Le Mouvement des Sans Terre Réforme Agraire au Brésil
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n° 45 - Janvier 2004
SOMMAIRE

ANALYSE : Les 20 ans du MST
AGIR : 20 ans ça se fête ! Ce que prévoit le MST
ACTUALITE : Eldorado dos Carajás : 20 sans terre indemnisés
                    XII Rencontre Nationale du MST
SOLIDARITE : La CPT reçoit un prix des Droits de l'Homme


• EDITO

Info Terra, il y a ceux qui connaissent déjà et il y a les nouveaux venus...

Depuis septembre 1999, Frères des Hommes publie Info Terra, lettre mensuelle d'information sur la réforme agraire et la lutte des paysans sans terre du Brésil.  

Cette lettre se veut à la fois un outil d'information mais aussi un outil permettant de mettre en place des activités concrètes de solidarité avec le Mouvement des Sans Terre : pétitions, soirées, échanges sont en effet autant de façons d'exprimer notre soutien à ces hommes et femmes qui luttent au quotidien pour  obtenir des conditions de vie décente dans les campagnes où ils ont choisi de vivre.

Jusqu'à présent, un soutien financier de l'Union Européenne nous permettait d'imprimer Info Terra et de l'envoyer à quelques centaines de personnes ; ce financement est aujourd'hui terminé. Cependant, les membres du comité de direction, militants bénévoles, ont décidé de poursuivre Info Terra sous forme de lettre électronique, en faisant le pari de toucher de plus en plus de personnes via ce nouveau moyen et peut-être finalement de faire mieux qu'auparavant.

Cette mutation technologique d'Info Terra laissera hélas d'anciens lecteurs derrière nous mais nous espérons que beaucoup pourront nous suivre dans cette nouvelle aventure et que les nouveaux venus deviendront vite des fidèles ! Quel que soit votre cas, n'hésitez pas à nous faire part de vos remarques et à nous soutenir dans la diffusion d'Info Terra en faisant suivre ou en nous faisant parvenir des adresses (cf. coordonnées en bas de page) !

Bonne lecture et... rendez-vous le mois prochain !

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ANALYSE

1984 - 2004 : le M. S. T. commémore vingt ans de lutte, de conquêtes, mais aussi de deuils.  Il entend donner à cet événement un relief particulier, d'autant que le Brésil est dans une période favorable aux progrès sociaux et qu'il est porteur d'espoirs pour beaucoup d'autres pauvres en ce monde.

L'histoire sera le fil conducteur de ces commémorations. Elles s'étaleront sur l'année 2004 et seront célébrées jusque dans le plus reculé des acampamentos ou assentamentos.

Les 20 ans du MST

Le MST tient à insérer sa propre histoire dans celle, plus ancienne, des luttes sociales populaires. Vingt ans d'existence c'est beaucoup au Brésil pour un mouvement social. Aucun jusqu'à ce jour n'avait réussi à exister aussi longtemps ni à s'organiser dans l'ensemble du pays. Cela n'a pas surgi de rien, ni spontanément. A cette occasion, les membres du mouvement sont invités à replacer le passé récent dans l'histoire des luttes sociales afin de percevoir qu'ils en sont des acteurs et qu'elle continuera après eux.

Cette histoire s'enracine, dès le début de l'époque coloniale, dans les luttes des peuples indigènes tentant de résister aux bandeirantes chasseurs d'esclaves ; dans les quilombos, ces communautés d'esclaves fugitifs qui perdurèrent parfois plusieurs décennies et dont les descendants existent toujours aujourd'hui ; dans la communauté de Canudos (Bahia) qui, dans les années 1890, regroupa plusieurs dizaines de milliers de pauvres et finit par être anéantie ; dans la résistance populaire du Contestado (Paraná) aux appétits démesurés d'entreprises étrangères au début du XXe siècle ; dans les Ligues Paysannes, le Mouvement des Agriculteurs Sans Terre entre 1950 et 1964 ; enfin dans les communautés ecclésiales de base, créées par l'église catholique et l'église luthérienne pendant la dictature militaire (1964 - 1985) et s'appuyant sur la « théologie de la libération » issue du concile Vatican II.

