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Pour renforcer son action en France et en Europe et, à
travers cela, ses partenaires au Sud, Frères des Hommes mène
dans chaque pays européen où l'association est présente,
des actions d'éducation au développement et de sensibilisation
de l'opinion publique.
Notre objectif est de participer au développement de solidarités
entre le Nord et le Sud mais aussi au sein même de ces sociétés.
L'éducation au développement veut être un moyen pour
réduire les inégalités dans la répartition
des richesses (sociales, économiques, culturelles et politiques),
elle veut faire connaître et comprendre les mécanismes de
l'interdépendance entre les sociétés, elle recherche
une sensibilisation et une prise de conscience de ces phénomènes.
Enfin, elle se veut active en proposant des actions concrètes,
inscrites dans le temps et dépassant la notion d'aide, en soutenant
l'organisation des mouvements sociaux, en fédérant les résistances
au modèle dominant excluant et en développant les échanges
Sud/Nord, Nord/Sud et Sud/Sud.
Le terme même d'éducation au développement donne
lieu à des débats. Nous mettons en place des actions éducatives
mais pour quel développement ? L'acte éducatif sous-entend
une finalité, des objectifs opérationnels, pédagogiques
et une cible, c'est-à-dire un public. Les débats sur le
modèle de développement promu à travers cet acte
éducatif sont nombreux mais jamais tranchés. Certains préfèrent
au terme d'éducation au développement celui d'éducation
à la solidarité internationale, cette appellation ayant
l'avantage de mettre de côté la question du modèle
de développement soutenu ; en effet, ce terme employé aussi
bien par les associations de solidarité internationale que par
les pouvoirs publics ou les institutions internationales revêt bien
des différences selon les interlocuteurs.
Néanmoins, l'emploi du terme développement pose les bases
réelles du questionnement. C'est bien sur le développement
global (social, économique, politique et culturel, environnemental)
de la planète que nous voulons agir pour créer, ensemble,
un monde plus juste et solidaire.
Eduquer à la solidarité internationale,
pourquoi et comment ?
Depuis l'émergence des organisations de solidarité internationale
en France et en Europe, ces dernières ont souvent couplé
leurs actions de terrain au Sud avec des actions éducatives au
Nord à différentes visées au cours du temps.
Dans les années 50, avec la prise de conscience des réalités
du Tiers-Monde, les organisations européennes qui agissaient majoritairement
à l'époque sur un modèle d'aide caritative, organisaient
des actions de communication et d'éducation qui visaient essentiellement
par la mobilisation financière l'affect du public. A l'époque,
dans un contexte marqué par les " 30 glorieuses ", il
y avait un seul modèle de développement reconnu, basé
sur une croissance économique soutenue qu'il fallait transposer
aux sociétés du Sud.
Dans les années 60, le contexte évolue fortement (émergence
des mouvements de libération des peuples en lutte contre les dictatures
naissantes, naissances de nouveaux mouvements sociaux dans les sociétés
du Nord : féminisme, mouvements pour la paix, écologistes
).
Ces changements dans les sociétés ont amené les organisations
de solidarité internationale agissant dans le domaine éducatif
à revoir leur positionnement. L'idée de créer un
nouvel ordre mondial, solidaire des peuples en lutte prend peu à
peu une nouvelle dimension. Et à la place de descriptions, les
actions d'éducation au développement s'attèlent à
analyser les causes et les conséquences du développement
et du sous-développement.
L'avènement de la crise des sociétés du Nord dans
les années 70 apporte de nouveaux changements et la réflexion
se nuance encore. On s'aperçoit de la présence d'un Sud
dans le Nord et d'un Nord dans le Sud, le concept d'interdépendance
s'affirme alors : les problèmes de développement sont présents
dans les sociétés du Sud mais aussi dans les sociétés
du Nord. La question du mal-développement fait son apparition alors
que le concept de développement autocentré est reconnu au
grand jour.
Les années 80 valident de plus en plus le concept d'interdépendance
car les tendances néo-libérales s'affirment au niveau mondial
et leurs conséquences sont de plus en plus criantes : une grande
partie de la population mondiale se paupérise et les institutions
financières internationales (Banque Mondiale, Fond Monétaire
International) se renforcent, tout comme le poids des multinationales.
D'un autre côté, les pouvoirs publics en Europe créent
des lignes budgétaires pour les actions de sensibilisation de l'opinion
publique et évaluent leurs politiques en la matière.
