Le Mouvement des Sans Terre Réforme Agraire au Brésil
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Info Terra

n° 68 - Juin 2006

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* SOMMAIRE

ANALYSE : Action du MLST : un épisode violent, cache-misère du bilan gouvernemental
ACTUALITE : - Affaire Dorothy Stang : la justice avance
- Le Tribunal permanent des peuples juge l'action des transnationales européennes en Amérique latine
- Solidarité avec le gouvernement bolivien : "La souveraineté ne se discute pas, elle se respecte"
SOLIDARITE : Campagne de lettres pour la désapropriation de la fazenda Gerra, dans le Rio Grande do Sul

* ANALYSE

Le saccage du Congrès à Brasilia par le Mouvement de libération des sans terre (MLST) le 6 juin, a remis la question paysanne à l'ordre du jour. Mais qu'est-ce donc que ce Mouvement, responsable de l'épisode ? Cette action n'est-elle pas de nature à aggraver la criminalisation des mouvements sociaux ? Ne jette-t-elle pas, à la veille des élections présidentielles d'octobre, un écran de fumée sur le bilan calamiteux du gouvernement Lula sur la réforme agraire ?

Un épisode violent, cache-misère du bilan gouvernemental

Que s'est-il passé le 6 juin ?

Le mardi 6 juin 539 sans terre - dont 42 enfants - se réclamant du Mouvement de libération des sans terre (MLST), entraient d'abord dans l'annexe 2 des commissions de la chambre des députés du parlement fédéral à Brasilia, avant de pénétrer dans le Salon Vert principal. Mal contenue, cette manifestation « fourre-tout » (travail esclave, budget fédéral, reforme agraire) tournait rapidement à la destruction de vitres et de mobilier. Les manifestants renversaient finalement une automobile - objet d'une loterie en faveur des personnels - sur les vitres d'un hall. L'affrontement avec le service d'ordre se soldait par une vingtaine de blessés. [1]

Aldo Rebelo (PCdB), président de la chambre, a condamné cette manifestation, aux « méthodes violentes » de « déprédation du patrimoine public », ayant blessé des « innocents sans défense ». « Nous ne pouvons pas admettre l'usage de la violence à l'intérieur des dépendances de la Chambre ».

Dans la confusion, les parlementaires proches des mouvements paysans, n'ont pu cacher leur désappointement et ont tenté d'organiser une négociation entre les manifestants, le Depol (Département de la police législative) et la présidence de la chambre. De leur côté, le groupe parlementaire et la Commission exécutive du Parti des travailleurs (PT) ont aussitôt publié des communiqués, se prévalant de « l'autorité de ceux qui se sont toujours opposés aux tentatives de criminaliser les mouvements sociaux ». Ils déclarèrent « que la violence et le vandalisme pratiqués à la chambre ne servent pas les objectifs d'aucun mouvement social ».

Qu'est-ce que le MLST ?

B.M.Fernandes - géographe du NERA-DATALUTA [2] - a rappelé qu'il existe 63 mouvements paysans identifiés au Brésil, réunissant au total 100.000 familles, dont la moitié pour le MST. Les deux seuls mouvements qui ont une action nationale sont le MST et la CONTAG (Confédération nationale des travailleurs de l'agriculture). « Tous les autres sont des mouvements régionaux, à l'échelle des Etats et certains n'agissent que dans un municipe ». Il indiquait que ce sont des dissidents du MST qui ont créé le MLST en 1997 : « Il réunit des familles pour revendiquer la terre et n'est qu'un très petit mouvement dont les bases principales se situent dans les Etats de Minas Gerais, São Paulo et Rio Grande do Norte ». Il diffère donc du MST, qui agit dans tout la pays, soulignant qu'il « n'est pas dans la tradition de ces mouvements d'agir avec violence ».

Dans une entrevue d'avril 2005, M.A.Mitideiro, géographe de l'UFPB [3], auteur d'une recherche sur « Les contradictions de la lutte pour la terre : le cas du MLST », expliquait que ce mouvement était « né sous la coordination politique de Bruno Maranhão, un ancien militant du PCBR (Parti communiste brésilien révolutionnaire, maoïste), qui a contribué à la fondation du PT » de Lula.

