves. Pendant ces trois
jours (quatre en comptant le dimanche, jour de cérémonie officielle
d'inauguration), l'Ecole a représenté un concentré de tout ce qu'elle
est et prétend être, à l'image du MST en tant que mouvement social,
organisé : un lieu d'étude et de formation, un lieu convivial de
rencontres, de partage et d'échanges, un lieu de solidarités, entre
les personnes et entre les peuples. Un lieu physiquement fermé, spirituellement
ouvert sur le monde. Un lieu physiquement (presque) terminé, spirituellement
en éternelle construction. Construite sur un
terrain de 30.000 m2, situé à Guararema (70 km de São Paulo),
l'Ecole est composée à ce jour d'un bâtiment pour
le réfectoire de 1.044 m2, de quatre bâtiments réservés
au logement des étudiants, de 1.133 m2, et d'un bâtiment
pédagogique, de 2.400 m2, incluant des salles de classe,
une grande bibliothèque, une salle informatique, entre autres. Une seconde
phase envisage le doublement des capacités d'hébergement, ainsi que
la construction d'un grand auditorium. Le travail de construction
a commencé le 22 mars 2000. Il est le fruit du travail volontaire de
plus de 1000 travailleurs et travailleuses Sans Terre venus de tous
les états du Brésil et qui se sont succédés tout au long des quatre
dernières années, s'absentant en moyenne deux mois de leurs assentamentos
ou acampamentos - parfois plus - pour contribuer à l'édification de
ce rêve collectif... L'ENFF est aussi le fruit de la solidarité internationale,
grâce à la mobilisation et l'engagement de personnalités telles que
le photographe Sebastião Salgado, l'écrivain José Saramago, le musicien
Chico Buarque, et celle de groupes d'ami(e)s en Europe et aux Etats-Unis,
d'ONG, etc. qui dès 1997 se sont mobilisés : les fonds récoltés
à l'époque par la vente des posters « Terra » avaient permis
dans un premier temps l'achat du terrain de Guararema, puis de renforcer
les fonds apportés par Caritas et Frères des Hommes dans le cofinancement
obtenu de l'Union Européenne. L'Ecole accueillera 2000 militants par
an, non seulement du MST mais d'autres mouvements sociaux (liés à Via
Campesina notamment), l'objectif étant à terme de créer une véritable
Université Populaire. « Une
fois la révolution faite dans les écoles, le peuple la fera dans les
rues » L'inauguration officielle
de l'Ecole a été l'occasion de rendre un hommage poignant au maître
Florestan Fernandes (1920-1995). Par la publication d'une biographie
écrite par le journaliste Laurez Cerqueira (Florestan Fernandes, vida
e obra, ed. Expressão Popular), d'une brochure à l'usage des militants
du MST (Ao mestre com carinho), et par une belle soirée hommage le 21
janvier, en présence d'Heloisa Fernandes Silveira, fille de Florestan,
et durant laquelle a été projeté un témoignage filmé d'Antonio Cândido
(grand sociologue brésilien, ami de Florestan). Car avoir choisi le
nom de ce sociologue pour son Ecole Nationale n'est évidemment pas un
choix anodin de la part du MST : Florestan Fernandes représente
une trajectoire de vie exemplaire pour les paysans Sans Terre, et pour
tous les militants de mouvements sociaux au Brésil, qui croient en l'éducation
comme instrument de transformation de la société. Fils d'une immigrée
portugaise analphabète et employée domestique, Florestan fut obligé
de travailler dès l'âge de six ans pour aider sa mère à gagner de quoi
manger. Il ne termina pas le premier cycle de scolarité. Ce n'est que
plus tard, à l'adolescence, qu'il pourra reprendre ses études, tout
en continuant à travailler : en trois années il
rattrape les sept ans de scolarité habituelle. En 1941, il entre
à l'université et va se former en sciences sociales, sociologie et anthropologie.
Il est aujourd'hui considéré comme l'un des pères de la sociologie moderne
brésilienne. Professeur engagé, il a été un ardent défenseur de l'éducation
publique et gratuite pour tous, et un militant permanent pour la liberté,
la démocratie de la majorité et le socialisme. Toute sa vie, il aura
montré, par son propre exemple, que l'émancipation des pauvres et des
socialement exclus est possible par l'éducation, l'instruction et la
connaissance, qu'il s'attelait continuellement à diffuser autour de
lui, sans jamais renier ses origines sociales. « Une fois la révolution
faite dans les écoles, le peuple la fera dans les rues » disait-il.
Et Antonio Cândido de rappeler dans son témoignage que « révolution
ne veut pas nécessairement dire insurrection ou violence armée, mais
décision de changer à la racine la structure de la société, structure
qui au Brésil est des plus injustes qui soit sur la terre ». Le dimanche 23 janvier
aura été l'apothéose de ces festivités : plus de 1500 invités,
brésiliens et étrangers, des anonymes et des plus connus : Heloisa
Fernandes, Aleida Guevara March (fille de Che Guevara), les acteurs
Marcos Winter et Leticia Sabatella, le journaliste Fernando Morais,
Maximilien Averlaiz, représentant du gouvernement vénézuelien, Miguel
Rossetto, ministre brésilien du Développement Agraire, entre autres...