Enfin, dans les années 90, le constat de l'accroissement des écarts
entre ceux qui cumulent les richesses et le pouvoir et ceux qui en sont
exclus amène de nouvelles découvertes en terme d'interdépendance
des sociétés (blanchiment d'argent, trafics de drogues et
d'armes
).
Dans ce contexte et au regard de cette évolution,
comment définir aujourd'hui l'éducation au développement
?
Eduquer au développement relève d'une double logique complémentaire,
relevant d'un processus de formation permanente.
Tout d'abord éduquer au développement c'est aider à
comprendre la complexité du monde au travers de deux axes principaux
: la prise de conscience des interdépendances économiques,
sociales, culturelles, écologiques entre les populations du Nord
et du Sud ; la compréhension et la reconnaissance de l'autre comme
individu différent, inséré dans des groupes ayant
leurs logiques propres et parfois contradictoires.
Ensuite, éduquer au développement, c'est amener à
agir, en tenant compte de cette complexité, pour la construction
d'un monde solidaire. Comprendre le pouvoir de chacun en agissant sur
son environnement et celui des autres, comprendre l'efficacité
renforcée des actions lorsqu'elles sont collectives, faire émerger
des idées d'actions concrètes et de comportements quotidiens
qui dépassent la notion d'aide et qui s'inscrivent dans la durée.
L'éducation au développement veut donc peser pour transformer.
C'est un travail structurel qui s'attaque aux causes du mal-développement,
culturel en faveur du changement des mentalités et de notre appréhension
de la complexité du monde et politique en promouvant des changements
dans nos comportements individuels et collectifs.
Au sein de Frères des Hommes France, les actions d'éducation
au développement sont autant portées par les équipes
locales que par le secrétariat permanent de l'association. Souvent
basés sur les réalités de nos partenaires, nous observons
deux grands types d'action : les échanges ciblés entre acteurs
du Sud et du Nord et les actions créées autour de thématiques
travaillées par nos partenaires (droit à la terre, économie
solidaire, lutte contre les discriminations
).
Echanger pour construire des solidarités entre organisations du
Sud et du Nord. Les organisations aussi diverses soient-elles (syndicats,
acteurs de l'économie solidaire, groupes socioprofessionnels
)
sont des cibles privilégiées de ces échanges entre
acteurs. A travers la connaissance réciproque des organisations,
des contextes et des problématiques, ces échanges permettent
la recherche de synergies entre partenaires. Ces dynamiques sont également
pour les équipes locales qui les suivent de très bons supports
pour monter auprès du public local des actions spécifiques
de sensibilisation et d'éducation au développement. Ces
échanges permettent en outre d'appréhender de manière
concrète le partenariat vécu entre Frères des Hommes
et ses partenaires, partenariat qui ne se limite pas à de simples
soutiens de programmes. Les échanges peuvent ainsi prendre des
formes diverses : immersion réciproque, formations croisées,
participation de partenaires Sud à des actions d'éducation
au développement menées en Europe, appui à la mise
en réseaux
Les programmes d'éducation au développement développés
par l'association se construisent aussi avec et pour les équipes
locales. Ils comprennent souvent un volet échanges entre acteurs
mais aussi de la création pédagogique pour favoriser l'implication
des équipes et relais locaux dans la thématique travaillée.
Participent également à la définition et à
la réalisation de ces projets des partenaires Sud (par exemple
le MST, Brésil, ADEC-ATC, Pérou, FEDINA, Inde
). Ce
travail avec nos partenaires permet de définir au plus juste notre
discours et nos actions ici tout en gardant une relation directe avec
les acteurs de terrain ayant une expertise sur une problématique.
Ces actions visent à mieux faire connaître ici la complexité
du travail de nos partenaires, leurs stratégies, leurs alliances
pour atteindre leurs buts. Mais elles visent aussi un questionnement réciproque
sur notre société : comment cette problématique Sud
se retrouve ici ? Comment est-elle traitée ? Comment puis-je agir
dans ce cadre ? Comme individu, comme citoyen ?
Enfin, pour donner plus de poids à certaines actions, des associations
françaises de solidarité internationale - et parfois des
syndicats, des associations de consommateurs, des mouvements d'éducation
populaire - se regroupent en collectif pour mener ensemble des campagnes
spécifiques. Frères des Hommes France participent à
plusieurs de ces campagnes collectives, au niveau local et au niveau national.
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