Le Mouvement des Sans Terre Réforme Agraire au Brésil
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Info Terra

n° 56Février 2005

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* SOMMAIRE

ANALYSE : Inauguration de l'Ecole Nationale Florestan Fernandes
AGIR : "Alternatives en Amérique latine" : numéro spécial d'Economie et Humanisme
ACTUALITE : - Lula deux ans après : l'avis de Ladislau Dowbor
- Hugo Chávez rend visite au MST
- Massacre de Felisburgo : le fazendeiro coupable ne doit pas être remis en liberté
SOLIDARITE : 17 avril 2005 : une Marche pour la Réforme agraire

* ANALYSE

Dimanche 23 janvier 2005, le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre a inauguré officiellement son Ecole Nationale de formation de cadres Florestan Fernandes

INAUGURATION DE L'ECOLE NATIONALE FLORESTAN FERNANDES

Arrivée sur les lieux : mercredi 19 janvier, vers midi, directement de l'aéroport international de São Paulo. Tout à l'air calme, les groupes de militants du MST déjeunent. Ils sont nombreux tout de même, une bonne centaine déjà. Le déjeuner à peine terminé, les activités reprennent. Ils sont partout, dans tous les coins et recoins : tous travaillent pour que l'Ecole soit « prête » le lendemain, pour recevoir les participants du séminaire international de formation politique de cadres, qui durera jusqu'au samedi soir. Dans une bonne humeur palpable, on scie, on taille, on nettoie. Mais où va se réaliser le séminaire, auquel doivent participer plus de 300 personnes ?? L'école est grande certes, mais de là à accueillir autant de gens simultanément... Confiance. Petite escapade à Sao Paulo, puis retour le soir à l'Ecole. La configuration des lieux a changé depuis tout à l'heure... et cet énorme chapiteau blanc, il n'était pas là ce midi ! Non, il n'était pas là. C'est donc là qu'aura lieu le séminaire. Il fait nuit, il est tard, mais l'agitation bat son plein : des dizaines de Sans Terre, hommes, femmes, jeunes, moins jeunes, venus plus tôt de tout le Brésil pour participer à ce travail collectif et volontaire avant le séminaire, organisés comme des abeilles dans une ruche, travaillent de concert pour que les lieux soient accueillants demain. Il a plu une bonne partie de la journée, une grande partie du terrain n'est qu'un immense champ de boue argileuse : les pelleteuses vont travailler jusqu'à deux heures du matin pour arranger un peu le paysage.

Jeudi, 6h00 : réveil dynamique par Radio Camponesa, la radio du campus qui nous accompagnera tout le temps du séminaire. Whao, 6 heures !! Et oui, il faut reprendre le rythme du MST (et le MST en temps de fêtes, c'est : coucher à l'aube, lever à l'aube !). Il y a déjà nettement plus de gens qu'hier. Et des lits, des matelas, des hamacs, des tentes posées sur le carrelage des couloirs ! Il y a du monde partout ! Finalement, au lieu des 300 personnes annoncées, nous aurons été plus de 600 pendant trois jours. Et tout le monde a pu manger, dormir, se laver et participer au séminaire sans souci majeur. S'il s'agissait d'un test pour l'Ecole, on peut dire qu'elle l'a réussi, sans réserves.

 

Pendant ces trois jours (quatre en comptant le dimanche, jour de cérémonie officielle d'inauguration), l'Ecole a représenté un concentré de tout ce qu'elle est et prétend être, à l'image du MST en tant que mouvement social, organisé : un lieu d'étude et de formation, un lieu convivial de rencontres, de partage et d'échanges, un lieu de solidarités, entre les personnes et entre les peuples. Un lieu physiquement fermé, spirituellement ouvert sur le monde. Un lieu physiquement (presque) terminé, spirituellement en éternelle construction.

 

Construite sur un terrain de 30.000 m2, situé à Guararema (70 km de São Paulo), l'Ecole est composée à ce jour d'un bâtiment pour  le réfectoire de 1.044 m2, de quatre bâtiments réservés au logement des étudiants, de 1.133 m2, et d'un bâtiment pédagogique, de 2.400 m2, incluant des salles de classe, une grande bibliothèque, une salle informatique, entre autres. Une seconde phase envisage le doublement des capacités d'hébergement, ainsi que la construction d'un grand auditorium.