M.A.Mitideiro rappelle aujourd'hui [4] que le MLST, « comme il est petit, a une structure de pouvoir plus centrée sur des dirigeants nationaux, comme Bruno Maranhão. C'est un noyau stratégique qui pense le mouvement. C'est différent du MST, uni dans la diversité, qui est extrêmement autonome et décentralisé. Ce n'est pas Stédile qui pense les actions, la base ayant son autonomie ». La hiérarchisation verticale et le faible degré d'autonomie du MSLT se révèle dans l'inconsistance des positionnements des adhérents. Ainsi nombre de ceux qui ont participé au 6 juin, ont reconnu qu'ils n'avaient pas été dûment informés et préparés pour cette action. Après l'action, leur leader, Bruno Maranhão, a d'abord proclamé : « Nous ne sommes pas des vandales, mais des militants. Nous voulons transformer ce pays en un pays socialiste, sans exclusion sociale ». Questionné par les journalistes sur son appartenance à la direction du PT, irrité, il a finalement reconnu : « Oui, je suis à la direction du PT ! ». Ce n'est pas un adhérent quelconque : fondateur du parti, membre de l'Exécutif national depuis des années, il est y est secrétaire national chargé des mouvements sociaux !

La réforme agraire de Lula I : un « processus autophagique »

Répondant au journal Le Monde, le président Lula - après avoir indiqué qu'il n'avait « jamais tenu à l'étiquette de gauche" - à la question : « En matière de redistribution des terres, avez-vous tenu vos promesses ? » a répondu, très laconiquement, par cette affirmation : « En huit ans de gouvernement, mon prédécesseur a exproprié, au titre de la réforme agraire, 18 millions d'hectares. Moi, en trente-six mois, j'ai exproprié 22 millions » [5].

Pour M.A.Mitideiro, « le gouvernement Lula est un échec dans ce domaine. Le nombre des paysans installés (assentados) est plus faible que celui du gouvernement Sarney [6] ». Et si l'action du gouvernement Lula à ce sujet est une « grande déception », on doit l'attribuer à deux facteurs : «  la permanence du pouvoir du lobby parlementaire des ruralistes [7] et le choc des visions des conseillers gouvernementaux et des mouvements paysans sur la réforme agraire ». Concernant le lobby ruraliste, les conclusions de la CPMI (Commission mixte d'enquête parlementaire), qui ne portent aucunement sur la question agraire mais visent avant tout à criminaliser les sans terre, vont bien dans le sens des attentes de l'oligarchie rurale [8] .

Par ailleurs, les conseillers agraires du PT, qui gravitent autour de José Graziano, partent d'une conception différente de celle des mouvements sociaux. S'inspirant d'un soi-disant pronostic de Marx - qui pensait que le paysannat allait disparaître pour ne plus laisser face à face que deux classes, le prolétariat et la bourgeoisie - les conseillers du PT en arrivent à cette affirmation dogmatique : « le paysannat est archaïque, traditionnel, attardé et va cesser d'exister ». D'où leur conclusion : « Si le paysannat doit disparaître, à quoi bon une réforme agraire ? ».

S'il y a eu de « l'enthousiasme quand Lula est arrivé au pouvoir : on pensait qu'il allait exproprier les latifúndios improductifs comme jamais, ça ne s'est pas produit ». L'obstacle provient de la gamme d'alliances du PT pour être et rester au pouvoir. Dans ces conditions politiques, le gouvernement a adopté la mesure provisoire contre les occupations. Il a cherché à s'appuyer sur d'autres mouvements paysans (MPA, MLST) que le MST. Malgré tout, la lutte pour la terre est restée en partie efficace et il y a eu des installations (assentamentos), mais très précaires. « Littéralement, les familles paysannes ont été jetées sur le terrain : 80% n'ont pas l'électricité, 70% l'eau courante ». On peut parler de « favelisation des assentamentos ». Lula en vient à tenir un discours de « revitalisation des assentamentos de F.H.Cardoso ».

