Accueil  
Actualités
Le projet TERRA Le Mouvement des Sans Terre Réforme Agraire au Brésil Comment agir ? Un réseau de soutien
LE PROJET TERRA : Naissance | Publications | Rencontres | Echanges | En Europe

L'éducation au développement

Pour renforcer son action en France et en Europe et, à travers cela, ses partenaires au Sud, Frères des Hommes mène dans chaque pays européen où l'association est présente, des actions d'éducation au développement et de sensibilisation de l'opinion publique.
Notre objectif est de participer au développement de solidarités entre le Nord et le Sud mais aussi au sein même de ces sociétés. L'éducation au développement veut être un moyen pour réduire les inégalités dans la répartition des richesses (sociales, économiques, culturelles et politiques), elle veut faire connaître et comprendre les mécanismes de l'interdépendance entre les sociétés, elle recherche une sensibilisation et une prise de conscience de ces phénomènes. Enfin, elle se veut active en proposant des actions concrètes, inscrites dans le temps et dépassant la notion d'aide, en soutenant l'organisation des mouvements sociaux, en fédérant les résistances au modèle dominant excluant et en développant les échanges Sud/Nord, Nord/Sud et Sud/Sud.

Le terme même d'éducation au développement donne lieu à des débats. Nous mettons en place des actions éducatives mais pour quel développement ? L'acte éducatif sous-entend une finalité, des objectifs opérationnels, pédagogiques et une cible, c'est-à-dire un public. Les débats sur le modèle de développement promu à travers cet acte éducatif sont nombreux mais jamais tranchés. Certains préfèrent au terme d'éducation au développement celui d'éducation à la solidarité internationale, cette appellation ayant l'avantage de mettre de côté la question du modèle de développement soutenu ; en effet, ce terme employé aussi bien par les associations de solidarité internationale que par les pouvoirs publics ou les institutions internationales revêt bien des différences selon les interlocuteurs.

Néanmoins, l'emploi du terme développement pose les bases réelles du questionnement. C'est bien sur le développement global (social, économique, politique et culturel, environnemental) de la planète que nous voulons agir pour créer, ensemble, un monde plus juste et solidaire.

Eduquer à la solidarité internationale, pourquoi et comment ?

Depuis l'émergence des organisations de solidarité internationale en France et en Europe, ces dernières ont souvent couplé leurs actions de terrain au Sud avec des actions éducatives au Nord à différentes visées au cours du temps.
Dans les années 50, avec la prise de conscience des réalités du Tiers-Monde, les organisations européennes qui agissaient majoritairement à l'époque sur un modèle d'aide caritative, organisaient des actions de communication et d'éducation qui visaient essentiellement par la mobilisation financière l'affect du public. A l'époque, dans un contexte marqué par les " 30 glorieuses ", il y avait un seul modèle de développement reconnu, basé sur une croissance économique soutenue qu'il fallait transposer aux sociétés du Sud.
Dans les années 60, le contexte évolue fortement (émergence des mouvements de libération des peuples en lutte contre les dictatures naissantes, naissances de nouveaux mouvements sociaux dans les sociétés du Nord : féminisme, mouvements pour la paix, écologistes…). Ces changements dans les sociétés ont amené les organisations de solidarité internationale agissant dans le domaine éducatif à revoir leur positionnement. L'idée de créer un nouvel ordre mondial, solidaire des peuples en lutte prend peu à peu une nouvelle dimension. Et à la place de descriptions, les actions d'éducation au développement s'attèlent à analyser les causes et les conséquences du développement et du sous-développement.
L'avènement de la crise des sociétés du Nord dans les années 70 apporte de nouveaux changements et la réflexion se nuance encore. On s'aperçoit de la présence d'un Sud dans le Nord et d'un Nord dans le Sud, le concept d'interdépendance s'affirme alors : les problèmes de développement sont présents dans les sociétés du Sud mais aussi dans les sociétés du Nord. La question du mal-développement fait son apparition alors que le concept de développement autocentré est reconnu au grand jour.
Les années 80 valident de plus en plus le concept d'interdépendance car les tendances néo-libérales s'affirment au niveau mondial et leurs conséquences sont de plus en plus criantes : une grande partie de la population mondiale se paupérise et les institutions financières internationales (Banque Mondiale, Fond Monétaire International) se renforcent, tout comme le poids des multinationales.
D'un autre côté, les pouvoirs publics en Europe créent des lignes budgétaires pour les actions de sensibilisation de l'opinion publique et évaluent leurs politiques en la matière.
Enfin, dans les années 90, le constat de l'accroissement des écarts entre ceux qui cumulent les richesses et le pouvoir et ceux qui en sont exclus amène de nouvelles découvertes en terme d'interdépendance des sociétés (blanchiment d'argent, trafics de drogues et d'armes…).