Le travail de construction a commencé le 22 mars 2000. Il est le fruit du travail volontaire de plus de 1000 travailleurs et travailleuses Sans Terre venus de tous les états du Brésil et qui se sont succédés tout au long des quatre dernières années, s'absentant en moyenne deux mois de leurs assentamentos ou acampamentos - parfois plus - pour contribuer à l'édification de ce rêve collectif... L'ENFF est aussi le fruit de la solidarité internationale, grâce à la mobilisation et l'engagement de personnalités telles que le photographe Sebastião Salgado, l'écrivain José Saramago, le musicien Chico Buarque, et celle de groupes d'ami(e)s en Europe et aux Etats-Unis, d'ONG, etc. qui dès 1997 se sont mobilisés : les fonds récoltés à l'époque par la vente des posters « Terra » avaient permis dans un premier temps l'achat du terrain de Guararema, puis de renforcer les fonds apportés par Caritas et Frères des Hommes dans le cofinancement obtenu de l'Union Européenne. L'Ecole accueillera 2000 militants par an, non seulement du MST mais d'autres mouvements sociaux (liés à Via Campesina notamment), l'objectif étant à terme de créer une véritable Université Populaire.

 

« Une fois la révolution faite dans les écoles, le peuple la fera dans les rues »

 

L'inauguration officielle de l'Ecole a été l'occasion de rendre un hommage poignant au maître Florestan Fernandes (1920-1995). Par la publication d'une biographie écrite par le journaliste Laurez Cerqueira (Florestan Fernandes, vida e obra, ed. Expressão Popular), d'une brochure à l'usage des militants du MST (Ao mestre com carinho), et par une belle soirée hommage le 21 janvier, en présence d'Heloisa Fernandes Silveira, fille de Florestan, et durant laquelle a été projeté un témoignage filmé d'Antonio Cândido (grand sociologue brésilien, ami de Florestan). Car avoir choisi le nom de ce sociologue pour son Ecole Nationale n'est évidemment pas un choix anodin de la part du MST : Florestan Fernandes représente une trajectoire de vie exemplaire pour les paysans Sans Terre, et pour tous les militants de mouvements sociaux au Brésil, qui croient en l'éducation comme instrument de transformation de la société. Fils d'une immigrée portugaise analphabète et employée domestique, Florestan fut obligé de travailler dès l'âge de six ans pour aider sa mère à gagner de quoi manger. Il ne termina pas le premier cycle de scolarité. Ce n'est que plus tard, à l'adolescence, qu'il pourra reprendre ses études, tout en continuant à travailler : en trois années il  rattrape les sept ans de scolarité habituelle. En 1941, il entre à l'université et va se former en sciences sociales, sociologie et anthropologie. Il est aujourd'hui considéré comme l'un des pères de la sociologie moderne brésilienne. Professeur engagé, il a été un ardent défenseur de l'éducation publique et gratuite pour tous, et un militant permanent pour la liberté, la démocratie de la majorité et le socialisme. Toute sa vie, il aura montré, par son propre exemple, que l'émancipation des pauvres et des socialement exclus est possible par l'éducation, l'instruction et la connaissance, qu'il s'attelait continuellement à diffuser autour de lui, sans jamais renier ses origines sociales. « Une fois la révolution faite dans les écoles, le peuple la fera dans les rues » disait-il. Et Antonio Cândido de rappeler dans son témoignage que « révolution ne veut pas nécessairement dire insurrection ou violence armée, mais décision de changer à la racine la structure de la société, structure qui au Brésil est des plus injustes qui soit sur la terre ».

 

Le dimanche 23 janvier aura été l'apothéose de ces festivités : plus de 1500 invités, brésiliens et étrangers, des anonymes et des plus connus : Heloisa Fernandes, Aleida Guevara March (fille de Che Guevara), les acteurs Marcos Winter et Leticia Sabatella, le journaliste Fernando Morais, Maximilien Averlaiz, représentant du gouvernement vénézuelien, Miguel Rossetto, ministre brésilien du Développement Agraire, entre autres... Un hommage chaleureux et magnifique à toutes les personnes et institutions qui de près ou de loin ont rendu la réalisation de ce rêve d'une école nationale possible, principalement tous les travailleurs sans terre : « Nous souhaitons que les personnes ici présentes aujourd'hui repartent non seulement avec l'image de la construction, mais aussi et surtout celle de tous ces travailleurs », a affirmé Neuri Rossetto, de la coordination nationale du Mouvement. Et à João Pedro Stédile de rajouter : « l'Université et l'enseignement supérieur dans ce pays sont verrouillés à double tour. Combien connaissez-vous de médecins noirs ou de pauvres devenus ingénieurs ? Et pourtant les pauvres et les noirs représentent 70% de la population. Nous voulons en finir avec ces signes d'exclusion, il faut transformer la connaissance scientifique en instrument de libération, et non d'exploitation ». L'événement s'est clôturé par une plantation d'arbres symbolique tout autour des bâtiments de l'Ecole : un olivier rapporté par des amis de Palestine, ainsi que la plantation par chaque état du Brésil d'une variété typique de sa région.