Pour le géographe BM Fernandes, la politique agraire du gouvernement Lula en est même arrivée peu à peu à remplacer le « clonage » - simple re-comptabilisation d'assentamentos déjà créés à l'époque du gouvernement F.H.Cardoso - par « l'autophagie » [9] , avec des assentamentos créés principalement sur des terres publiques, donc sans expropriations nouvelles de latifúndios, ce qui n'est évidemment pas de nature à corriger les inégalités foncières qui restent ainsi inchangées :

« Aujourd'hui, une question importante est : comment le gouvernement Lula traite-t-il de la réforme agraire ? Selon les résultats de 2003 à 2005, nous avons analysé la tendance suivante. En 2003 le gouvernement a installé 36.000 familles, dont 24% sur des terres expropriées et achetées et 76% sur des lots d'assentamentos déjà existants. En 2004, le gouvernement Lula a installé 81.000 familles, dont 32% en terres expropriées ou achetées et 68% sur des lots d'assentamentos déjà existants. En 2005, le gouvernement Lula a installé 127.000 familles, dont 21% en terres expropriées ou achetées , 39% dans des assentamentos réalisés sur des terres publiques et 16% dans des assentamentos déjà existants sur des terres publiques.

Ces chiffres révèlent que dans les trois années du gouvernement, seulement 25% des familles ont été installées sur des terres expropriées. Nous observons un nouvel art dans la politique de reforme agraire pour atteindre les objectifs : le processus d'autophagie. Autrement dit, la majeure partie des familles a été installée dans des assentamentos déjà existants ou dans des assentamentos implantés sur des terres publiques ou dans des assentamentos déjà existants dans des terres publiques.

La précarisation de la politique de réforme agraire et des politiques agricoles, qui est la marque de tous les gouvernements, est en train d'expulser les familles installées. A la place de familles installées chassées [qui, par exemple, abandonnent leur lot, faute d'un soutien technique ou financier suffisant], sont installées d'autres familles. Le problème ne se résout pas en soi, il se reproduit de lui-même.

C'est pourquoi, conclut-il, les mouvements sociaux doivent être vigilants à ce que la réforme agraire se nourrissent de latifúndios et non d'assentamentos ».

***

L'impact de cette affaire ne sera sans doute pas le même selon le niveau de connaissance que l'on a du problème de la terre au Brésil. Pour les personnes peu informées, qui ne font pas la différence entre les divers mouvements sociaux réclamant le partage des terres, elle a et continuera à avoir un impact très négatif sur la cause de la réforme agraire. Les ruralistes vont se sentir encore plus légitimisés à utiliser la violence.

 

Auprès de ceux qui connaissent le problème et tout particulièrement auprès de la classe politique, il est possible que le MST gagne en crédibilité par le fait que ses responsables et ses militants ne se sont pas laissé aller à de tels débordements. Cela peut aussi contribuer à une meilleure structuration et à une meilleure collaboration entre les mouvements sociaux.

 Jean-Yves Martin


[1] « Manifestação por reforma agrária termina em quebra-quebra », Ag. Carta Maior, 7 juin 2006.

[2] NERA : Núcleo de Estudos, Pesquisas e Projetos de Reforma Agrária . Centre d'études, de recherches et de projets sur la réforme agraire, créé en 1998, au sein du département de géographie de l'UNESP, Universidade Estadual Paulista  - DATALUTA est la Banque de données pour la terre, et est un programme développé par ce centre de recherches. Site web : http://www2.prudente.unesp.br/dgeo/nera/

[3] Universidade Federal da Paraíba

[4] Marco Mitideiro, "Ruralistas e marxistas atrapalharam", Valor Econômico , São Paulo, 12 juin 2006

[5] "Comment Lula gère un futur géant", Le Monde, 24 mai 2006

[6] Président du Brésil de 1985 à 1990, juste après la fin de la dictature militaire (1964-1984)

[7] Parlementaires liés à l'UDR, l'Union démocratique ruraliste, organisation très conservatrice défendant l'intérêt des grands propriétaires terriens. Ce n'est pas un parti politique.