Dans ce contexte et au regard de cette évolution, comment définir aujourd'hui l'éducation au développement ?

Eduquer au développement relève d'une double logique complémentaire, relevant d'un processus de formation permanente.
Tout d'abord éduquer au développement c'est aider à comprendre la complexité du monde au travers de deux axes principaux : la prise de conscience des interdépendances économiques, sociales, culturelles, écologiques entre les populations du Nord et du Sud ; la compréhension et la reconnaissance de l'autre comme individu différent, inséré dans des groupes ayant leurs logiques propres et parfois contradictoires.
Ensuite, éduquer au développement, c'est amener à agir, en tenant compte de cette complexité, pour la construction d'un monde solidaire. Comprendre le pouvoir de chacun en agissant sur son environnement et celui des autres, comprendre l'efficacité renforcée des actions lorsqu'elles sont collectives, faire émerger des idées d'actions concrètes et de comportements quotidiens qui dépassent la notion d'aide et qui s'inscrivent dans la durée.

L'éducation au développement veut donc peser pour transformer. C'est un travail structurel qui s'attaque aux causes du mal-développement, culturel en faveur du changement des mentalités et de notre appréhension de la complexité du monde et politique en promouvant des changements dans nos comportements individuels et collectifs.

Au sein de Frères des Hommes France, les actions d'éducation au développement sont autant portées par les équipes locales que par le secrétariat permanent de l'association. Souvent basés sur les réalités de nos partenaires, nous observons deux grands types d'action : les échanges ciblés entre acteurs du Sud et du Nord et les actions créées autour de thématiques travaillées par nos partenaires (droit à la terre, économie solidaire, lutte contre les discriminations…).
Echanger pour construire des solidarités entre organisations du Sud et du Nord. Les organisations aussi diverses soient-elles (syndicats, acteurs de l'économie solidaire, groupes socioprofessionnels…) sont des cibles privilégiées de ces échanges entre acteurs. A travers la connaissance réciproque des organisations, des contextes et des problématiques, ces échanges permettent la recherche de synergies entre partenaires. Ces dynamiques sont également pour les équipes locales qui les suivent de très bons supports pour monter auprès du public local des actions spécifiques de sensibilisation et d'éducation au développement. Ces échanges permettent en outre d'appréhender de manière concrète le partenariat vécu entre Frères des Hommes et ses partenaires, partenariat qui ne se limite pas à de simples soutiens de programmes. Les échanges peuvent ainsi prendre des formes diverses : immersion réciproque, formations croisées, participation de partenaires Sud à des actions d'éducation au développement menées en Europe, appui à la mise en réseaux…
Les programmes d'éducation au développement développés par l'association se construisent aussi avec et pour les équipes locales. Ils comprennent souvent un volet échanges entre acteurs mais aussi de la création pédagogique pour favoriser l'implication des équipes et relais locaux dans la thématique travaillée. Participent également à la définition et à la réalisation de ces projets des partenaires Sud (par exemple le MST, Brésil, ADEC-ATC, Pérou, FEDINA, Inde…). Ce travail avec nos partenaires permet de définir au plus juste notre discours et nos actions ici tout en gardant une relation directe avec les acteurs de terrain ayant une expertise sur une problématique. Ces actions visent à mieux faire connaître ici la complexité du travail de nos partenaires, leurs stratégies, leurs alliances pour atteindre leurs buts. Mais elles visent aussi un questionnement réciproque sur notre société : comment cette problématique Sud se retrouve ici ? Comment est-elle traitée ? Comment puis-je agir dans ce cadre ? Comme individu, comme citoyen ?

Enfin, pour donner plus de poids à certaines actions, des associations françaises de solidarité internationale - et parfois des syndicats, des associations de consommateurs, des mouvements d'éducation populaire - se regroupent en collectif pour mener ensemble des campagnes spécifiques. Frères des Hommes France participent à plusieurs de ces campagnes collectives, au niveau local et au niveau national.