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Peut-on célébrer la politique ? Les leçons du MST sur les moyens de pérenniser une action collective...sans devenir des bureaucrates La "mystique" du MST La réussite du MST reste toujours un mystère. Comment ce mouvement social peut-il garder une telle cohésion de ses membres autour du rêve de la Réforme agraire ? Où puisent-ils l'énergie nécessaire pour faire face aux grands propriétaires terriens, dénoncer la politique agricole brésilienne et, en même temps, aider des paysans d'autres pays à se mobiliser pour une autre agriculture, dans une autre société, plus humaine et plus écologique ? Il y a vingt ans, quand le MST a officiellement été créé il a intégré des modes de célébration, relevant jusque là de pratiques religieuses, en leur donnant un caractère politique. Pour le MST un mouvement social ne peut pas « vivre » s'il devient bureaucratique, sans émotion, s'il ne prévoit pas de moments pour rappeler à ses membres pourquoi ils ont adhéré au Mouvement, le sens de ce qu'ils y font et où ils veulent aller ensemble. Ces moments favorisent les échanges et le partage de sentiments autour des symboles et des musiques chers au MST. Dans un entretien réalisé à Paris, le 11 mai dernier par FDH, João Pedro Stedile explique ces pratiques connues sous le nom de « mystique ». FDH : Qu'est
ce que la « mystique »
pour le Mouvement des Sans Terre ? J.P. Stedile :
Le nom « mystique » vient du mot latin qui veut dire ... « qui
vient de mystère ». Mais non pas dans le sens de l'inconnu mais
dans le sens d'une relation avec les sentiments, avec ce qui vient de l'intérieur,
de tout ce qui n'est pas exposé. Qu'est-ce que c'est que cultiver un
idéal ou un sentiment ? En réalité la mystique c'est cultiver un
idéal. Et comment peut-on le cultiver. D'abord, il faut déjà en avoir
un. Donc une personne, individuellement, peut avoir, par exemple, un
idéal d'être amoureux, d'avoir une nouvelle maison, ou autre chose...
Un paysan peut aussi à titre personnel avoir le rêve ou l'idéal d'avoir
une terre à lui. Dans le cas du MST il s'agit d'un idéal, d'un rêve
collectif. Quel est notre rêve collectif ? Le rêve va dans le sens
d'une Réforme agraire qui réalise un partage de la terre dans sa totalité,
ce rêve est aussi de vivre dans une société où nous pourrions tous être
égaux, une société où nous pourrions tous avoir une opportunité de vivre
bien, une société où nous pourrions tous avoir accès à l'éducation,
c'est-à-dire un rêve de vivre dans
une société juste. Donc c'est quoi la mystique ? C'est cultiver
cet idéal. Mais tu ne peux pas cultiver cet idéal avec des banalités,
ou avec des mots perdus. Pour cultiver un idéal on a besoin de symboles
et de pratiques sociales. C'est ça la mystique ! La mystique en
elle-même n'est rien. C'est la liturgie de cultiver un idéal, d'accoler
des symboles à cet idéal. Pour nous, au MST c'est un idéal collectif.
Comment peut-on pratiquer la mystique ? On peut cultiver l'idéal
avec des musiques, avec le drapeau du MST, avec des célébrations qui
nous permettent d'être plus unis, avec des mots d'ordre qui nous rassemblent.
Le drapeau c'est une photo de notre idéal.
Il n'est pas qu'un bout de tissu. Par exemple, quand on voit
une occupation de terre et tu vois le drapeau des sans terre... tu te
sens membre du groupe, dans une identité commune. Parce que tu sais
que ce groupe a le même idéal que toi. Et tu deviens heureux, tu extériorises
tes sentiments. Donc dans toutes les activités collectives qu'on réalise
au centre du MST, on a toujours comme objectif de cultiver cet idéal
[...]. FDH :
Selon vous la « mystique » fait-elle partie de la culture ? J.P. Stedile :
L'acte de cultiver un idéal est présent dans toutes les communautés.
C'est une vérité que l'on retrouve dans toutes les communautés paysannes,
les communautés rurales. Dans ces communautés on vit plus proches les
uns des autres, on y trouve une plus grande sociabilité. Les individus
sont plus proches à la campagne que dans les villes où ils sont isolés
et luttent pour survivre. Dans les grandes villes la culture d'un idéal
collectif se dilue parmi les millions d'individus qui luttent dans un
esprit de compétition permanente. C'est donc vrai qu'il est plus facile
de cultiver la mystique dans les communautés paysannes. Mais la mystique
ne fait pas forcément partie de la culture paysanne [...]. FDH :
La mystique est-elle une pratique qui existe depuis la création du MST ? J.P. Stedile :
Depuis son origine, le MST a toujours pratiqué la mystique. Le mot « mystique »
a été intégré au Mouvement à travers notre relation avec l'Eglise.