Il est possible cependant qu'en 1979, lorsque des paysans sans terre occupèrent la fazenda Macali à Ronda Alta (Rio Grande do Sul) et que, dans les états de São Paulo et du Mato Grosso d'autres luttes comparables s'organisèrent, la conscience historique n'ait été alors que sous-jacente chez ces précurseurs. Mais en 1984, la dimension historique et nationale de l'action était présente chez les fondateurs du MST.

Ensuite celui-ci s'affirma chaque année davantage comme le porteur des espoirs des pauvres et, pour cette raison, ne cessa pas d'être la cible des attaques de l'élite possédante. Les dix-neuf morts d'Eldorado dos Carajás (Pará) assassinés en 1996 par la Police Militaire aux ordres du gouverneur témoignent, parmi des centaines d'autres assassinats, de la violence des luttes.

L'opiniâtreté finit en maints endroits par venir à bout des résistances : aujourd'hui 350 000 familles ont été installées soit 1,5 millions de personnes ; 85 coopératives, 400 associations de production/ commercialisation/ service, 96 petits et moyens ateliers de transformation agro-alimentaire ont été créés dans 700 communes.

L'éducation (1800 écoles, 3900 éducateurs), la santé, les activités culturelles, la protection de l'environnement, sont autant de secteurs d'activité menés parallèlement à celui de la production.

Fondamentales pour informer, éduquer, mobiliser, la culture et la communication prennent une grande place dans la stratégie du mouvement : le "Journal des Sans Terre" (mensuel), la revue "Sans Terre" (bimestrielle), 16 radios communautaires diffusent à tous informations et articles de réflexion et d'analyse.

La réhabilitation de la culture paysanne, menacée comme ailleurs par l'uniformisation médiatique, est d'une grande importance pour renforcer les principes et les valeurs qui fondent l'action. En effet, à la différence de nos vieux pays européens, les paysans sont souvent peu enracinés sur leurs terres et dans leurs activités. Devant les difficultés des premières années d'installation, la tentation est grande de renoncer et de regagner les villes. Il importe donc, pour les paysans eux-mêmes, pour l'avenir de la réforme agraire et celui de l'agriculture familiale, que l'appartenance au monde paysan soit valorisée et reconnue dans toute la société.

C'est avec cette vision sous-jacente qu'ont été et seront célébrés les événements les plus marquants de ce 20e anniversaire : le VIe Congrès National du MST qui s'est tenu du 19 au 24 janvier 2004 et auquel Frères des Hommes avait été invité et était représenté (cf. brève), l'inauguration de l'École Nationale Florestan Fernandes où seront formés les cadres du mouvement, le IVe Congrès de Via Campesina en juin prochain, la Semaine Nationale de la Culture Brésilienne et de la Réforme Agraire ; par ailleurs, de nombreuses activités sont prévues en plus de ces événements marquants (cf. rubrique Agir).

Le public visé est celui des 350 000 familles installées et des 140 000 autres encore dans des campements mais aussi les organisations brésiliennes et étrangères impliquées dans le même combat et, d'une façon générale, l'ensemble de la société brésilienne.

 « Le chemin est encore long pour arriver au terme de la réforme agraire au Brésil. Nous avons beaucoup de route à parcourir mais nous avons aussi en permanence beaucoup d'énergie et de dévouement. On peut dire que ce bien collectif appelé MST appartient aux générations futures. La commémoration des vingt ans s'acquitte de l'obligation de poursuivre, protéger et faire progresser l'organisation de cette lutte afin qu'elle ne soit pas anéantie et que ne se perdent pas la mémoire, l'identité et les racines historiques du Mouvement ».