 

Une Ecole Nationale de formation de cadres pour transformer non seulement les personnes, mais aussi la société : voici le défi que s'est lancé le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre, à l'échelle du Brésil, mais aussi à celle du continent latino-américain tout entier. La lutte pour la réforme agraire et pour la justice sociale va au-delà de la conquête de la terre : la lutte des Sans Terre est celle pour un projet populaire pour le Brésil, basé sur la dignité, la souveraineté et la solidarité entre tous et toutes.

 

 

Isabelle Dos Reis
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* AGIR

Economie et Humanisme, une revue qui en appelle au devoir de chacun face au devenir de tous !

Pour ceux qui connaissent déjà, vous savez la rigueur d'analyse et l'engagement éthique dont fait preuve cette revue. Pour ceux qui ne connaissent pas encore vous avez l'occasion de découvrir en lisant ce numéro sur les Alternatives en Amérique latine.

Nous vous proposons de découvrir le nouveau numéro d'Economie et Humanisme, car celui-ci nous fait découvrir des expériences du sous-continent Latino Américain et met en perspectives des coopérations possibles avec l'Europe.

 

En effet, dans ses pages vous trouverez des articles concernant les alternatives portées par les populations de ce continent, en proie aux influences des marchés internationaux, mais qui collectivement ont choisi de prendre leurs destins en main.

 

Ces organisations latino-américaines sont parfois sous les feux des médias. Et si l'on dépassait les clichés médiatiques et que l'on rencontrait ces organisations et expériences  originales ! Cette démarche nous renvoie à des questionnements essentiels sur nos pratiques, mais nous ouvre aussi des horizons de coopération. 

 

Si vous êtes intéressé, Frères des Hommes, co-éditeur de ce numéro, tient à votre disposition des exemplaires (12€ le numéro). Pour nous contacter : 01 55 42 62 62 ou au 2 rue de Savoie 75006 Paris ou vdm@fdh.org.

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* ACTUALITE DE LA REFORME AGRAIRE

Lula deux ans après : l'avis de Ladislau Dowbor

Ladislau Dowbor, invité par la revue Économie et Humanisme le 1er février 2005 à Lyon, est professeur d'économie à São Paulo et fait partie d'un groupe d'une quinzaine de personnes proches du gouvernement, ayant pour rôle de critiquer son action. À ce titre, des rencontres mensuelles ont lieu avec les principaux ministres.

Les difficultés sont connues : dettes, pouvoir des médias, lourdeur de l'administration, absence de majorité.

Ladislau Dowbor insiste sur deux constats : d'une part, l'injustice se perpétue car elle repose sur un système de pouvoir qui ne change pas ; d'autre part, les initiatives locales collectives pour apporter des solutions à toutes sortes de problèmes et suppléer à la carence de l'administration sont nombreuses.

Changer le système par lequel s'exerce le pouvoir ne peut se faire que par des réformes de structure. La réforme agraire en est une, celle du système judiciaire, de celui des impôts et des retraites, en sont d'autres.

Le gouvernement par ailleurs, met à profit le dynamisme des initiatives locales pour s'en servir comme courroie de transmission. Par exemple : le programme Fome Zéro est coordonné, par la Conférence Nationale des Évêques Brésiliens, plus efficace et plus sûre que l'administration traditionnelle.

Cette capacité à s'organiser est encouragée par la création d'un réseau informatisé, permettant une mise en commun facile des expériences.

En conclusion, Ladislau Dowbor fait confiance au gouvernement Lula qui ne renie pas ses engagements et agit en fonction de l'espace dont il dispose.

Seule la pression de la société organisée peut conduire à des changements plus profonds.

 

Site : www.dowbor.org 

A lire : « La mosaïque brisée ou l'économie au-delà des équations » L. Dowbor  2004- Editions L'Harmattan - 14,50 €

Hugo Chávez rend visite au MST

L'un des moments forts de cette Ve édition du Forum Social Mondial (26-31 janvier) aura certainement été, pour les délégués de Via Campesina Internationale en particulier, la venue à Porto Alegre du Président vénézuélien Hugo Chávez Frias. En ce début de dimanche 30 janvier 2005, en marge des activités officielles du FSM, le rendez-vous était dans un assentamento du MST situé à Tapes, sur les rives de la Lagoa dos Patos, à 130 km de la capitale de l'état du Rio Grande do Sul.