[8] A ce sujet, lire Info Terra n°63 de décembre 2005

[9] Bernardo Mançano Fernandes « Da "clonagem" à "autofagia": o dilema da reforma agrária no Brasil », Artigos Dataluta, janvier 2006 ( adresse URL : http://www2.prudente.unesp.br/dgeo/nera/ARTIGOS%20DATALUTA.exe)


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* ACTUALITE DE LA REFORME AGRAIRE

Affaire Dorothy Stang : la Justice avance... pourra-t-elle aller jusqu'au bout ?

Le 27 avril dernier, Amair Feijoli da Cunha, connu sous le nom de Tato, a été condamné par le Tribunal de justice du Pará à 18 ans de prison, pour avoir servi d'intermédiaire entre les fazendeiros Vitalmiro Bastos de Moura, dit Bida, et Rigivaldo Galvão, dit Taradão,  les deux commanditaires présumés de l'assassinat de soeur Dorothy Stang, et Rayfran das Neves et Clodoaldo Batista, les deux pistoleiros ayant mis fin à la vie de la missionnaire nord-américaine, le 12 février 2005 [1].

Ces deux derniers avaient été jugés en décembre 2005, et condamnés respectivement à 27 et 18 années de prison - peines qu'ils encourent actuellement. Les deux fazendeiros quant à eux, attendent toujours - mais une fois n'est pas coutume au Brésil : derrière les barreaux - d'être jugés, par ce même tribunal. Leurs avocats ont présenté divers recours - dont une demande d'habeas corpus en faveur de Taradão -, mesures que la famille de la victime, la CPT et autres organisations de défense des droits humains voient comme autant de moyens pour tenter de paralyser le procès.

Tato, accusé d'homicide volontaire, a vu néanmoins sa peine réduite de 27 à 18 ans, pour avoir confessé son rôle dans l'assassinat, et donné les noms de Bida et Taradão comme étant les deux commanditaires. Dans sa déposition, il aurait rapporté les propos de conversations tenues avec ces deux derniers : « tant qu'on n'en finira pas avec cette femme, on n'aura pas la paix sur les terres d'Anapu ».

Le cas du jugement des meurtriers de Dorothy Stang est exemplaire pour ce qu'il a d'exceptionnel : alors que, par exemple, les responsables du massacre d'Eldorado dos Carajás n'ont toujours pas été jugés dix ans après les faits, dans le cas de la missionnaire nord-américaine, la pression internationale (des Etats-Unis notamment) a fait en sorte que trois sur cinq des personnes impliquées aient déjà dû répondre devant la justice. D'aucuns rétorqueront que le plus dur reste encore à faire : juger et condamner les deux fazendeiros, les deux supposés véritables responsables... C'est la raison pour laquelle les défenseurs des droits humains militent pour la fédéralisation des jugements de crimes pour violation de droits humains, afin de redonner son indépendance à la Justice, souvent complice des divers intérêts économiques et politiques locaux, dans le Pará plus qu'ailleurs.


[1] Lire Info Terra n°57 de mars 2005


Le Tribunal permanent des peuples juge l'action des transnationales européennes en Amérique latine