Jean-Luc PELLETIER

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• AGIR

Le MST fête ses 20 ans

Vingt ans : le bel âge… Vingt ans, c’est jeune, mais c’est déjà un long parcours à l’échelle d’un mouvement social. C’est pourquoi le MST a décidé de commémorer ses 20 ans de luttes et de conquêtes tout au long de l’année 2004. « Commémoration » ne veut pas seulement dire « festivités » : c’est aussi l’occasion de réfléchir sur le chemin parcouru, de l’évaluer, de partager les connaissances acquises, de se souvenir des moments difficiles et des moments de conquête, de renforcer les liens d’amitié et de solidarité qui ont fleuri tout au long de ces vingt années, de renforcer l’identité et la culture paysannes, et de continuer à sensibiliser la société brésilienne sur la question de la réforme agraire…

Il ne s’agit donc pas uniquement de regarder en arrière mais, pour les membres du MST, de vivre avec intensité cet anniversaire comme un moment important dans la construction du Mouvement et comme une étape supplémentaire dans la connaissance de la réalité et dans la transformation de la société…

Ainsi, tout au long de l’année, dans les 23 états où le MST est implanté, des activités seront organisées au niveau national, régional, local, les activités nationales étant autant d’invitations à les reproduire et les multiplier au niveau local… 

Au programme : des moments forts tels que la Rencontre Nationale du MST fin janvier (et qui marquera le début des commémorations), l’inauguration de l’Ecole Florestan Fernandes cet été, la réalisation de la Semaine Nationale de la Culture Brésilienne et de la Réforme Agraire (entre avril et juillet), l’organisation d’un Concours National de poésie sur le thème des 20 ans (entre mai et septembre), l’hommage rendu à des personnalités importantes dans la lutte pour la terre et la remise du Prix Lutte pour la Terre (août), l’organisation d’une campagne nationale « Plantation d’arbres » (août-septembre), la réalisation d’expositions artistiques commémoratives, des échanges avec Via Campesina (juillet), à l’occasion de la 4ème conférence internationale de VC à São Paulo… Il faudra compter également sur des éditions spéciales du Jornal dos Sem Terra et de la Revue Sem Terra,  la réédition de l’ouvrage « Histoire de la lutte pour la terre et le MST », la production d’une vidéo sur les 20 ans et d’un CD musical, la production et la vente d’articles à l’effigie des 20 ans du MST (tee-shirts, porte-clefs, calendriers, casquettes etc... D'ailleurs, est encore disponible à FDH le très bel agenda 2004 du MST - en portugais - qui reflète bien l’esprit avec lequel le Mouvement aborde son 20ème anniversaire – Prix : 10 € + port. Pour toute commande, contacter Laurence Constantini au 01 55 42 62 63 ou vdm@fdh.org).

Certaines de ces activités seront relayées en France par Frères des Hommes : à bientôt donc, dans un prochain numéro d’Info Terra !!

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• ACTUALITE DE LA REFORME AGRAIRE

Massacre d'Eldorado dos Carajás : la justice condamne l'Etat du Pará à indemniser 20 Sans Terre

La justice du Pará a condamné récemment, fin  2003, le gouvernement de cet État brésilien à verser des indemnisations de 50 à 300 mille réais à chacun des vingt membres du MST, blessés lors du massacre d’Eldorado dos Carajás qui, on s’en souvient, a eu lieu en avril 1996. Au cours de ce massacre, 19 Sans Terre ont été tués par deux détachements de Police Militaire et 69 autres ont été blessés.

Cette condamnation, pour dommages physiques et moraux, a été prononcée en première instance par le juge José Torquado de Alancar, dans la 14ème chambre civile de Belém. Dans son jugement, le juge affirme que « le lien causal entre la conduite des policiers et les faits de lésions » est établi, les victimes ayant été soumises à des examens qui ont prouvé leurs blessures. Le juge souligne également que cet affrontement a été l’une des « plus grandes violations des droits de l’homme dans le pays et dans le monde » et que le versement des indemnisations constitue une manière de « compenser pour chaque victime l’angoisse, la douleur et la souffrance par lesquelles elle est passée ».