Un hommage chaleureux et magnifique à toutes les personnes et institutions
qui de près ou de loin ont rendu la réalisation de ce rêve d'une école
nationale possible, principalement tous les travailleurs sans terre :
« Nous souhaitons que les personnes ici présentes aujourd'hui repartent
non seulement avec l'image de la construction, mais aussi et surtout
celle de tous ces travailleurs », a affirmé Neuri Rossetto, de
la coordination nationale du Mouvement. Et à João Pedro Stédile de rajouter :
« l'Université et l'enseignement supérieur dans ce pays sont verrouillés
à double tour. Combien connaissez-vous de médecins noirs ou de pauvres
devenus ingénieurs ? Et pourtant les pauvres et les noirs représentent
70% de la population. Nous voulons en finir avec ces signes d'exclusion,
il faut transformer la connaissance scientifique en instrument de libération,
et non d'exploitation ». L'événement s'est clôturé par une plantation
d'arbres symbolique tout autour des bâtiments de l'Ecole : un olivier
rapporté par des amis de Palestine, ainsi que la plantation par chaque
état du Brésil d'une variété typique de sa région. Une Ecole Nationale
de formation de cadres pour transformer non seulement les personnes,
mais aussi la société : voici le défi que s'est lancé le Mouvement
des Travailleurs Ruraux Sans Terre, à l'échelle du Brésil, mais aussi
à celle du continent latino-américain tout entier. La lutte pour la
réforme agraire et pour la justice sociale va au-delà de la conquête
de la terre : la lutte des Sans Terre est celle pour un projet
populaire pour le Brésil, basé sur la dignité, la souveraineté et la
solidarité entre tous et toutes. |
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Economie et Humanisme, une revue qui en appelle au devoir de chacun face au devenir de tous ! Pour ceux qui connaissent déjà, vous savez la rigueur d'analyse et
l'engagement éthique dont fait preuve cette revue. Pour ceux qui ne
connaissent pas encore vous avez l'occasion de découvrir en lisant
ce numéro sur les Alternatives en Amérique
latine. En effet, dans ses
pages vous trouverez des articles concernant les alternatives portées
par les populations de ce continent, en proie aux influences des marchés
internationaux, mais qui collectivement ont choisi de prendre leurs
destins en main. Ces organisations
latino-américaines sont parfois sous les feux des médias. Et si l'on
dépassait les clichés médiatiques et que l'on rencontrait ces organisations
et expériences originales ! Cette démarche
nous renvoie à des questionnements essentiels sur nos pratiques, mais
nous ouvre aussi des horizons de coopération. Si vous êtes intéressé,
Frères des Hommes, co-éditeur de ce numéro, tient à votre disposition
des exemplaires (12€ le numéro). Pour nous contacter : 01 55
42 62 62 ou au 2 rue de Savoie 75006 Paris ou vdm@fdh.org. |
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Lula deux ans après : l'avis de Ladislau Dowbor Ladislau Dowbor, invité par la revue Économie et Humanisme
le 1er février 2005 à Lyon, est professeur d'économie à
São Paulo et fait partie d'un groupe d'une quinzaine de personnes
proches du gouvernement, ayant pour rôle de critiquer son action.
À ce titre, des rencontres mensuelles ont lieu avec les principaux
ministres. Les difficultés
sont connues : dettes, pouvoir des médias, lourdeur de l'administration,
absence de majorité. Ladislau Dowbor
insiste sur deux constats : d'une part, l'injustice se perpétue
car elle repose sur un système de pouvoir qui ne change pas ;
d'autre part, les initiatives locales collectives pour apporter des
solutions à toutes sortes de problèmes et suppléer à la carence de
l'administration sont nombreuses. Changer le système
par lequel s'exerce le pouvoir ne peut se faire que par des réformes
de structure. La réforme agraire en est une, celle du système judiciaire,
de celui des impôts et des retraites, en sont d'autres. Le gouvernement par ailleurs, met à profit le dynamisme des initiatives locales pour s'en servir comme courroie de transmission. Par exemple : le programme Fome Zéro est coordonné, par la Conférence Nationale des Évêques Brésiliens, plus efficace et plus sûre que l'administration traditionnelle. Cette capacité à
s'organiser est encouragée par la création d'un réseau informatisé,
permettant une mise en commun facile des expériences. En conclusion, Ladislau
Dowbor fait confiance au gouvernement Lula qui ne renie pas ses engagements
et agit en fonction de l'espace dont il dispose. Seule la pression
de la société organisée peut conduire à des changements plus profonds. Site : www.dowbor.org A lire : « La mosaïque brisée ou l'économie au-delà des équations » L. Dowbor 2004- Editions L'Harmattan - 14,50 € Hugo Chávez rend visite au MST L'un des moments forts de cette Ve édition
du Forum Social Mondial (26-31 janvier) aura certainement été, pour
les délégués de Via Campesina Internationale en particulier, la venue
à Porto Alegre du Président vénézuélien Hugo Chávez Frias. En ce début
de dimanche 30 janvier 2005, en marge des activités officielles du
FSM, le rendez-vous était dans un assentamento
du MST situé à Tapes, sur les rives de la Lagoa dos Patos, à 130 km
de la capitale de l'état du Rio Grande do Sul. Un événement tout
en symboles : pour commencer tout d'abord, et pour ne pas faillir
aux traditions du MST, une mística grandiose,
dont le thème était l'Eau, bien commun de l'humanité. Puis la signature
d'un document engageant les discussions pour la création au Brésil,
d'une Ecole latino-américaine d'agro-écologie, entre le gouvernement
du Venezuela, le gouvernement brésilien, représenté par Miguel Rossetto,
ministre du Développement Agraire, l'état du Paraná, représenté par
son gouverneur, Roberto Requião, et l'Université Fédérale du Paraná.