Du 10 au 13 mai à Vienne (Autriche), dans le cadre du sommet alternatif Europe-Amérique latine, Enlazando Alternativas 2 (Tisser des alternatives), qui se tenait en parallèle du sommet officiel des chefs d'Etat et de gouvernement des deux continents, le Tribunal permanent des peuples (TPP) [1] s'est réuni pour étudier les effets néfastes des politiques néolibérales appliquées par les entreprises transnationales européennes en Amérique latine et dans les Caraïbes. Deux jours durant, experts et représentants d'organisations et de mouvements sociaux des deux continents ont témoigné autour de cas divers impliquant les entreprises européennes, dont les auditions avaient été regroupées par secteurs d'activités : services publics (eau, électricité), ressources naturelles (hydrocarbures, tourisme, exploitation minière et foncière), secteur agro-alimentaire (agrotoxiques, industrie du soja et du tabac, exploitation forestière et production de cellulose), monde du travail, monde des finances. Dans ce contexte, le cas des agissements de l'entreprise Aracruz Celullose (cf. Info terra n°66), emblématique du développement à grande échelle de la monoculture forestière d'eucalyptus, a fait l'objet d'une session d'explications et de témoignages par des experts environnementaux, des représentants indigènes et des militants sociaux brésiliens (Terra de Direito, FASE et Via Campesina Brésil), qui ont présenté contre l'entreprise des preuves de violations de la législation autour de trois grands piliers : occupation indue et acquisition frauduleuse de terres, actions violentes d'expulsions et de déplacements forcés de populations traditionnelles et paysannes (violation des articles 231 et 68 de la constitution brésilienne), et violations du droit du travail, entre autres.

Dans son document final, le TPP a reconnu le sérieux des accusations présentées, et par conséquent la responsabilité de toutes les entreprises mises en cause, pour violation du droit d'accès aux services de base essentiels, violation du droit à la terre, violation du droit à la souveraineté et à la sécurité alimentaire, violation des droits du travail, violation des droits des peuples indigènes, violation des droits environnementaux, violation des droits politiques et civiques. Selon le TPP, cette responsabilité n'est pas du seul fait de ces entreprises, elle est partagée avec les gouvernements d'accueil et l'Union européenne, permettant ainsi aux entreprises d'appliquer en Amérique latine des normes beaucoup plus flexibles que les normes pratiquées en Europe. Au regard de ces accusations presque sans appel, le mythe selon lequel les transnationales européennes seraient plus « clémentes » que les entreprises nord-américaines ne tient plus.

Le TPP devrait se réunir à nouveau en 2008, lors du prochain sommet bi-continental à Lima (Pérou), après avoir mené des enquêtes approfondies sur tous les cas présentés. Il conclut ainsi son document final : « la complexité et le sérieux des accusations et des violations correspondantes exigent des enquêtes en profondeur, en vue de contribuer au développement d'instruments juridiques internationaux qui rendraient les entreprises transnationales réellement et effectivement responsables de leurs pratiques ». Il devra alors rendre son jugement définitif, en présence des entreprises accusées, qui pourront présenter une défense. Pour certains néanmoins, dont les représentants indigènes témoins dans le cas d'Aracruz, « 2008 est une date beaucoup trop lointaine, et d'ici là l'entreprise suédo-brésilienne aura le temps d'en finir avec leurs terres ».

  • Pour lire la déclaration finale du TPP, cliquez ici
  • Pour lire l'article de João Pedro Stédile sur le TPP, cliquez ici
  • Pour signer le manifeste-poème en solidarité avec les femmes de La Via Campesina, suite à l'action contre l'entreprise Aracruz, cliquez ici

[1] Le Tribunal Permanent des Peuples est né en juin 1979 à la suite d'un séminaire organisé par l'Université de Bologne sur les droits de l'homme et les droits des peuples. Il est le prolongement du Tribunal Russell I sur le Vietnam et du Tribunal Russell II sur l'Amérique latine. Il a pour but d'offrir à l'opinion publique la possibilité de prononcer un jugement moral (tribunal des consciences) dans les cas où les lois en vigueur ne consentent pas de procès et de jugements normatifs. Il a un caractère permanent, et se caractérise par le pluralisme idéologique des membres du jury, choisis en fonction de leurs hautes qualités morales, scientifiques, littéraires ou autres.


Solidarité des mouvements sociaux brésiliens avec le processus de nationalisation des hydrocarbures en Bolivie : « La souveraineté ne se discute pas, elle se respecte ».