C'est l'Eglise qui utilisait la mystique, dans sa pratique. A notre
avis, le sens du mot « mystique » n'est pas très clair...
c'est pour cette raison que beaucoup de gens ne comprennent pas bien
la mystique. En effet, on doit toujours expliquer le sens de la mystique
parce qu'il n'y a pas un mot adéquat pour lui donner tout son sens.
L'expression la plus correcte serait « la liturgie de célébration
d'un idéal ». FDH : La mystique
a-t-elle un rôle dans la formation des militants ? J.P. Stedile :
C'est sûr que la mystique est une forme d'éducation. La formation se
produit dans tous les moments de la vie où l'on apprend quelque chose
de plus. Elle se produit aussi quand on se réalise en tant que citoyens.
Il est donc clair que, pendant les moments où l'on cultive un idéal,
on a une pratique basée sur l'éducation, une pratique collective. Il
y a toujours une phase d'apprentissage, ensuite, on peut toujours modifier
cet idéal. Mais il y a là une question clé. Pour beaucoup de gens c'est
difficile de comprendre le MST. A mon avis, tu ne peux pas développer
des activités mystiques avec un groupe qui n'a pas un idéal, ou avec
un groupe qui n'a pas d'unité autour d'un idéal. C'est pour cette raison
que la mystique n'est pas une activité que tous les groupes peuvent
réaliser. La mystique n'est pas une activité mécanique qu'on
peut pratiquer par exemple avec des étudiants
qui sont en cours avec leur professeur, et décident de faire la mystique
avant le cours. Cette activité n'aura pas de sens, ou alors elle sera
une sorte d'exercice théâtral. En effet, la mystique, elle, est le culte
d'un idéal commun. Les gens qui mènent une activité mais sans idéal
commun, que vont-ils célébrer ? Il y a un autre élément
très important de la mystique dans son rapport à la formation.
La mystique étant une célébration, elle utilise la culture, la
musique, l'art, l'esthétique ; je dirais qu'elle aide à former
et à donner des capacités aux gens en utilisant l'esthétique et de jolies
choses telles que la poésie, la musique, les symboles, les drapeaux,
comme moyens. C'est pour cette raison que les gens aiment beaucoup la
mystique. Parce que tu ne peux pas célébrer quelque chose qui est loin,
un mystère avec des choses laides.
C'est comme quand tu attends un membre de ta famille, que tu
veux rendre heureux, que tu veux célébrer cette réunion familiale, tu
ne vas pas le recevoir en lui servant un mauvais repas. Au contraire,
tu vas préparer la meilleure cuisine possible. Et au moment où tu fais
la meilleure cuisine possible, tu réalises un acte d'auto-éducation
et d'auto-formation. Tu es toujours en train de te
renouveler, tu es toujours à la recherche d'une préparation la
plus réussie possible. Et pour réaliser cette préparation [...], plus
une réunion prévoit de participants, par exemple dans un congrès du
MST on compte près de 10 000 personnes, ou dans une marche près
de 15 000 personnes, plus la mystique
(la liturgie d'un idéal) a de l'impact. Les personnes sont capables
de développer la forme
de partage des idées. Au MST, au départ, les mystiques étaient plus
simples, moins esthétiques. Depuis, on s'est aperçu qu'il y a une évolution
permanente, de plus en plus les gens se développent et produisent de
nouvelles idées, de nouvelles formes de célébrer cet idéal collectif. |
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Mission de solidarité en Bolivie Au moment où nous
écrivons cet article, une délégation internationale se trouve en
Bolivie (7, 8
et 9 juin), composée de représentants de Via Campesina (dont José
Bové, João Pedro Stedile et Rafael Alegría, le président de Via Campesina),
ainsi que de représentants d'organisations paysannes, de défense des
droits humains et de parlementaires colombiens. L'objectif de cette
Mission internationale est de rendre compte des conditions de
détention des leaders paysans Francisco Cortes (colombien,
membre de l'ANUC-UR), Claudio Ramirez et Carmelo Peñaranda (boliviens),
tous trois incarcérés depuis le 10 avril 2003 (14 mois déjà) dans
des conditions inhumaines, pour « terrorisme » et « trafic
de drogue ». Quatorze mois donc que ces militants attendent que
le procureur de la Paz précise les inculpations dont ils font l'objet
et apporte des preuves à ces accusations... Une plainte a même été