Un événement tout en symboles : pour commencer tout d'abord, et pour ne pas faillir aux traditions du MST, une mística grandiose, dont le thème était l'Eau, bien commun de l'humanité. Puis la signature d'un document engageant les discussions pour la création au Brésil, d'une Ecole latino-américaine d'agro-écologie, entre le gouvernement du Venezuela, le gouvernement brésilien, représenté par Miguel Rossetto, ministre du Développement Agraire, l'état du Paraná, représenté par son gouverneur, Roberto Requião, et l'Université Fédérale du Paraná. Et encore celle d'un protocole d'intentions entre le MST et le Venezuela, pour l'échange et la reproduction de semences natives. « Nous allons offrir au Venezuela toutes les semences dont le pays a besoin pour ne pas dépendre du soja transgénique de Monsanto », a affirmé João Pedro Stédile, de la direction nationale du MST. Cet événement a été l'occasion, pour le président Chávez de rappeler, entre autres grandes avancées sociales, la « guerre contre le latifundio » qu'il menait dans son pays : pour 2005, les prévisions sont d'exproprier trois millions d'hectares de terres improductives de latifundio.

L'événement officiel s'est clôturé par la plantation par tous les invités d'une forêt internationale de la solidarité : en plus de l'arbre symboliquement planté par Hugo Chávez lui-même, ce sont près de mille arbres qui ont été plantés ce jour-là, à Tapes.

 

Ambiance ! (reportage-photos, réalisé par Frédéric Lévêque, Risal-CADTM)

 


Massacre de Felisburgo (Minas Gerais) : le fazendeiro coupable ne doit pas être remis en liberté.

Confusion dans les décisions judiciaires concernant les responsables du massacre de Felisburgo de le 20 novembre dernier, dans la campement Terra Prometida, massacre au cours duquel cinq Sans-terre du MST ont été assassinés et 13 autres blessés, dont des enfants.

Dans un premier temps la demande d'habeas corpus , déposée par les avocats des coupables, visant à la remise en liberté du principal accusé, le fazendeiro Adriano Chafik Luedy, a d'abord été légitimement refusée. Le maire de la localité avait assuré que « la ville était calme », alors que trois des accusés déjà remis en liberté dès fin décembre, avaient proféré de nouvelles menaces à l'égard des Sans-terre.

A la mi février, le fazendeiro commanditaire et exécuteur du massacre vient de réitérer sa demande de remise en liberté. Le mouvement des Sans-terre (MST) craignant la mise en liberté du coupable, demande à ce que des messages soient envoyés d'urgence - par fax ou courriel -  exigeant le maintien en prison du fazendeiro massacreur Adriano Chafik.

Adresses :
- Presidência do Superior Tribunal de Justiça, Ministro Edson Vidigal , Mail : gab.edson.vidigal@stj.gov.br, fax: (61) 319 8194 95
- Ministro Gilson Dipp, Mail : gab.gilson.dipp@stj.gov.br , fax (61) 319 7010

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* SOLIDARITE AVEC LES SANS TERRE

17 avril 2005 : une Marche pour la Réforme Agraire

Comme nous vous l'annoncions dans le numéro de janvier d'Info Terra, le MST et les organisations membres de Via Campesina-Brésil préparent une marche de 300 km, de Goiânia à Brasilia où il est prévu d'arriver dans les premiers jours de mai.

Le MST mise sur la participation d'au moins 10.000 de ses militants, pour faire pression sur un gouvernement enlisé dans ses contradictions internes et accélérer le processus de réforme agraire, ainsi que sur l'aide des ses partenaires étrangers pour les fonds nécessaires au financement de l'alimentation, des chaussures, imperméables, médicaments, du gaz, de l'essence... Toute la logistique d'une marche qui espère rester gravée dans les mémoires comme sur les magnétos des journalistes...

 

Pour faire progresser la cause des paysans, au Brésil comme ailleurs dans le monde, à nous d'agir. Vous pouvez adresser vos dons à Frères des Hommes - marche MST.

Cliquez ici pour accéder au coupon de don.

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INFO terra, mensuel édité par Frères des Hommes,
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Photo : Brésil, 1996. Droits réservés/Sebastião Salgado
 
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