Le 1er mai dernier, le gouvernement d'Evo Morales, au pouvoir depuis le 22 janvier, a décrété la nationalisation des hydrocarbures de son pays. Si cette mesure - sans confiscation ni expulsion, mais renégociation des contrats en vigueur - étaient attendue par la majorité du peuple bolivien - qui par ailleurs en avait décidé ainsi lors d'un referendum en 2004, et dont l'application correspond à l'une de ses exigences en élisant le premier président indigène du sous-continent -, la nouvelle a semblé prendre de surprise un certain nombre de secteurs économiques. C'est ainsi en tout cas qu'elle a été présentée par les grands médias brésiliens, qui s'en sont donné « à coeur joie » dans la démonisation du tout récemment élu président bolivien, dont la décision, selon eux, remet en jeu l'intégration et la stabilité régionales, et correspond à une mesure « passéiste ». Il faut dire que le Brésil a des intérêts accrus en matière d'hydrocarbures chez son voisin bolivien : l'entreprise pétrolière publique Petrobrás contrôle par son activité 20% du PIB de la Bolivie, et en importe 51% du gaz consommé dans le pays. Le jeu des médias a été si cinglant - en présentant les événements comme une crise diplomatique d'une ampleur inégalée entre les deux pays -, que le président Lula lui-même a dû intervenir pour réaffirmer son soutien au président bolivien, et se distancier ainsi des propos tenus par les responsables de Petrobrás qui, il faut le rappeler, n'est aujourd'hui publique qu'à hauteur 37% (60% appartiennent à des entreprises privées, dont 49% à des entreprises étasuniennes).

Devant ce déchaînement médiatique, des mouvements sociaux brésiliens - dont le MST, parmi une soixantaine d'organisations signataires - ont tenu à exprimer, dès le 3 mai, leur soutien au peuple et au président boliviens, en diffusant un manifeste revendiquant le droit à la souveraineté de la Bolivie : après cinq siècles de spoliation de ses ressources naturelles par les puissances coloniales et impériales, le pays le plus pauvre d'Amérique latine a, selon les mouvements, toute légitimité à reprendre le contrôle de celles-ci, au profit du développement du pays et de l'amélioration des conditions de vie de la population. L'occasion aussi de rappeler justement que Petrobrás avait été partiellement (mais majoritairement) privatisée sous le mandat de Fernando Henrique Cardoso (en 1997), mesure tout à fait irrationnelle dans le contexte de croissance de la demande en pétrole au niveau international : une mesure qui avait favorisé des intérêts économiques puissants, mais pas ceux de la nation brésilienne. Somme toute, ce manifeste de soutien au président bolivien est une nouvelle occasion pour les mouvements sociaux brésiliens d'énoncer une critique à peine voilée face aux orientations prises par l'Etat brésilien, initiées par FH. Cardoso, et poursuivies par Lula.

« La souveraineté ne se discute pas, elle se respecte ! », sonne comme un message envoyé à l'attention du mandataire brésilien...

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* SOLIDARITE AVEC LES SANS TERRE

Appel à la solidarité nationale et internationale : une campagne de lettres pour la désappropriation de la fazenda Guerra

Le MST a lancé à la fin du moi de mai, une campagne (toujours en cours) pour la désappropriation de la fazenda Guerra, dans l'état du Rio Grande do Sur. Il s'agit d'une propriété de 7 mille hectares dans le municipe de Coqueiros do Sul, appartenant à la famille Guerra, qui occupe 30% des terres du municipe et n'emploie que 15 personnes, de manière saisonnière. Selon l'analyse du MST, cette zone pourrait être transformé en assentamento pouvant accueillir 450 familles, créer au moins 950 emplois directs, développer une production diversifiée et agroécologique, dynamiser ainsi l'économie locale, et produire des aliments pour la population qui souffre de la faim. Depuis le mois de février, 1500 familles campent aux alentours de la fazenda, subissant de plus en plus de pressions et de répression par la police et les autorités locales.