Les victimes avaient engagé leur démarche judiciaire d’indemnisation en 1998. L’avocat des Sans Terre, Walmir Brelaz, avait demandé que l’État du Pará fasse un versement pour dommages matériels d’une valeur de cinq salaires minimum mensuels. L’État du Pará a aussitôt déposé un recours en appel de cette décision de justice. Il n’empêche que sa responsabilité et celle de son gouverneur d’alors dans ce massacre sont ainsi désormais, et pour la première fois, clairement établies et reconnues.

(D’après Agence Folha).

XII RENCONTRE NATIONALE DU MST

A l’heure où nous publions ce numéro d’Info Terra, la XII rencontre Nationale du MST s’est tenue du 19 au 24 janvier. 1200 personnes, militants, collaborateurs et amis, se sont réunis à São Miguel do Iguaçu, dans le Paraná, plus précisément dans l’assentamento António Tavares, ex-fazenda de feue-la Banque Bamerindus. Le choix de ce lieu pour lancer les commémorations officielles des 20 ans d’existence du mouvement est lui-même très symbolique : le MST avait occupé dès 1997 cette ancienne propriété de 1098 hectares, qui appartenait au propriétaire de la Banque Bamerindus, pour éviter, alors que la banque était en faillite, que le prix de la fazenda soit surévalué au moment du règlement d’une partie de la dette de la banque envers l’Union. L’expropriation n’a eu lieu définitivement qu’en 2002, après que la Banque Centrale ait remis la fazenda à l’INCRA, rendant ainsi disponible la terre pour la Réforme Agraire. « L’assentamento est une conquête et une référence pour tous ceux qui nous soutiennent », a déclaré un habitant.

A la cérémonie d’ouverture de la Rencontre, étaient présentes des personnalités telles que Anita Freire, veuve du pédagogue Paulo Freire, l’un des plus grands collaborateurs et défenseurs dans la construction du MST ; Elizabeth Teixeira (79 ans), dirigeante des  Ligues Paysannes ; l’évêque Orlando Dotti de la CPT ; le belge Dirk Habib, représentant les comités d’appui international ; Luiz Marinho de la CUT ; Mauricio de Andrade, de l’Action Citoyenne ; Luiza Kurrin, de Via Campesina Internationale ; un représentant de la Pastorale Luthérienne et de l’UNE ; Nalu Faira, de la Marche des Femmes, et João Pedro Stedile, de la Coordination Natinale du MST. A cette occasion, tous ont réaffirmé leur solidarité et leur soutien à la lutte des travailleurs sans terre.

(source : site du MST)

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• SOLIDARITE AVEC LES SANS TERRE

La Commission Pastorale de la Terre (CPT) reçoit le prix 2003 des Droits de l'Homme

La CPT a reçu le 10 décembre le Prix des Droits de l'Homme 2003 dans la catégorie "Eradication du travail esclave - Institution". Ce prix ldécerné par le Gouvernement fédéral lui a été remis au Palais présidentiel du Planalto à Brasilia. A cette occasion le même prix dans la catégorie "Personnalité" a été remis au Ministre Francisco Fausto, président du Tribunal Supérieur du Travail. Il a offert son prix à la CPT du Xinguara en la personne de Henri Burin des Roziers "en reconnaissance du très beau travail que fait la Pastorale de la Terre dans cette région". La CPT, qui lutte depuis 1971 contre le travail esclave, voit dans ce double-prix une reconnaissance forte de son engagement contre le travail esclave. depuis 1995, le gouvernement brésilien s'est à son tour attaqué au problème et a mis en place les courageuses équipes mobiles de contrôle, hélas trop peu nombreuses. L'annonce en 2003 par le gouvernement de Lula de la mise en place du Plan National d'Eradication du Travail Escalve a permis d'accélérer cette lutte : ainsi sur les 10 000 travailleurs délivrés ces 9 dernières années, plus de la moitié l'ont été en 2003. Ce progrès notable reste néanmoins insuffisant au regard de la situation. C'est pourquoi la CPT demande que le projet ambitieux d'éradication reçoive le soutien nécessaire aussi bien dans la prévention et l'accueil des victimes que dans la répression des coupables. (source :CPT)

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Photo : Brésil, 1996. Droit réservés/Sébastião Salgado