déposée auprès de l'ONU pour détention arbitraire. Il s'agit également
pour la délégation de porter un message de solidarité aux trois détenus,
et surtout de demander à l'Etat Bolivien leur libération immédiate
et le respect de leurs droits de citoyens. La mission veut
enfin attirer l'attention sur les mesures de répression prises ces
derniers mois à l'encontre des mouvements paysans en Amérique Latine,
mesures qui cherchent à criminaliser leurs actions, en
appliquant pour ce faire la politique « antiterroriste »
du gouvernement américain. De telles paroles font résonner les mots
prononcés par le leader indien bolivien Evo Morales qui lors des « 50
ans » du Monde Diplomatique témoignait : « Avant-hier
on me traitait de communiste, hier de narcotraficant, et aujourd'hui
de terroriste... » . Depuis le 10 avril
2003, une lettre dénonçant les abus commis contre ces trois leaders
a circulé de par le monde, et recueilli l'appui de nombreuses organisations
et citoyens... Nous vous proposons
de joindre votre signature à cette lettre de protestation (traduction
par nos soins) : A Monsieur
Carlos D. Mesa Gisbert Monsieur le Président,
Nous venons par la présente
solliciter auprès de vous une intervention immédiate, selon les pouvoirs
que vous confèrent la constitution et la législation boliviennes, afin de mettre fin à l'injustice
commise contre le dirigeant paysan colombien Francisco Torres, incarcéré
depuis le 10 avril 2003 à La Paz. Monsieur Cortes a été calomnié
publiquement, accusé de charges inacceptables pour ceux qui, en Colombie
et en Europe, le connaissent pour son long parcours de leader social,
paysan et défenseur des droits humains. Nous voulons que vous sachiez
que nous demandons la libération immédiate de Francisco Cortes, et
des deux citoyens boliviens Claudio Ramirez et Carmelo Peñaranda,
qui ont été incarcérés en même temps que lui, pour l'avoir accueilli
solidairement devant la menace de mort permanente émanant de groupes
armés illégaux colombiens, pour contrer son travail social en tant
que leader paysan. Veuillez agréer, Monsieur
le Président, l'assurance de nos salutations distinguées. Merci d'adresser vos lettres
à misioncol@skynet.be,
en copie à vdm@fdh.org |
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A
l'initiative de la CONTAG (Confédération Nationale des Travailleurs
de l'Agriculture), la 10ème édition du Grito da Terra (le
Cri de la Terre) a mobilisé le milieu paysan ; il s'agit d'une
campagne nationale très mobilisatrice. Pour preuve, elle a culminé avec
la venue de 5000 travailleurs ruraux à Brasilia, du 16 au 18 mai, sur
un « acampamento » installé sur l'Esplanade des Ministères.
Au programme, des rassemblements, des séminaires, des manifestations et surtout des
rencontres avec divers ministères notamment celui du Développement Agraire.
Une manifestation devant le Ministère de la Justice a également eu lieu
pour protester contre l'assassinat de leaders syndicaux dans les campagnes
(avec remise de la liste des victimes au ministre de la justice)... Au total, ce sont
quelques 190 revendications qui ont été listées et présentées ;
elles concernent aussi bien des questions qui relèvent de l'urgence
que de problèmes structuraux du milieu rural. Les principales revendications
sont le déblocage de 13 millions de R$ pour le Plan SAFRA pour l'agriculture
familiale, l'installation de 115 000 familles au plus tard d'ici
2006 et un crédit supplémentaire
d'1,7 milliard de R$ pour la réforme agraire. Le but de cette opération
est de négocier avec le gouvernement. Cependant,
en l'absence de réponse satisfaisante de la part de ce dernier,
les participants pourraient radicaliser leurs actions. Quelques résultats semblent avoir été obtenus,
du moins d'après les déclarations faites à la fin du Grito par le Ministre
Rossetto qui a annoncé les mesures suivantes : l'expropriation
de 98,8 mille hectares sur lesquels le gouvernement espère installer
50 000 familles supplémentaires d'ici la fin du premier semestre (à
condition que cesse la grève de l'INCRA, qui paralyse le processus) ;
et l'augmentation de 5,4 milliards à 7 milliards de R$ des fonds pour
l'agriculture familiale pour la saison 2004-2005. Retour sur les luttes du mois d'avril « La Journée de lutte a aussi contribué
à découvrir davantage ceux qui, tapis, s'opposent à la réforme agraire.