Pourtant, tout près de la fazenda Coqueiros, il y a la fazenda Anonni, l'une des grandes réussites du MST, et objet notamment des films documentaires réalisés par Têtê Morais : « Uma terra para Rose » et « O Sonho da Rose ». De 9 mille hectares, la fazenda avait été expropriée en 1986 et 420 familles y ont été installées. L'assentamento produit aujourd'hui, par an, 20 mille sacs de blé, 35 milles de maïs, 45 tonnes de fruits, 800 têtes de bétails, 5 mille de porcs et 10 tonnes de légumes.

L'action a le soutien de 23 municipalités de l'état du Rio Grande do Sul, ainsi que d'un certain nombre d'autorités locales. Le 24 mais, 300 représentants des familles ont participé à l'envoi d'une lettre collective dans une agence des Correios (équivalent de la Poste) à Porto Alegre, action qui s'est répétée dans plusieurs localités de l'état, à l'initiative de la Via Campesina Brésil.

La nouveauté de la campagne, c'est que nous pouvons tous y participer, en envoyant une lettre au président Lula et au président de l'INCRA. A vos claviers donc !!

Texte à recopier et à adresser par courriel ou par courrier postal aux adresses suivantes :

Adresses postales :

Presidência da República Federativa do Brasil

Palácio do Planalto

Praça dos 3 Poderes

Brasília - DF

CEP: 70150-900

 

Instituto Nacional de Colonização e Reforma Agrária - INCRA

SBN - Edifício Palácio do Desenvolvimento

Brasília - DF

CEP: 70057-900

PABX: 3411-7474

 

Sr. Presidente da República, Luiz Inácio Lula da Silva

Sr. Presidente do Incra, Rolf Hackbart

 

Pedimos atenção para o que está ocorrendo no município de Coqueiros do Sul, na região norte do Rio Grande do Sul. Lá, cerca de 1,5 mil famílias de trabalhadores rurais Sem Terra estão acampadas desde fevereiro, denunciando à sociedade a existência de um latifúndio de mais de 7 mil hectares, a Fazenda Guerra. As famílias Sem Terra estão sofrendo a perseguição do Governo do Estado, da Polícia Militar, da Justiça, do latifúndio da terra e do latifúndio da mídia do Rio Grande do Sul.

 

A Fazenda Guerra abrange 30% da área do município e representa um atraso para a região. Um assentamento nesta área poderia abrigar 450 famílias de agricultores, gerando no mínimo 950 empregos diretos e desenvolvendo uma produção diversificada, que vai gerar renda pra a região.

 

Diante das constantes violações aos direitos humanos que as famílias Sem Terra têm sofrido nessa região e do descompromisso do Governo do Estado com a Reforma Agrária, solicitamos que o Governo Federal faça a desapropriação deste latifúndio.

 

EU APÓIO A DESAPROPRIAÇÃO DA FAZENDA GUERRA!

 

[Votre signature : nom, prénom, pays]

 
Traduction du message :

Monsieur le Président,

J'ai l'honneur d'attirer votre attention sur les évènements récents survenus dans la commune de COQUEIROS DO SUL (Rio Grande do Sul).

Dans cette commune, environ 1500 familles de travailleurs ruraux sans terre campent depuis le mois de février, afin d'attirer l'attention sur l'existence d'un latifundio de 7000 hectares : la Fazenda GUERRA. Ces familles ont été l'objet de persécutions de la part du gouvernement de l'état, de la police militaire, de la Justice, des grands propriétaires et des grands médias.

La Fazenda GUERRA qui représente 30% de la surface de la commune, est un facteur de retard. En effet, l'installation sur cette propriété des 450 familles qu'elle pourrait abriter, créerait 950 emplois directs, serait à l'origine d'une production diversifiée, apportant de la richesse dans cette région.

Face aux régulières atteintes aux droits de l'homme dont ces familles sans terre sont victimes et face au désengagement du gouvernement de l'état de Rio Grande do Sul par rapport à la réforme agraire, j'ai l'honneur de vous demander d'intervenir pour que le gouvernement fédéral exproprie cette fazenda.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l`assurance de ma haute considération.

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Coordination : Isabelle Dos Reis

Photo : Brésil, 1996. Droits réservés/Sebastião Salgado
 
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