Et encore celle d'un protocole d'intentions entre le MST et le Venezuela,
pour l'échange et la reproduction de semences natives. « Nous
allons offrir au Venezuela toutes les semences dont le pays a besoin
pour ne pas dépendre du soja transgénique de Monsanto », a affirmé
João Pedro Stédile, de la direction nationale du MST. Cet événement
a été l'occasion, pour le président Chávez de rappeler, entre autres
grandes avancées sociales, la « guerre contre le latifundio »
qu'il menait dans son pays : pour 2005, les prévisions sont d'exproprier
trois millions d'hectares de terres improductives de latifundio. L'événement officiel
s'est clôturé par la plantation par tous les invités d'une forêt internationale
de la solidarité : en plus de l'arbre symboliquement planté par
Hugo Chávez lui-même, ce sont près de mille arbres qui ont été plantés
ce jour-là, à Tapes. Ambiance ! (reportage-photos, réalisé par Frédéric Lévêque, Risal-CADTM)
Confusion dans les décisions judiciaires concernant les responsables
du massacre de Felisburgo de le 20 novembre dernier, dans la campement
Terra Prometida, massacre au cours duquel cinq Sans-terre du MST
ont été assassinés et 13 autres blessés, dont des enfants. Dans un premier temps la demande d'habeas corpus
, déposée par les avocats des coupables, visant à la remise en liberté
du principal accusé, le fazendeiro Adriano
Chafik Luedy, a d'abord été légitimement refusée. Le maire de la
localité avait assuré que « la ville était calme », alors
que trois des accusés déjà remis en liberté dès fin décembre, avaient
proféré de nouvelles menaces à l'égard des Sans-terre. A la mi février, le fazendeiro commanditaire
et exécuteur du massacre vient de réitérer sa demande de remise
en liberté. Le mouvement des Sans-terre (MST) craignant la mise
en liberté du coupable, demande à ce que des messages soient envoyés
d'urgence - par fax ou courriel -
exigeant le maintien en prison du fazendeiro
massacreur Adriano Chafik. Adresses : |
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17 avril 2005 : une Marche pour la Réforme Agraire Comme nous vous l'annoncions dans le numéro
de janvier d'Info Terra, le MST et les organisations membres de
Via Campesina-Brésil préparent une marche de 300 km, de Goiânia à Brasilia
où il est prévu d'arriver dans les premiers jours de mai. Le MST mise sur la
participation d'au moins 10.000 de ses militants, pour faire pression
sur un gouvernement enlisé dans ses contradictions internes et accélérer
le processus de réforme agraire, ainsi que sur l'aide des ses partenaires
étrangers pour les fonds nécessaires au financement de l'alimentation,
des chaussures, imperméables, médicaments, du gaz, de l'essence... Toute
la logistique d'une marche qui espère rester gravée dans les mémoires
comme sur les magnétos des journalistes... Pour faire progresser
la cause des paysans, au Brésil comme ailleurs dans le monde, à nous
d'agir. Vous pouvez adresser vos dons à Frères des Hommes - marche MST. |
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| INFO terra, mensuel édité
par Frères des Hommes,
9 rue de Savoie, 75006 PARIS. Tél : 01.55.42.62.62. Fax : 01.43.29.99.77. E-mail : fdh@fdh.org. Site : http://www.france-fdh.org Pour tout renseignement sur INFO terra, ou pour vous désabonner Tél : 01.55.42.62.63 - Email : vdm@fdh.org Comité de rédaction : Susana Inez Bleil, Isabelle Dos Reis, Jean-Yves Martin, Jean-Luc Pelletier,
Agnes van Ginneken.
Coordination : Isabelle Dos Reis Photo : Brésil, 1996. Droits réservés/Sebastião Salgado Conformément à la loi Informatique
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