La réaction des latifundiaires était bien sûr attendue. Pour eux, le
problème réside dans l'organisation et la mobilisation des sans terre
et non pas dans leur existence. En effet, ce n'est que lorsque les travailleurs
se mobilisent que la société brésilienne perçoit leur existence. Le comportement des
médias n'a pas été différent : ils ont donné aux mobilisations des espaces
dans leurs informations mais sans jamais faire vaciller leur positionnement
en faveur du latifundio [cf. brève suivante]. Cette répercussion
des luttes a eu comme effet que certains intellectuels défenseurs de
la structure agraire actuelle ont eu accès à davantage d'espaces dans
les médias. Parmi eux, quelques uns affirment que la question agraire
n'existe pas, car il n'y a pas de terres inexploitées. D'autres, s'efforcent
de démoraliser l'organisation des travailleurs, ses leaders et ses propositions
pour une autre agriculture brésilienne. « La Journée
de lutte a enfin obligé la classe politique à prendre position sur cette
question, notamment ceux qui ont une rhétorique suffisamment ambiguë
pour plaire à la fois aux latifundiaires et aux sans terre. La réforme
agraire ne pourra être faite en dehors de ce que la loi établit. Les
luttes et les mobilisations du MST vont exactement dans ce sens pour
que les préceptes de la Constitution Fédérale soient accomplis. « L'importance de l'unification des luttes : Au sein d'autres secteurs sociaux, de la campagne et des villes, grandit aussi la certitude sur le besoin de mobilisation pour obtenir des droits sociaux. Nous allons joindre nos luttes pour la réforme agraire à celles pour l'emploi, pour le logement, la santé, l'assainissement, les demandes des petits agriculteurs, la défense des terres indigènes, l'éducation publique de qualité... Il est important d'unifier
toutes les luttes, les luttes de ceux qui rêvent de la transformation
sociale de notre pays. » Détournement sémantique dans la presse : du bon et du mauvais usage des mots |
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Le comité de Lyon existe depuis 1997. Il est composé de sympathisants venant à titre individuel et de membres des associations ATTAC Rhône et Frères des Hommes ; cette dernière accompagne le mouvement depuis sa création en 1984. Grâce aux visites de représentants du MST en 1995, 1997 et 2002, ce comité a pu comprendre les enjeux de la réforme agraire et a tissé des liens avec un grand nombre de partenaires et d'associations. Le projet « Verveine Solidaire »Ce
projet est réalisé avec un agriculteur de la Confédération Paysanne,
qui vit à Chaussan (Monts du Lyonnais), et qui a accueilli un représentant
du MST. Le comité se réunit
depuis plus de un an pour planter, désherber, récolter, effeuiller,
ensacher la verveine. Les sachets sont vendus au cours des manifestations
organisées par le comité. Les bénéfices de la
vente seront versés à l'acampamento «Sebastião da Maia» à Querencia
do Norte dans l'état du Paraná au Sud du Brésil. Les fonds seront utilisés
pour l'achat de 5 vaches laitières afin d'améliorer la situation nutritionnelle
des enfants des 300 familles qui viennent d'occuper cette terre. Le but de ces familles
est de produire collectivement et d'ainsi assurer leur survie. Elles s'organisent solidairement pour répondre à leurs besoins de santé, d'éducation, d'équipement agricole, de transports et de construction de maisons. C'est dans ce cadre que le comité leur apporte son appui. N'hésitez pas à le
rejoindre ! Contact : Geny FAVRE
au 04 72 24 86 54 ou Sandrine MURGUE au 04 78 21 79 82 |
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| INFO terra, mensuel
édité par Frères des Hommes
9, rue de Savoie - 75006 PARIS. Tél : 01.55.42.62.62. Fax : 01.43.29.99.77. E-mail : fdh@fdh.org. Site : http://www.france-fdh.org Pour tout renseignement sur INFO terra, ou pour vous désabonner, Tél : 01.55.42.62.63 - Email : vdm@fdh.org Site
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Comité de rédaction : Susana Inez Bleil, Laurence Constantini, Isabelle Dos Reis, Jean-Yves Martin, Jean-Luc Pelletier, Agnes van Ginneken. Coordination : Laurence Constantini Photo : Brésil, 1996. Droit réservés : Sébastião Salgado/ Amazonas Images Conformément à la loi Informatique et Libertés
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