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| REFORME AGRAIRE : Qu'est-ce que la réforme agraire ? | Histoire de la lutte pour la terre au Brésil |
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L'arrivée
des Portugais en 1500 marque la première étape de l'exclusion
systématique des plus faibles: les "envahisseurs" dépossèdent
rapidement les indigènes de leurs terres et déjà,
certaines tribus se rassemblent pour revendiquer leur droit de chasser
et de cultiver. Elles sont impitoyablement exterminées par les
colons. Entre 1850 et 1910 de nombreux groupes de paysans Sans Terre tentent de s'organiser. Le gouvernement les réduit au silence par la force. Citons à cet égard, l'épopée des Canudos dans le Sertão: Antônio Conselheiro, homme d'église, part en croisade contre la misère qui frappe cette région déshéritée. Il parcourt les campagnes en prêchant la parole de Dieu en même temps que des idéaux communautaires. Bientôt il fonde une "cité idéale" qui recense rapidement 25,000 habitants. La communauté repose sur des croyances de respect mutuel et de liberté. La ville de Canudos prospère et la légende raconte qu'il y coule des fleuves de lait et que les gens n'y manquent de rien. Ce succès ne manque pas d'attiser l'intérêt des paysans alentour, mais le gouvernement en prend ombrage et une expédition militaire est organisée pour mettre fin à ce "paradis utopique". Arrivés sur place les militaires exterminent hommes, femmes et enfants. Ils mettent ainsi fin au premier "assentamento" de l'histoire du Brésil. Mais le souvenir d'Antônio Conselheiro reste présent dans la mémoire de tous les membres du MST qui se considèrent comme ses descendants directs. Après une période de relative apathie, la lutte reprend et s'intensifie au début des années 50. Jusqu'en 1964, date du Coup d'Etat Militaire, de larges groupements de lutte paysanne proches du mouvement syndical se forment: l'Union des Laboureurs et Travailleurs Agricoles et La Ligue Paysanne pour ne citer que les plus importants. Ces mouvements sont particulièrement actifs dans le Sud du Pays. Mais avec la dictature de 1964, les leaders de ces mouvements sont systématiquement assassinés ou exilés. La répression est telle que même l'actuel président du Brésil Fernando Henrique Cardoso, pourtant libéral, est obligé de quitter le pays. La dictature pense résoudre le problème des paysans et consolider les frontières du pays en offrant les terres de la forêt Amazonienne. C'est l'époque de la politique des "Espaços Vazios" (les espaces vides). L'échec est cuisant; après quelques années de lutte acharnée et d'intensive déforestation, les paysans qui avaient cru au rêve amazonien abandonnent la forêt pour venir grossir les rangs des habitants des favelas. A la même époque, les "fazendeiros" (grands propriétaires terriens) consolident leur pouvoir grâce aux liens privilégiés qu'ils maintiennent avec la dictature. Enfin, dans les années 70, la lutte des Indiens Kaingang qui refusent d'abandonner les terres qu'ils cultivent en "posseiros" (ceux qui exploitent une terre qui ne leur appartient pas) depuis des siècles, marque un tournant décisif dans le combat pour la terre au Brésil. Ils résistent pendant des mois et le gouvernement cède finalement à leurs exigences: ils obtiennent la propriété des terres. Leur exemple a grandement contribué à redonner espoir à tous les exclus du pays. A cette époque, l'église se pose en défenseur des paysans. Dès la dictature, l'action mené par l'église catholique en faveur des déshérités du Brésil a pour fondement la théologie de la Libération mise en avant à la suite du Concile de Vatican II. Notons au passage qu'au Brésil, les églises catholiques et Luthériennes font depuis longtemps front commun pour mobiliser les paysans. La formation de la Commission Pastorale de la Terre, concrétise cet engagement et est le véritable instigateur du Mouvement sans Terre. La Commission Pastorale de la Terre (CPT) recense et dénonce les crimes commis contre les paysans. C'est elle qui rallie les différentes ligues paysannes et qui permet en 1984 la Naissance du Mouvement Sans Terre. Mais la création du MST n'aurait pas été envisageable sans les nombreux mouvements sociaux qui sonnent le glas de la dictature et marquent les premiers pas vers la démocratisation. Citons à cet égard la longue grève des métallurgistes du triangle de ABC (formé par les communes de Santo André, São Bernardo et São Caetano, à la périphérie de São Paulo). Dès sa création, le Mouvement Sans Terre connaît un essor impressionnant. En 1985, un an après sa fondation, le Mouvement a déjà organisé 35 occupations de terre et mobilise un peu plus de 10,000 familles. Dix ans plus tard, 146 occupations sont en place, et regroupent plus de 40,000 familles. Aujourd'hui on estime que plus de 100,000 familles (soit environ 500,000 personnes) participent au Mouvement. Mais cette grande victoire n'a pas été conquise sans sacrifice puisque depuis 1964, plus de 1,600 travailleurs ruraux ont été assassinés. Ces assassinats n'ont hélas débouché que sur deux arrestations. Au Brésil on tue toujours en toute impunité. Mais la détermination du MST est porteuse d'espoir et nous nous devons de la soutenir, car aujourd'hui encore plus de 30 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté au Brésil. Jean-Luc Pelletier et Philippe Guinot, Infoterra - janvier
2000
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